Une maman raconte "sa traversée" après le suicide de son ado

Que peut-il arriver de pire que le suicide de son enfant ? "Je ne sais pas, je n’ai pas connu d’autre chose de terrible", répond simplement Monique, maman de quatre grands enfants dont Matthieu, qui s’est donné la mort à 20 ans.

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Une maman raconte "sa traversée" après le suicide de son ado
©Johanna de Tessières

Que peut-il arriver de pire que le suicide de son enfant ? "Je ne sais pas, je n’ai pas connu d’autre chose de terrible" , répond simplement Monique Defoin, auteur-compositeur-interprète. Et maman de quatre grands enfants dont Matthieu, qui s’est donné la mort à 20 ans, le 28 juillet 2008. "Quand Matthieu est décédé, j’ai beaucoup écrit dans mon carnet. C’était comme une évidence : il fallait que je raconte. L’idée de témoigner est née là." Il a fallu du temps pour coucher les mots, les ordonner, les publier - à compte d’auteur. C’est le début d’une longue traversée, qu’elle dévoile dans "Au cœur du ciel, au creux de la terre" (*), qui vient de paraître aux éditions Voix-Là, nées pour l’occasion.

Ne plus "vivre comme ça"

Dans la pièce à l’arrière de sa maison de Bierges, qui lui sert de bureau, d’atelier, de refuge, flotte un discret parfum d’huile essentielle. Avant sa mort, Mathieu habitait dans la maison familiale. Sa chambre est toujours là-haut. "C’était un enfant qui vivait à 200 %, à corps entier. Il était jardinier quand il est parti : il émanait une force de lui…" Un garçon d’une grande sensibilité, exacerbée par la prise d’alcool et de cannabis. Une habitude prise au contact de proches fragiles et d’amis mal choisis. "Il était très ouvert aux autres, trop sans doute. Il portait trop de confidences."

Un mal-être se cheville insidieusement à l’adolescent, qui fait plusieurs tentatives de suicide. "On en a parlé , raconte sa maman, il ne supportait plus de ‘vivre comme ça’, comme il disait. Il était terriblement idéaliste."

Il offrait des verres à des compagnons de hasard, rencontrés au café, et on lui piquait son GSM… "Il vivait mal cela, cela le mettait à cran." Comme cette déception amoureuse, fin 2006, qu’il vit extrêmement mal. "Je l’ai accompagné du mieux que j’ai pu" , explique encore Monique Defoin qui, à l’époque est accompagnatrice en soins palliatifs à domicile. "Je suis restée en connexion avec mon fils, on a gardé le dialogue jusqu’au bout. Il avait confiance en moi. Je voyais son énergie s’amenuiser, son regard se voilait de plus en plus."

Dans le vide

Le jour de la mort de Mathieu, Monique Defoin passait son premier jour de vacances d’été dans un gîte de Bretagne, avec son mari et leur fils, le petit frère. Au réveil, elle voit l’icône "Messages" sur son téléphone portable, mais il n’y a pas de réseau. Tant pis. Petit déjeuner en paix. Elle s’éloigne ensuite, pour trouver un réseau et elle entend la voix de Sébastien, un de ses fils resté au pays : "Maman, tu dois rentrer en Belgique." Ses premiers appels sonnent dans le vide, butent sur un répondeur. Et enfin, Sébastien répond : Matthieu est mort, il s’est suicidé.

Monique Defoin se souvient : "Je ne sais plus ce que j’ai dit. Mais quand j’ai raccroché, j’ai hurlé non dans cette cour soudain devenue hostile et j’ai éclaté en sanglots."

A ce moment précis, elle comprend qu’elle est déjà dans l’acceptation de ce qui est, indique-t-elle.

Tout s’enchaîne très vite : le retour en Belgique, les retrouvailles avec la famille, la célébration de l’au revoir… Au funérarium, la première parole qui vient à la maman, c’est : "Sachez qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour essayer de vivre : je peux en témoigner."

Matthieu aimait la vie mais n’y trouvait plus sa place, raconte-t-elle. "Il cachait aussi son désespoir. On l’a incité à faire les démarches pour se faire aider. Mais jamais Matthieu n’aurait supporté d’être enfermé pour être soigné."

Comment ne pas se révolter ?

Mais comment se résigner, ne pas se révolter de voir son enfant choisir le suicide ? "J’ai beaucoup cheminé avec lui. J’ai beaucoup travaillé sur l’impuissance de changer le choix de vie de quelqu’un. Cela m’a aidée à être dans l’acceptation de son choix à lui. Cela a été une libération pour lui : je suis persuadée qu’il savait que j’étais prête à l’aimer jusque-là."

Après la mort de son fils, Monique Defoin s’est sentie très seule dans sa démarche. Dans son entourage, on s’attendait qu’elle soit une mère éplorée ou révoltée. "Je n’étais ni l’une ni l’autre. L’amour est plus fort que la mort. J’ai toujours cru à cela. Pour moi, ce ne sont pas que des mots. J’étais dans l’acceptation. D’autres femmes doivent vivre ce chemin de solitude."

Monique Defoin insiste, pour qu’il n’y ait pas de méprise : "Je ne veux pas rendre le geste de Mathieu héroïque, ni le louer, mais je l’accepte, en toute humilité. Je peux l’accepter parce que je l’ai reconnu dans l’amour que nous nous portions. Je ne suis pas une mère parfaite : j’ai fait ce que j’ai pu où j’étais et quand j’étais . Cela fait que je ne me sens pas coupable."

(*) "Au cœur du ciel, au creux de la terre", Editions Voix-Là, 152 pp., 12 €. A commander sur le site www.editions-du-cerisier.be