Albert Ier/Guillaume II, monarques ennemis de 14-18

Le destin tragique des "cousins royaux" émerge au Musée de l’Armée. L'exposition sera accessible jusqu'au 26 avril 2015.

Albert Ier/Guillaume II, monarques ennemis de 14-18
Christian Laporte

Il fallait y penser. La plupart des expositions consacrées à la Grande Guerre se focaliseront sur les grandes batailles ou la vie quotidienne des hommes et les femmes pendant le conflit. Par contre, le premier grand rendez-vous belge au Musée royal de l’Armée avec l’appui scientifique de nos meilleurs historiens et l’expertise organisationnelle de la société Tempora et du Musée de l’Europe, coutumières d’expos de taille sur le fond comme sur la forme, a, sans esquiver ces dimensions, un fil rouge original : il confronte les destins croisés de l’empereur allemand Guillaume II et du roi des Belges, Albert I er .

Cousins Saxe-Cobourg

A l’instar de bien d’autres têtes couronnées de l’époque, ils sont issus tous deux par leurs grands-pères de la famille des Saxe-Cobourg et n’avaient nulle raison personnelle de se faire la guerre. Dès l’entrée de l’exposition, on les découvre même très proches : Albert Ier, à peine monté sur le trône, est allé rendre une visite officielle en 1910 chez Guillaume II à Berlin.

Puis les deux chefs d’Etat se sont revus à l’Exposition universelle de Bruxelles.

A la même époque, ils enterrent ensemble avec sept autres souverains leur alter ego britannique Edouard VII. A l’expo, c’est le début d’un voyage chronologique à travers 50 ans d’histoire européenne où l’on découvre l’un et l’autre à travers des documents et des objets ayant appartenu aux deux monarques.

En fait, ils illustrent un accord de collaboration qu’on nous a présenté comme prestigieux entre le Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire et le Huis Doorn aux Pays-Bas conclu en novembre dernier.

Patrimoine unique

Il faut dire que ces deux institutions détiennent un patrimoine royal unique : là où le Cinquantenaire abrite plusieurs uniformes du Roi-Chevalier, son homologue sis près d’Utrecht pouvait apporter moult souvenirs personnels de l’empereur qui y passa la fin de sa vie après la guerre et y décéda en 1941. Huis Doorn offre aussi la particularité de posséder quelque 200 uniformes de Guillaume II qui aimait visiblement changer souvent de tenue…

Destins diamétralement opposés

L’éclatement de la guerre allait séparer Albert Ier et Guillaume II mais contrairement à ce qu’affirma la propagande alliée, ils ne furent jamais des ennemis jurés. Reste que le conflit sépara aussi pendant plusieurs années certains membres de la famille royale belge.

Le fossé se creusa avec l’Allemagne mais aussi avec les familles d’Albert et de la reine Elisabeth. Et au lendemain du conflit, le souverain belge souhaita se séparer de son titre ducal de Saxe-Cobourg-Gotha. Il fit aussi retirer discrètement le blason sur les armes de la famille royale.

De son côté, l’empereur Guillaume qui séjournait encore à Spa à la veille de l’Armistice rejoignit les Pays-Bas restés neutres, totalement désabusé et trahi à la dernière minute par ses propres troupes.

Après la fin de la guerre, alors que le prestige du roi des Belges ne cessait de croître, le faisant entrer dans la légende comme le Roi-Chevalier à la tête de l’héroïque petite Belgique, Guillaume II se retira de la scène publique, n’attendant rien qui vaille de la République de Weimar, lâchant même un jour que sa seule richesse était les… fameux bonbons Haribo.

Sic transit gloria mundi : lorsque le roi Albert trouva la mort à Marche-les-Dames, la presse mondiale lui rendit hommage alors qu’à Doorn, Guillaume II se faisait de moins en moins d’illusions sur un retour en Allemagne. Il est vrai qu’Hitler n’envisagea pas une restauration de la monarchie dans le Reich. Guillaume II par dépit ne voulut pas être inhumé en Allemagne…


Rens. : www.expo14-18.be ou info@expo14-18.be. Elle sera ouverte jusqu’au 26 avril 2015.