Comment réagissent les politiques face aux trolls?

Comment les politiciens gèrent-ils "le trolling" sur les réseaux sociaux ? Si l'adage prescrit de ne pas nourrir les messages haineux, principalement en les ignorant, il faut parfois se résoudre à bloquer "le parasite", fût-il influent . Paul Magnette en a fait récemment l'expérience. Doit-on crier à la censure?

Comment réagissent les politiques face aux trolls?
©Photo News
B.L.

Le "troll" désigne un internaute qui se fait remarquer par ses commentaires suscitant la polémique sur les réseaux sociaux. Souvent haineux et contre-productif, le phénomène prend des proportions importantes sur la toile. En première ligne: les hommes et femmes politiques. Mais comment appréhendent-ils ce phénomène? 



Baudouin Van Humbeeck, blogueur influent et contestataire, l'a appris à ses dépens. Si le politicien est souvent confronté aux protestations, il fixe aussi des limites à celles-ci. Ainsi, le blogueur schaerbeekois ne pourra plus partager son point de vue sur le compte twitter de Paul Magnette, ce dernier l'ayant bloqué. " Je ne comprends pas, je suis critique et parfois acide, mais j'exprime juste une opinion vis-à-vis d'un discours politique pour lequel j'éprouve un désaccord", rapporte M. Van Humbeeck. "Dans le cas de Paul Magnette, je ne l'ai pas "trollé" mais critiqué. Je pense qu'il s'est comporté en diva, feignant de ne pas entendre la critique". Dès lors, comment les partis politiques font-ils la distinction entre la critique et l'insulte?



Au PS, le principe est simple: "tous les propos à caractère raciste, xénophobe ou discriminant sont systématiquement supprimés" déclare Jérémie Demeyer, porte-parole de M. Magnette, à LaLibre.be. "Les blocages de comptes sur twitter et facebook sont très rares mais parfois utilisés si ce genre de propos se répètent", précise-t-il. Pour le reste, les comptes de M. Magnette et du parti socialiste sont totalement ouverts, nous assure-t-il encore. Quant au cas précis de Baudouin Van Humbeeck et du blocage de son compte, cela résulterait... d'un problème technique. 

Au MR, on minimise le phénomène:  "la période est évidemment plus propice aux critiques à caractère insultant. Mais très honnêtement, les messages purement haineux sont très rares", affirme le responsable de la communication du parti libéral, Frédéric Cauderlier. "Les gens ont tendance à affirmer davantage leur point de vue et à montrer leur désaccord en période électorale, mais cela se fait généralement dans le respect, à coups d'arguments." Dès lors, les blocages sont rares. La stratégie est plutôt d'ignorer ces commentaires. "On observe cependant un phénomène de "trolling" au niveau de personnes proches des "petits partis extrémistes", rajoute le porte-parole. " Notre stratégie est très claire à cet égard, on est pour la liberté d'expression. Donc si le commentaire est argumenté et intellectuellement valable, il n'y a pas de problème. Par contre si le message est purement insultant, on le supprime directement. Mais on bloque très rarement une personne, c'est de l'ordre de 3 personnes sur les 6 derniers mois." 

"Le trolling ne doit pas être considéré comme une aberration de la sociabilité sur internet, mais comme l'une de ses facettes", déclarait récemment le sociologue Antonio Casilli au journal Le Monde. C'est une manière de mettre en avant son propos et de se faire entendre. Surtout pour ceux qui ont rarement la parole en public.