Trop de Flamands au top des ministères

Le Gerfa a fait ses comptes: la parité linguistique n’est pas respectée au fédéral. Seuls 40% des top managers des services publics fédéraux sont francophones.

Trop de Flamands au top des ministères
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Frédéric Chardon

Le Gerfa a fait ses comptes: la parité linguistique n’est pas respectée au fédéral.

Le top de l’administration fédérale penche trop du côté flamand, estime le Gerfa (Groupe d’étude et de réforme de la fonction administrative). En effet, dans le dernier numéro de sa revue "Diagnostic", le Gerfa a fait quelques calculs : les top managers des services publics fédéraux (ou SPF, c’est-à-dire la nouvelle dénomination des anciens "ministères") sont, en gros, à 60 % néerlandophones et à 40 % francophones, "ce qui est manifestement contraire à l’Article 43 ter des lois sur l’emploi des langues qui exige la parité", note l’article du Gerfa. Pour être plus précis, il y a six patrons francophones de SPF contre huit néerlandophones.

Il y a eu beaucoup de mouvements au sommet des ministères fédéraux, ces derniers mois, mais la proportion de francophones n’a pas été augmentée par le gouvernement fédéral : "Le gouvernement Papillon viole de manière flagrante la loi sur l’emploi des langues sans qu’aucun ministre francophone ne réagisse, puisque l’équilibre n’est toujours pas rétabli et que, parmi les postes francophones, l’un s’apparente à un strapontin et un autre risque d’être assez protocolaire, alors que les Flamands détiennent plusieurs postes importants dont celui des Finances", critique le Gerfa.

Le MR n’a qu’un poste

Les nominations récentes n’ont rien arrangé à ce déséquilibre linguistique. "La MR, Isabelle Mazzara, cheffe de cabinet de la ministre VLD, Maggie De Block, a été désignée comme présidente (du SPF Intérieur) à la date du 1er avril 2014", elle remplace Jaak Raes (CD&V) qui a été désigné comme administrateur général de la Sûreté de l’Etat. Mais cette arrivée toute récente d’une francophone a été immédiatement compensée : en effet, le dirigeant du SPF Fonction publique, un francophone, a été admis à la retraite le 1er mai dernier et a été remplacé (à titre intérimaire) par l’actuel dirigeant du Selor (le bureau de sélection de l’administration publique), un néerlandophone, "qui va donc cumuler deux fonctions stratégiques, alors que le résultat de la sélection est connu et que le poste doit revenir à un(e) francophone , déplore le Gerfa. Rien n’empêchait d’ailleurs le gouvernement de procéder à la désignation; il a préféré renvoyer l’affaire au prochain gouvernement, preuve évidente que les ministres francophones ne sont pas capables de se faire respecter".

Ceci dit, la désignation des top managers de l’administration fédérale est un double casse-tête puisque, aux problèmes de la parité linguistique, s’ajoutent les délicats équilibres entre les partis politiques. Le Gerfa a également fait ses comptes en "étiquetant" politiquement les quatorze dirigeants de SPF.

Le PS rafle la mise

Résultat : "Au sein du groupe linguistique français (six postes), le PS rafle trois points, le CDH en prend deux, et le MR fait sa rentrée avec un point. Le paysage francophone est donc tripartite avec la domination classique du PS, une surreprésentation du CDH et une représentation limitée du MR, compensée toutefois par une présence très forte du VLD. Au sein du groupe linguistique néerlandais (huit postes), le VLD rafle en effet la moitié des postes pour un seul poste au CD&V et deux - dont l’un compte double - au SP.A."

Equilibre flamand

Et si l’on attribue une pondération en fonction de l’importance des postes ? Les francophones ne "pèsent" plus que 37 % des fonctions… Entre les partis, le classement pondéré (par le Gerfa) est le suivant : au sein des postes obtenus par les francophones, le PS obtient 60 % du gâteau, le CDH obtient 22,5 % et le MR obtient 17,5 %. Côté flamand, c’est nettement plus équilibré : le SP.A obtient 31,82 %, le CD&V obtient 30,30 % et le VLD obtient 37,88 %.


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