L’école de Perwez en sursis?

Le PO de l’Institut Saint-Albert à Jodoigne envisage un recours en suspension au Conseil d’Etat.

Bocart Stéphanie
Belgium, Perwez, March 19, 2010 - Church in a belgian village Pict by Eric Herchaft © Reporters
Belgium, Perwez, March 19, 2010 - Church in a belgian village Pict by Eric Herchaft © Reporters ©Reporters

C’était le 17 janvier, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) accordait son feu vert à la création d’une école secondaire dans l’est du Brabant wallon, à Perwez, fief du ministre du Budget André Antoine (CDH). "L’abstention du Secrétariat général de l’enseignement catholique (Segec) au sein du Conseil général de concertation pour l’enseignement secondaire en décembre et la décision du gouvernement en janvier nous sont tombées dessus comme une douche froide , confie André Cobbaert, président de la zone du Brabant wallon pour l’enseignement secondaire catholique. Nous avons été pris de vitesse."

Explication : en FWB, toute demande pour ouvrir une nouvelle école secondaire est soumise à l’avis du Conseil général de l’enseignement secondaire. Cet organe, composé de représentants des réseaux, des pouvoirs organisateurs (PO), des syndicats, de l’Administration et de la ministre de l’Enseignement, transmet un avis (positif, négatif ou réservé) au gouvernement, qui est libre de le suivre ou pas.

En décembre, le Conseil général a rendu "un avis partagé" sur le projet de Perwez, c’est-à-dire qu’il n’y a pas eu unanimité (NdlR : le Segec s’est ainsi abstenu - "Les instances de l’enseignement catholique ont pris leur décision en toute connaissance de cause, soit en fonction de tous les éléments du dossier" , précise-t-on au Segec - tout comme l’Administration de la FWB, le Cpeons a rendu un avis négatif, et la Felsi, un avis positif). Après le congé de Noël, l’exécutif de la FWB a, lui, décidé de valider le projet.

"Le gouvernement a indiqué dans sa Déclaration gouvernementale qu’il fallait une nouvelle école dans le BW , rappelle M. Cobbaert. Très bien ! Il en fallait une, et de quel que réseau que ce soit, mais pas à Perwez." Pourquoi ? Diverses études montrent que "les écoles de la région où l’implantation est décidée (Wavre, Jodoigne,…) ne sont pas complètes. D’après les projections démographiques, la nécessité d’un nouvel établissement dans ce coin ne se poserait pas avant cinq à dix ans !"

"Le problème, c’est l’ouest du BW"

A Perwez, en revanche, les défenseurs du projet pointent la pression démographique dans la commune (+ 16 % en dix ans). La création d’une nouvelle école - quatre classes de 1ère secondaire (dont une ou deux en immersion) ouvriront le 1er septembre - devrait ainsi permettre d’anticiper l’augmentation du nombre de Perwéziens. Mais aussi de contrer les critères de proximité imposés par le décret Inscriptions : Perwez est la seule commune de l’est du BW qui n’a pas d’école secondaire dans une commune voisine appartenant à la province.

André Cobbaert, pour sa part, n’en démord pas : "Le vrai problème, il est du côté ouest du BW (Nivelles, Waterloo,…), où les écoles de tous les réseaux sont déjà saturées." Aujourd’hui, en créant une école "là où ce n’est pas pertinent , estime-t-il, le gouvernement crée une concurrence entre établissements" .

Parmi les écoles victimes de "cette concurrence" figure l’Institut Saint-Albert à Jodoigne. "Au 19 janvier, 226 élèves sur 700, soit 32,3 %, de l’Institut Saint-Albert, sont originaires de Perwez et des communes limitrophes , rapporte son directeur Pierre Vanopbroeke. Si ce recrutement disparaissait, cela représenterait l’équivalent de 18 temps pleins." Il commente : "On est en plein jeu politique et on se rend bien compte que les décisions sont prises sans viser l’intérêt de la population." Voilà pourquoi le PO de Saint-Albert envisage "sérieusement" de déposer un recours en suspension auprès du Conseil d’Etat. Et M. Vanopbroeke de reprendre : "L’intérêt de la population eut été de placer une nouvelle école aux alentours de Genappe."

"Fin 2009, le gouvernement a lancé un appel à projets en vue de créer une école dans le BW , souligne le ministre Antoine, et seul un établissement (NdlR : Perwez) s’est présenté en bonne et due forme." Il est vrai qu’en 2010 Genappe a présenté sa candidature auprès de la ministre de l’Enseignement pour créer une école secondaire, "mais a-t-elle présenté son projet pédagogique, les bâtiments qu’elle allait mettre à disposition, etc. ?" , interroge M. Antoine qui "tend la main" : "L’évolution démographique est telle à Bruxelles et en BW qu’il faudra encore d’autres établissements. Et je dis à celles et ceux qui ont une détermination pour créer une école que je veux bien m’y rendre pour les aider à constituer le dossier."

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