Le harcèlement à l'école touche un élève sur trois

Bocart Stéphanie

Souffre-douleur, bouc émissaire, tête de turc,… Qui n’a pas connu un élève subissant les moqueries, sarcasmes, bousculades, et autres méchancetés de ses camarades de classe ? "Le phénomène du harcèlement à l’école a toujours existé , indique Bruno Humbeeck, chargé de recherche à la faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de l’UMons. Mais ce qui change, c’est la tolérance au harcèlement."

Et d’illustrer son propos en décrivant une scène "où un enfant est mis nu sur une planche, toute sa classe lui crache dessus, et puis on l’enduit de manière fécale et on lui fait avaler son slip". Il poursuit : "Si on demande aux gens ce qu’ils en pensent, ils vont trouver cela odieux. Et pourtant, la plupart ont vu ou lu cette scène dans "La Guerre des boutons" sans se retourner. A l’époque, un enfant vivait du harcèlement; après, il était réconforté par son groupe d’appartenance et héroïsé dans ce groupe-là. Aujourd’hui, cette tolérance au harcèlement n’existe plus parce que l’enfant est mis dans une situation de souffrance psychosociale qui n’a pas de sens au niveau de ses pairs."

Embêter l’autre de façon répétée

Qu’entend-on par "harcèlement" ? "La communauté scientifique retient trois critères , relaie Benoît Galand, chercheur et enseignant à la faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de l’UCL. Il faut qu’il y ait des actes négatifs, avec l’intention de nuire; ces actes doivent être répétés; et il y a un déséquilibre de pouvoir entre les protagonistes." Bref, "c’est quelqu’un qui est embêté par une ou plusieurs autres personnes de façon régulière et qui ne sait pas comment y mettre fin" .

Cette façon "d’embêter" peut prendre diverses formes : agressions physiques (donner des coups, tirer les cheveux, pousser,…), verbales (moqueries, petites remarques,…), relationnelles (faire courir des rumeurs, etc.), enfin, "cela peut prendre la forme de vols, de racket, abîmer les affaires de quelqu’un en renversant du soda dans son sac" , détaille M.Galand.

"Le harcèlement , complète Bruno Humbeeck, il y en a partout et à tous les niveaux. Il prend juste des formes différentes." Ainsi, en maternel, il se manifestera sous la forme de bousculades. "En primaire, il s’agira plutôt d’exclure des jeux certains enfants ou de donner des surnoms", explique-t-il. Enfin, en secondaire, "on aura du harcèlement de type identitaire dans lequel on va casser l’identité de l’autre pour exister doublement" .

Des enfants ont-ils une propension à devenir harceleur ou harcelé ? "Il y a des profils typiques, mais qui ne sont pas systématiques" , pointe le chercheur de l’UMons. Ainsi, "le profil typique du harcelé, c’est celui qu’on appellerait un "Brian", c’est-à-dire un enfant issu d’un milieu défavorisé qui a très peu de mots à sa disposition et qui est soumis à la violence symbolique des autres. En revanche, l’enfant typique harceleur, c’est plutôt un "Gontran", qui a une fluidité verbale importante et est capable de "casser" les autres rien qu’avec des mots" . De son côté, M.Galand décrit l’élève harceleur comme "un enfant qui a déjà des comportements problématiques et qui cherche à se donner un statut dans un groupe à travers la domination des autres" .

Un phénomène stable

Par ailleurs, "les garçons sont davantage impliqués que les filles , continue-t-il, tandis que la proportion de victimes diminue avec l’âge" . Voilà pourquoi le harcèlement est surtout présent à la fin du primaire et au début du secondaire. Selon une étude menée par Benoît Galand auprès de 6 500 élèves de la 3e primaire à la 6e secondaire en FWB, "20 à 30 % des jeunes sont impliqués dans le harcèlement par an , révèle-t-il. Parmi eux, environ 15 % sont plutôt victimes de harcèlement, quelque 10 % sont des harceleurs tandis que 5 % sont des harceleurs-victimes" .

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, de part l’influence des réseaux sociaux notamment, "le phénomène du harcèlement n’est pas en pleine explosion, mais tend plutôt à la stabilité" , note M.Humbeeck. Par contre, aujourd’hui, "les parents ne tolèrent plus la souffrance de l’enfant. Donc, ils mettent les écoles sous pression pour qu’on trouve des solutions" . Benoît Galand ajoute : "D’une part, les réseaux sociaux ont changé la donne sur la manière dont la victime de harcèlement le vit. D’autre part, cela donne une visibilité au phénomène, ce qui embête beaucoup les écoles car cela les oblige à s’en occuper."

En effet, "pris un à un, des faits de harcèlement peuvent paraître anodins , enchaîne-t-il. Si un enfant s’en plaint auprès de son professeur, celui-ci va lui répondre qu’il n’y a pas de quoi en faire une montagne. Ce qui complique le travail des adultes et des écoles car le harcèlement se passe dans la cour de récré, à la cantine, dans les couloirs et à la sortie de l’école" . D’où l’importance pour les enseignants de "bien connaître les enfants et de voir ce qui se passe dans le groupe dans le temps" . Stéphanie Bocart

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