Destexhe: "Bruxelles est malade de sa pauvreté et de son chômage"

Le député MR revient avec un ouvrage consacré à la situation économique des trois Régions du pays. C'est sur la situation de la Région de Bruxelles-Capitale que le libéral se montre le plus alarmiste.

J. Lgg.
Destexhe: "Bruxelles est malade de sa pauvreté et de son chômage"
©Johanna de Tessières

Huit ans après son livre "Wallonie, la vérité des chiffres", Alain Destexhe revient avec un ouvrage consacré à la situation économique des trois Régions du pays, intitulé "L'avenir de nos Régions : croissance ou déclin ?" (*).

D'après le député MR, la Flandre commence à montrer quelques signes d’essoufflement mais a "l’opportunité de procéder à des réformes de structure dans une situation de relative prospérité".

La Wallonie, elle, est toujours en stagnation, affirme Alain Destexhe. Il pointe la "surperformance" du Brabant wallon "qui masque la stagnation des autres provinces ainsi que la médiocre performance de la Flandre qui depuis 2011 reprend l’avantage". Le Bruxellois pointe du doigt les "défauts" du Plan Marshall, comme "sa logique de subvention", "le risque de favoriser des acteurs dominants qui deviennent des clients du système de subvention au détriment de l’innovation" ou encore le fait que ce plan "n’opère aucun changement dans les structures économiques et sociales". Le député affirme également que le Plan Marshall n'a en rien modifié la courbe du chômage, "qui stagne toujours autour des 15%".

C'est sur la situation de la Région de Bruxelles-Capitale qu'Alain Destexhe se montre le plus alarmiste. "Tous les indicateurs sont au rouge. Bruxelles est malade de sa pauvreté et de son chômage", affirme-t-il. Et de préciser : "Depuis 2005, le PIB croit moins vite que dans les autres régions et le PIB par habitant baisse. Chômage en hausse et revenus des habitants en baisse, Bruxelles diverge même par rapport à la Wallonie. 34% des Bruxellois courent un risque pauvreté, bien davantage que la moyenne belge (15%) ou qu’à Londres, Berlin ou Paris". Le libéral regrette que la classe moyenne, génératrice de recettes fiscales, continue à quitter Bruxelles. Or, sans cette classe moyenne, Bruxelles "ne pourra survivre financièrement".

Après avoir dressé ce portrait, Alain Destexhe propose huit mesures "pour faire face à l’avenir", parmi lesquelles : réduire drastiquement les dépenses publiques par rapport au PIB (revenir au niveau de l’Allemagne) ; l’exonération fiscale progressive de l’IPP pour les travailleurs de l’équivalent du salaire minimum ; le développement des classes moyennes à Bruxelles, l’encouragement au travail indépendant et un pacte fiscal entre Bruxelles et la Wallonie.

Alain Destexhe, dont la formation a soutenu la réforme de l'Etat, s'inquiète par ailleurs de l'impact de celle-ci sur les Régions wallonne et bruxelloise.

La sixième réforme de l'Etat qui va engendrer un transfert de compétence pour un montant total de 16,9 milliards d'euros et accroître l'autonomie fiscale des Régions de 10,7 milliards, soumettra les budgets à davantage de volatilité, surtout à Bruxelles et dans une moindre mesure en Wallonie. En cumulant le risque de voir se réduire la part de l'IPP de la Région-capitale et le coût très important pour elle du budget consacré aux allocations familiales, on peut arriver au constat d'un risque d'écart budgétaire important par rapport aux prévisions, a souligné Alain Destexhe.


(*) "L'avenir de nos Régions : croissance ou déclin ?", éditions Filipson, 136 p. 17,50 eur.