Le journaliste belge Mehmet Koksal interdit d'entrée aux Etats-Unis

Le vice-président de l'Association des journalistes professionnels (AJP) aurait été placé sur une liste le qualifiant de possible "terroriste supposé".

J.-C.M.
Le journaliste belge Mehmet Koksal interdit d'entrée aux Etats-Unis
©Twitter

Le vice-président de l’AJP et sa famille se sont vu refuser l’accès au territoire américain.

Le journaliste belge Mehmet Koksal s’est vu refuser l’entrée aux Etats-Unis pour un voyage touristique qu’il devait effectuer fin juillet avec son épouse et son fils de 5 ans, a-t-on appris lundi.

Le vice-président de l’Association des journalistes professionnels (AJP) aurait été placé sur une liste le qualifiant de "terroriste supposé" . "J’ai encore été invité à suivre la campagne présidentielle en 2008 par le Département d’Etat américain, c’est absurde", s’insurge le journaliste. Du côté de l’ambassade des Etats-Unis à Bruxelles, on évoquait, lundi, des problèmes d’ordre administratif.

Des milliers d’euros de perdus

Début juillet, Mehmet Koksal s’est vu notifier que sa demande introduite via l’ESTA (système électronique d’autorisation de voyage qui dispense le voyageur de l’obligation de demander un visa) était "non autorisée" . Comme les services de l’ambassade américaine à Bruxelles nous l’ont expliqué, le "Department of Homeland Security", l’instance administrative américaine qui délivre cette autorisation, n’a pas à se justifier et ne le fait jamais. "Mais le refus peut être lié à une broutille comme le fait, lors d’un précédent voyage, d’être resté quelques jours de plus que les 90 jours de séjour autorisés en tant que touriste" , explique-t-on du côté de l’ambassade.

Toujours est-il que placé en face de ce refus, M. Koksal a formulé une demande de visa touristique et s’est rendu au consulat américain à Bruxelles pour un entretien. On lui aurait garanti que tout se passerait bien et qu’il obtiendrait le précieux sésame. Il n’en fut finalement rien.

Le cas Fermon

Pire, sa femme et son fils, qui avaient obtenu l’autorisation de se rendre aux Etats-Unis, se sont également vu retirer celle-ci. Aucun recours n’est possible contre une telle décision. Les Koksal ne pourront rien récupérer des 4 500 euros investis dans leurs vacances, l’assurance annulation souscrite étant caduque en cas de visa refusé.

Le journaliste indique encore ne pas voir quelle partie de son travail aurait pu poser problème. "Je me suis déjà rendu quatre fois aux Etats-Unis, dont une fois sur invitation du Département d’Etat, et je connais personnellement les quatre derniers ambassadeurs américains en Belgique" , explique-t-il, soulignant "l’absurdité de ce refus et le manque de transparence des autorités américaines".

Cette mésaventure fait penser à celle survenue à l’avocat Jan Fermon, l’un des protagonistes de l’affaire Dutroux. Fin septembre 2011, il devait participer, en tant que secrétaire général adjoint de l’Association internationale des juristes démocrates, à une réunion du bureau de l’AIJD, au Costa Rica. Les autorités américaines en décidèrent autrement.

Un mois avant son voyage, Me Fermon avait demandé l’autorisation de transiter par les Etats-Unis. Autorisation, dite ESTA, accordée le jour même. Le 21 septembre, moins de vingt-quatre heures avant son départ pour New York, où il devait transiter cinq heures, avant de décoller pour San José, Jan Fermon reçut un courriel du "Department of Homeland Security" l’informant, sans la moindre explication, qu’il ne serait pas admis sur le territoire américain. Deux membres du Congrès, alertés par l’AIJD, demandèrent des comptes au service en question mais ne purent en apprendre davantage.

Victime de son métier ?

Tout laisse croire que Me Fermon a été victime de ses activités professionnelles. En tant qu’avocat, il avait défendu, en 2003, les intérêts de 19 personnes s’estimant victimes de crimes de guerre commis par les troupes américaines en Irak. Il fut aussi le conseil du Pr Sison, fondateur du parti communiste des Philippines, qui avait été, à l’instigation des Etats-Unis selon lui, inclus dans la liste européenne des personnes impliquées dans le soutien du terrorisme. Cette inclusion fut jugée illégale par le tribunal de l’Union européenne.

Des documents publiés par WikiLeaks montrèrent que les Etats-Unis n’avaient guère goûté l’acquittement, par la cour d’appel de Bruxelles, de militants turcs du DHKP-C. L’un d’eux était défendu par Me Fermon, lequel rallia finalement San José sans passer par New York.