Ouvrir l’Eglise aux "nouvelles familles"

Très décléricalisée et sécularisée, la société belge reste un laboratoire pour l’Eglise. Alors que la semaine dernière, le consistoire des cardinaux s’est penché sur la préparation du synode sur la famille...

Christian Laporte

Très décléricalisée et sécularisée, la société belge reste un laboratoire pour l’Eglise. Alors que la semaine dernière, le consistoire des cardinaux s’est penché sur la préparation du synode sur la famille, il est intéressant de se pencher sur les résultats de la consultation des fidèles belges dont les évêques ont publié la synthèse.

Répondants francophones majoritaires

Etonnant : au coup de sonde ont surtout réagi des francophones. Ils représentent 70 % ! Précision : ce n’est pas un sondage scientifique mais une consultation dont les responsables tiendront compte "parce qu’au travers des réponses apparait le sérieux avec lequel nombre de personnes se sont dites concernées par l’Eglise, le mariage et la famille".

Premier constat : "la distance grandissante entre la famille sous toutes ses formes et l’enseignement de l’Eglise est la principale préoccupation des répondants". Ils souhaitent que "l’Église fasse mieux coïncider son enseignement avec la réalité vécue". Pour y parvenir, il faut que "que l’Eglise entre mieux en dialogue avec la culture". Parce que "les répondants disent vivre une tension croissante entre ce qu’offre l’Eglise, à quoi aussi leur conviction personnelle chrétienne les fait adhérer, et le processus politique et les évolutions sociales actuelles en Belgique".

Il se confirme que la connaissance du magistère sur le mariage est plus que limitée. Sur plusieurs points doctrinaux "il est devenu difficile si pas impossible, de vivre cet enseignement au sein de la famille et de le défendre en société". Il s’agit de la contraception artificielle, de la position des divorcés remariés, de la condamnation des actes homosexuels, de la sexualité hors mariage… Pire, cet enseignement serait parfois "contraire à l’esprit de l’Evangile" et "dépassé, détaché de la réalité, témoignant d’une incompréhension de la famille actuelle". Certains s’interrogent sur la compétence de l’Eglise dans des questions médicales complexes.

Il y a mariage et mariage…

Quant l’Eglise évoque la loi naturelle pour le mariage, on constate "qu’elle est presque ridiculisée dans la société et les chrétiens ont du mal aussi avec ce cadre contraignant pour la liberté humaine. D’où une demande d’établir une distinction plus claire entre le mariage vu par l’Eglise et le "mariage et formes assimilées de la société".

La consultation s’arrête aussi à la cohabitation avant et hors du mariage et aux divorcés remariés ou non. Les répondants tiennent compte de l’air du temps : "tous ces groupes appartiennent à la composition ‘normale’de la communauté". D’où un plaidoyer pour une acceptation et un respect pour ce qui peut apparaitre comme un "mariage en devenir". Il y a aussi une demande de tolérance, d’hospitalité et la proposition d’un chemin avec Dieu.

Aider à réintégrer les divorcés

En ce qui concerne les divorcés, les répondants constatent leur grand nombre. Une seconde relation doit bénéficier de chances optimales. Pourquoi ne pas s’inspirer des Eglises orthodoxes qui connaissent la possibilité d’un second mariage non sacramentel ? Et les évêques d’affirmer que "la réforme la plus demandée concerne la communion pour les divorcés remariés qui ressentent un dilemme entre l’abandon du bonheur nouvellement trouvé et l’abandon du lien avec l’Eglise". Des réponses ressortent de l’incompréhension mais aussi la colère et l’amertume car "la règlementation de l’Eglise est contraire à l’Evangile sur ce point". Certains prônent que l’Eglise reconnaisse une forme de ‘mort psychologique’du mariage à côté de la nullité et réfléchisse à une seconde bénédiction religieuse.

Sur les unions de personnes du même sexe, une majorité demande que l’Eglise reconnaisse les relations homosexuelles sous une forme juridique plus stable et sans rejet moral. Et lorsque des couples homosexuels ont des enfants, il est demandé qu’aucune différence ne doit être faite entre ces enfants et les autres.