"Le vendredi soir, Julie me dit : ‘Maman, mon supplice est fini’"

"Nous avons l’impression de parler à un mur. Nous ne savons plus quoi faire pour notre enfant", confie, désemparée, Pascale, la maman de Julie, 9,5 ans, en 4e primaire dans une école du Hainaut. "Nous la déposons à l’école; nous ne sommes pas bien, elle non plus. Nous ne sommes pas tranquilles."

St. Bo.
"Le vendredi soir, Julie me dit : ‘Maman, mon supplice est fini’"
©REPORTERS

Ce mardi, un colloque est consacré à la problématique du harcèlement scolaire. Ce phénomène touche tous les niveaux d’enseignement. Les parents ne tolèrent plus la souffrance de leur enfant. Témoignage.

"Nous avons l’impression de parler à un mur. Nous ne savons plus quoi faire pour notre enfant, confie, désemparée, Pascale *, la maman de Julie*, 9,5 ans, en 4e primaire dans une école du Hainaut. Nous la déposons à l’école; nous ne sommes pas bien, elle non plus. Nous ne sommes pas tranquilles."

C’est en octobre dernier que Pascale et son mari découvrent que leur petite fille est victime de harcèlement scolaire. "Nous avons été interpellés parce qu’à la maison, cela devenait invivable. Julie n’écoutait plus, on ne pouvait plus aller nulle part avec elle. Elle avait changé de caractère, raconte Pascale. J’étais à bout de nerfs. J’ai cru que c’était un problème de relation mère-fille et je me suis dit qu’il fallait intervenir." Pascale décide alors d’emmener Julie chez une psychologue. Et le "diagnostic" tombe : Julie se fait harceler à l’école.

En parlant avec la psychologue, "on a compris que tout avait commencé en 2012, lorsque Julie était en 3e primaire, reprend sa maman. En fait, son professeur la maltraitait devant la classe en lui disant qu’elle n’était qu’une ogresse, qu’elle était bête, qu’elle n’était pas jolie,… et toute la classe s’est mise contre elle." Mais, à ce moment-là, Pascale et son époux étaient loin d’imaginer la gravité de la situation. "Mon mari me disait : ‘Laisse tomber, ce sont des histoires d’enfants.’ Nous n’avons pas compris tout de suite la douleur de Julie."

Aujourd’hui, cette enseignante est partie et Julie est en 4e primaire. "Nous pensions qu’il n’allait plus rien se passer, mais non. Bien au contraire ! Ça continue et cela a même empiré, se désole Pascale. C’est toute sa classe qui l’embête, en lui disant qu’elle n’est pas belle, qu’elle devrait s’habiller autrement, qu’elle est contagieuse, qu’elle sent mauvais, que ses cheveux ne sont pas beaux,…" Aux railleries et aux insultes s’ajoutent aussi parfois les coups. "Julie a reçu une nouvelle paire de baskets montantes à talons compensés, se souvient Pascale. Quand les enfants se sont rendu compte qu’elle avait des talons, ils lui ont donné des coups de pieds. Après, elle n’a plus voulu mettre ses baskets; elle hurlait pour ne pas les porter."

Troubles du sommeil, de l’alimentation

Un véritable calvaire pour Julie qui souffre de troubles du sommeil, de l’alimentation, se renferme, et a vu ses notes baisser. "J’ai retrouvé des bulletins et les ai comparés, poursuit Pascale. En 2e primaire, elle avait 80 % et en 3e, elle n’avait plus qu’entre 65 et 75 %." Sans compter que Julie est mise de côté par les autres élèves : "Quand je lui demande si elle a des copains, des copines, elle me répond : ‘Non, j’en ai pas, moi !’ Pour une maman, c’est très dur d’entendre cela, ressent Pascale. Plusieurs fois, le vendredi soir, elle me dit : ‘Maman, mon supplice est fini’ parce que c’est le week-end."

En plein désarroi devant la souffrance de leur fillette, Pascale et son mari ont rencontré le professeur de Julie et la directrice de l’établissement. "Celle-ci nous a dit que Julie était un peu ‘Gaston Lagaffe’, rapporte Pascale, que c’était elle qui se mettait dans des situations incongrues et que c’était donc normal que les autres enfants la chambraient." Elle soupire : "Nous ne savons pas comment réagir car la direction ne fait rien. Nous n’avons aucune écoute. C’est désespérant !"

Face à ce manque de réaction et de prise en considération, Pascale a décidé de changer Julie d’école l’année prochaine. "Vers où va-t-on ?, s’interroge-t-elle encore. Si ma fille n’est pas bien dans sa tête à 9,5 ans. Que va-t-on faire quand elle sera au secondaire ? Lui mettre une arme dans son sac à dos pour qu’elle se défende ? Non ! On ne peut pas arriver à ça ! Alors, pourquoi les écoles ne réagissent-elles pas plus vite ? Le harcèlement devient un phénomène de société. Dès le maternel, il faudrait inculquer aux enfants une prévention contre le harcèlement."


* Prénoms d’emprunt