Doel 4: "La situation est tendue et va se compliquer"

Après l'annonce par Electrabel de la mise à l'arrêt du réacteur de Doel 4 et sa probable indisponibilité jusqu'au 31 décembre 2014, "la situation est tendue et va se compliquer au fur et à mesure que l'hiver approche et que les températures baissent", a réagi jeudi la secrétaire d'Etat à l'Energie Catherine Fonck.

Doel 4: "La situation est tendue et va se compliquer"
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BELGA & rédaction en ligne

Après l'annonce par Electrabel de la mise à l'arrêt du réacteur de Doel 4 et sa probable indisponibilité jusqu'au 31 décembre 2014, "la situation est tendue et va se compliquer au fur et à mesure que l'hiver approche et que les températures baissent", a réagi jeudi la secrétaire d'Etat à l'Energie Catherine Fonck, renvoyant l'origine du risque en matière de sécurité d'approvisionnement à des causes imprévisibles. La concertation entre les acteurs concernés, entamée en raison des risques d'approvisionnement connus jusqu'ici, se poursuivra sur cette nouvelle base.

En effet, l'annonce d'Electrabel affecte "la sécurité d'approvisionnement de la Belgique, en particulier pour cet hiver", a confirmé la secrétaire d'Etat.

Le pays fait face à la mise à l'arrêt de Doel 3 et de Tihange 2 pour des raisons de sûreté nucléaire, et à la mise à l'arrêt de Doel 4 pour un problème technique (non nucléaire). Cela représente une indisponibilité de 50% du parc nucléaire qui fournit plus de la moitié de l'électricité belge. "La Belgique est donc privée de 25% de sa capacité de production : n'importe quel pays serait en difficulté dans ce genre de circonstances", a souligné Mme Fonck, précisant que "si un risque en matière de sécurité d'approvisionnement existe pour cet hiver, ce n'est pas la conséquence de l'absence de politique énergétique du gouvernement actuel mais bien la conjonction de deux éléments majeurs et imprévisibles".

Le travail de concertation entamé à la suite de la mise à l'arrêt de Doel 3 et Tihange 2 se poursuit et va, sur la base de l'annonce de la mise à l'arrêt prolongée de Doel 4, être amplifié entre l'administration de l'Energie, Elia, le Centre de crise et les GRDs (Synergrid).

Electrabel a indiqué qu'elle n'avait pas encore dû prendre de mesures supplémentaires pour assurer l'équilibre entre l'offre et la demande. Le fournisseur d'énergie n'a pour l'instant aucun problème à livrer de l'électricité à ses clients. 

"Si nécessaire, nous prendrons des mesures. Nous verrons ensuite s'il faut importer de l'électricité ou redémarrer des centrales à gaz ou encore demander à nos importants clients de se passer d'une partie des livraisons", explique la porte-parole, Geetha Keyaert. Certaines de ces mesures ont déjà été prises la semaine dernière lorsque Doel 4 a dû être arrêtée. Mais actuellement, l'équilibre est atteint entre l'offre et la demande. "Le temps est raisonnablement doux et c'est encore les vacances. La demande reste faible", souligne la porte-parole.


"La situation est sérieuse"

Elia, le gestionnaire du réseau haute-tension, a qualifié, jeudi, la situation de "sérieuse" quant à l'approvisionnement en énergie en Belgique. "A court terme, nous ne prévoyons pas de problèmes", a expliqué Barbara Verhaegen.

Mais, un temps plus froid pourrait causer une pénurie d'électricité. La porte-parole d'Elia réagissait à la fermeture de la centrale Doel 4 jusqu'à la fin de l'année. Actuellement, la moitié du parc nucléaire belge est à l'arrêt. "Des problèmes menacent à partir de la fin octobre, début novembre", a-t-elle ajouté. Si la situation est prise au sérieux, ce n'est pas un sentiment de panique qui prévaut chez le gestionnaire du réseau haute tension. "Elia va se concerter avec les différentes autorités impliquées sur les étapes à venir", a encore souligné Mme Verhaegen. Selon elle, certaines mesures peuvent être prises pour optimaliser le réseau, "par exemple en retardant des entretiens".

"Attendons de voir ce qu'il va advenir de Doel 3 et de Tihange 2", a-t-elle poursuivi. Les deux réacteurs d'une capacité d'environ 2.000 MW, sont à l'arrêt depuis le printemps en raison d'une enquête approfondie sur des micro-fissures. Une nouvelle évaluation doit être effectuée en automne.

Une extension du parc de production belge n'est pas possible à court terme, selon Elia. On travaille toutefois à élaborer une réserve stratégique qui ne pourra pas être utilisée avant le 1er novembre. "Il s'agit de 850 MW", a indiqué la porte-parole.

Une sensibilisation du public pourrait aussi faire partie des mesures mises en place pour faire baisser la consommation électrique. En cas extrême, un plan de délestage pourrait aussi être appliqué. Mais Elia n'a donné aucun détails sur ce type de mesure "qui relève du gouvernement".


Doel 4 sera à l'arrêt jusqu'au 31 décembre

Doel 4, fermé suite à l'écoulement de 65.000 litres d’huile ne sera "certainement pas disponible" avant le 31 décembre prochain, a indiqué jeudi Electrabel, propriétaire de la centrale. "Après ouverture du corps haute-pression du turbogénérateur, les premiers résultats disponibles aujourd'hui indiquent des dégâts importants au niveau de la turbine de haute pression", précise Electrabel.

Tihange 2 et Doel 3 étant également out, pour cause de microfissures, la Belgique se retrouve dans une position délicate: pour la première fois, elle devra essayer de passer l'hiver avec seulement 7.900 MW contre 9.000 MW d'habitude. La Belgique risque de devoir trouver l'énergie ailleurs.


Le parquet fédéral reprend l'enquête

L'enquête sur un potentiel sabotage du réacteur nucléaire de Doel 4 a été reprise par le parquet fédéral, selon des informations des journaux du groupe Mediahuis confirmées par le parquet jeudi. L'hypothèse d'un acte terroriste n'est pas confirmée pour autant, "tout ce qui concerne la sécurité nucléaire relève de la responsabilité du parquet fédéral", précise Eric Van Der Sypt, porte-parole du parquet. Le réacteur est à l'arrêt depuis l'incident qui a touché la turbine à vapeur dans la partie non-nucléaire de la centrale. 65.000 litres d'huile de la turbine se sont écoulés vers un réservoir souterrain destiné à récupérer cette huile en cas d'incendie. Manquant de lubrifiant après cette manœuvre, la turbine a surchauffé et s'est automatiquement arrêtée, suivant les procédures prévues. L'acte de sabotage a très vite été envisagé.

Vendredi dernier, l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) et le parquet de Termonde ont chacun ouvert une enquête sur l'arrêt inattendu de la centrale. L'AFCN a rapidement conclu à une manœuvre délibérée.

L'enquête est désormais menée par le parquet fédéral. Plusieurs médias ont suggéré une piste de menace terroriste, mais le parquet estime qu'il s'agit d'une conclusion hâtive. "Différentes pistes sont toujours étudiées", indique le porte-parole.


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