Adopté l'automne dernier, le décret Paysage livre ses premiers effets cette rentrée

Deux semaines après leurs cadets de l'enseignement obligatoire, les quelque 175.000 étudiants du supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles retrouveront lundi leurs auditoires pour une nouvelle année académique marquée par l'entrée en vigueur de premiers éléments du décret Paysage, visé depuis peu par un recours auprès de la Cour constitutionnelle.

Adopté l'automne dernier, le décret Paysage livre ses premiers effets cette rentrée
©Jean Luc Flemal
Belga

Deux semaines après leurs cadets de l'enseignement obligatoire, les quelque 175.000 étudiants du supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles retrouveront lundi leurs auditoires pour une nouvelle année académique marquée par l'entrée en vigueur de premiers éléments du décret Paysage, visé depuis peu par un recours auprès de la Cour constitutionnelle. Plus vaste réforme de l'enseignement supérieur depuis le processus de Bologne de 2004, le nouveau texte modifie l'évaluation, la mobilité, la diplomation ainsi que l'aide aux étudiants, dont plus de la moitié échouent en première année.

Il établit aussi une organisation générale commune à tous les établissements supérieurs, qui seront regroupés en cinq pôles géographiques et chapeautés par une académie unique de recherche et d'enseignement, l'ARES.

Porté sur les fonts baptismaux en janvier dernier, l'organe vient tout juste de voir sa présidence confiée pour trois ans à l'ancien ministre et ex-président de la Banque européenne d'investissement (BEI), Philippe Maystadt.

Si le décret adopté l'automne dernier laisse un peu de temps aux établissements pour le digérer, plusieurs de ces éléments entrent toutefois en vigueur dès cette année académique 2014.

Il en va ainsi de la date de reprise des cours, dorénavant fixée à la mi-septembre; de la date de clôture des inscriptions, ramenée du 30 novembre au 31 octobre; ou encore de la possibilité d'étaler le paiement des droits d'inscription jusqu'au début du mois de janvier.

Autre nouveauté qui s'applique dès cette année: la révision du seuil de réussite des études. Pour accéder à l'année suivante de son cursus, tout étudiant devra à présent obtenir au moins 10 sur 20 par matière ainsi qu'une moyenne globale de 10 sur 20 au moins, contre 12 de moyenne auparavant.

De l'aveu général, ce sont surtout les étudiants de première année qui vont ressentir dès cette année les effets du décret Marcourt, notamment avec l'organisation de leur programme en 60 crédits, dont au moins 45 devront être réussis pour pouvoir passer en 2e.

Le gros des changements n'est en réalité pas attendu avant la rentrée 2015. Pour autant bien sûr que le décret ne soit pas invalidé d'ici là.

Plusieurs professeurs de l'UCL (agissant à titre personnel) et six Hautes écoles ont en effet introduit il y a deux semaines un recours auprès de la Cour constitutionnelle.

Ceux-ci voient notamment dans le texte porté par le ministre socialiste Jean-Claude Marcourt une atteinte à la liberté académique. L'arrêt, qui pourrait éventuellement remettre en question la réforme, n'est pas attendu avant l'année prochaine.

Cette rentrée dans le supérieur est marquée par un second dossier chaud: le chantier du (re)financement de l'enseignement supérieur, étranglé depuis près de deux décennies par le principe de l'enveloppe fermée.

"Avec le décret Marcourt, le modèle d'organisation de l'enseignement supérieur a changé. Son mode de financement doit dès lors aussi être modifié. De plus, le mode de financement actuel ne permet pas de couvrir la massification qu'a connu l'enseignement supérieur...", analyse Julien Nicaise, administrateur de l'ARES.

En 15 ans, sous l'effet de l'enveloppe fermée, les universités ont en effet vu leur subside par étudiant baisser de 15%, alors que sur cette même période le nombre d'étudiants inscrits a progressé de... 37%. Résultat: un encadrement pédagogique maigrelet, des locaux délabrés, du matériel parfois obsolète, et des auditoires trop petits où certains étudiants sont contraints de s'asseoir par terre...

"Certaines infrastructures sont dans un tel état qu'elles posent un certain danger pour les étudiants. Il faut prendre des mesures radicales mais nous n'en avons plus les moyens! ", se lamentait en juin dernier le recteur de l'ULB Didier Viviers à l'occasion d'une conférence de presse où les universités francophones réclamaient en choeur au futur gouvernement un refinancement de 100 millions d'euros pour les cinq années à venir.

Le message semble avoir été entendu. Dans sa déclaration de politique communautaire, la nouvelle coalition PS-cdH disait en juillet dernier avoir pour priorité de parvenir à une "adaptation progressive du financement des universités et des hautes écoles à l'évolution du nombre d'étudiants".

Un refinancement à hauteur de 106 millions d'euros pour l'ensemble des établissements est même évoqué, sans échéance précise. Mais au-delà de l'injection de moyens financiers supplémentaires, c'est surtout la révision du mode de financement par étudiant qui fera débat.

Interrogé à ce sujet, le ministre Marcourt estime que cette discussion doit d'abord être menée au sein de l'ARES qui regroupe désormais les universités, les Hautes écoles, les écoles supérieures d'art et les écoles de Promotion sociale. Celles-ci disposent aujourd'hui de mécanismes de financement différents, et leurs intérêts dans ce débat sont souvent opposés. A elles à présent d'élaborer une proposition commune.

En cas d'échec, il reviendra alors au gouvernement d'opérer les arbitrages délicats, sans rallumer les vives tensions apparues entre institutions lors de l'élaboration du décret Paysage.


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