Mehdi Nemmouche, de la délinquance au jihad

L'enquête se poursuit sur la tuerie du Musée juif de Bruxelles dont l'auteur présumé, un Français de 29 ans au profil jihadiste, est toujours en garde à vue. Originaire de Roubaix (Nord de la France), Mehdi Nemmouche a passé depuis la fin 2012 plus d'un an en Syrie après plusieurs séjours en prison.

Mehdi Nemmouche, de la délinquance au jihad
©Photo News/AFP
AFP et Belga

L'enquête se poursuit sur la tuerie du Musée juif de Bruxelles dont l'auteur présumé, un Français de 29 ans au profil jihadiste passé par la Syrie, est toujours en garde à vue. Mehdi Nemmouche, un Français au "profil jihadiste", radicalisé en prison et passé par la Syrie a été arrêté vendredi à Marseille. Il est soupçonné d'être l'auteur de la tuerie au Musée juif de Bruxelles le 24 mai.

Saluant "l'arrestation du tireur présumé", François Hollande a souligné qu'il avait été interpellé "dès qu'il a mis le premier pied en France". Le procureur de Paris François Molins a pour sa part évoqué "un très fort faisceau d'indices graves et concordants". Il a aussi fait "un parallèle" entre le suspect, Mehdi Nemmouche, 29 ans, et Mohamed Merah, jeune délinquant radicalisé dans ses convictions islamistes qui avait séjourné en Afghanistan et au Pakistan avant de tuer trois parachutistes puis trois enfants et un enseignant juifs à Toulouse et Montauban en mars 2012.

Originaire de Roubaix (Nord de la France), l'homme arrêté a passé depuis la fin 2012 plus d'un an en Syrie "où il semble avoir rejoint les rangs de groupes combattants" les plus violents, comme l'Etat islamique de l'Irak et du Levant (EIIL), a expliqué le procureur de Paris. Un drap portant le nom de l'EIIL a été retrouvé dans ses bagages, lors de son arrestation après un contrôle "inopiné" des douaniers vendredi à la mi-journée à la gare routière Saint-Charles à Marseille dans un autocar en provenance d'Amsterdam via Bruxelles. Il avait aussi un revolver et une Kalachnikov similaires aux armes utilisées à Bruxelles, des munitions et une caméra portative GoPro.

Une vidéo, retrouvée dans un "fichier caché" de la mémoire de son appareil photo, montre ces armes et une voix, semblable à celle de Mehdi Nemmouche, déclare "avoir commis l'attentat contre les juifs et vouloir mettre Bruxelles à feu et à sang", en précisant que la GoPro "n'a pas fonctionné" durant la tuerie, a rapporté dans la capitale belge le procureur fédéral du royaume, Frederic Van Leeuw.

Le suspect est un délinquant multirécidiviste, condamné à sept reprises de 2004 à 2009 notamment pour des vols avec violence, et son dernier séjour en prison a duré près de cinq ans. Là, il s'illustre "par son prosélytisme extrémiste" et son "radicalisme religieux" signalé aux services de renseignement, a détaillé François Molins.

"Nous les combattrons"

Trois semaines après sa libération fin 2012, il se rend en Syrie, puis brouille les pistes en rentrant Europe, début 2014, via la Malaisie, Singapour et Bangkok. Il est contrôlé le 18 mars en Allemagne et ce retour sur le continent européen est signalé à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui tente ensuite en vain de le repérer.

Selon le procureur de Paris, "son arrivée à Marseille semble être en réalité son premier passage" en France "depuis longtemps". Sa garde à vue pour assassinat, tentative d'assassinat, détention et transport d'armes en lien avec une entreprise terroriste, en cours à la DGSI à Levallois (Hauts-de-Seine), peut durer jusqu'à mardi, voire jeudi si les enquêteurs invoquent une menace terroriste imminente. "Peu bavard", le suspect "se refuse à toute déclaration", a précisé François Molins.

L'enquête se poursuit, avec notamment deux perquisitions dimanche après-midi à Tourcoing (Nord) chez une grand-mère et une tante de Mehdi Nemmouche, tandis que deux personnes étaient entendues par la police dans la région de Courtrai en Belgique. Mais le suspect "a plutôt le profil du loup solitaire", a relevé sur France 2 le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Les juges belges ont délivré un mandat d'arrêt européen.

Inédite dans l'histoire récente de la Belgique, la fusillade du Musée juif, qualifiée d'attaque antisémite par de nombreux responsables internationaux, a provoqué la mort d'un couple d'Israéliens et d'une bénévole française. Une quatrième victime, un employé belge, est toujours "entre la vie et la mort", a précisé dimanche le procureur fédéral Van Leeuw.

Les autorités belges ont renforcé la sécurité des synagogues, écoles et centres culturels juifs. Pour retrouver le tueur présenté comme ayant agi "de sang froid", elles avaient aussi diffusé des extraits de vidéosurveillance montrant un homme s'approcher du musée, y entrer et tirer à plusieurs reprises avec une Kalachnikov, le tout en moins de deux minutes.

Le profil de Mehdi Nemmouche risque de relancer le débat sur la surveillance des Européens candidats au jihad en Syrie. "Nous les combattrons, nous les combattrons, nous les combattrons", a martelé le président Hollande, soulignant que le plan gouvernemental présenté en avril pour endiguer ce phénomène serait "amplifié dans les prochains mois". Paris et Bruxelles ont appelé à un renforcement de la coopération européenne.

Selon les dernières estimations, quelque 780 personnes vivant en France sont en route vers la Syrie, ont rallié ce pays ou en sont revenues. La Belgique estime à environ 200 ses ressortissants partis en Syrie pour combattre, souvent aux côtés des Français.

Le Congrès juif mondial se pose des questions

Le Congrès juif mondial (WJC) se réjouit de l'arrestation du principal suspect dans le dossier de la fusillade survenue au Musée juif de Bruxelles, mais se demande néanmoins comment un tel drame a pu se produire, indique l'organisation dimanche dans un communiqué de presse. Le WJC est une organisation représentant les communautés juves dans une centaine de pays à travers le monde.

"Nous nous réjouissons de l'arrestation du suspect de ce crime haineux et nous louons le travail rapide mené par les autorités belges et françaises", déclare le président du congrès, Ronald Lauder. "Nous nous demandons cependant comment il est possible qu'une telle attaque antisémite se produise en plein jour dans une capitale européenne, et ce deux ans après un attentat similaire à Toulouse."

"Les autorités européennes doivent réaliser que le combat jihadiste se mène également dans leurs rues et doivent accentuer leurs efforts pour prévenir la propagation de la haine et arrêter ces terroristes avant qu'ils ne nuisent", poursuit le président du WJC avant d'appeler les gouvernements européens au dialogue avec son organisation.

Ronald Lauder se rendra lundi à Bruxelles avec une délégation du WJC pour notamment y rencontrer les autorités fédérales.

Perquisitions à Courtrai

Des perquisitions ont été menées dimanche soir à Courtrai dans le cadre de l'enquête relative à cette fusillade, a fait savoir le bourgmestre Vincent Van Quickenborne (Open Vld). Deux personnes ont été interrogées, mais elles n'ont pas été arrêtées. Vincent Van Quickenborne ne pouvait pas préciser où se tenaient ces perquisitions et si des mandats d'arrêt avaient été délivrés. Il semblerait que ça n'a pas été le cas selon plusieurs sources. Le bourgmestre de Courtrai a cependant indiqué que les échanges d'informations devraient mieux s'opérer afin de suivre de manière plus efficace le retour des personnes qui ont été se battre en Syrie.


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