"L'attentat au Musée juif a déclenché la recrudescence de l'antisémitisme"

La multiplication des actes à caractère antisémite inquiète la Ligue belge contre l'antisémitisme. Son président, Joël Rubinfeld, a contacté les négociateurs fédéraux pour mettre son "plan pour changer les mentalités" au programme du prochain gouvernement.

G.Ga.

La multiplication des actes à caractère antisémite inquiète la Ligue belge contre l'antisémitisme. Son président, Joël Rubinfeld, a contacté les négociateurs fédéraux pour mettre son "plan pour changer les mentalités" au programme du prochain gouvernement.

L'incendie criminel survenu à la synagogue d'Anderlecht s'est ajouté ce mardi matin à la liste des actes antisémites en Région bruxelloise. Dimanche, c'est le Mémorial national aux Martyrs juifs de Belgique qui avait été vandalisé, quelques heures à peine après le discours d'Elio Di Rupo pour la réouverture du Musée juif de Belgique. Un "emballement" qui inquiète Joël Rubinfeld, président de la Ligue belge contre l'antisémitisme (LBCA), lequel appelle ce mardi dans un communiqué à "intégrer ce combat dans le prochain programme gouvernemental."

Contacté par la rédaction de LaLibre.be, Joël Rubinfeld a accepté de lever une partie du voile sur ces mesures concrètes qu'il réclame au futur gouvernement fédéral. "Nous avons préparé un plan, qui s'axe surtout sur un changement de mentalité. J'en réserve évidemment la primeur aux négociateurs, mais je peux vous en donner un exemple concret: quand Laurette Onkelinx était ministre de la Justice, elle est parvenue à changer les mentalités sur le plan des violences conjugales en appliquant la politique de la tolérance zéro. Chaque plainte était alors automatiquement suivie d'un P.-V., et l'appareil judiciaire s'activait. Nous souhaitons que le même message soit porté par le politique au sujet de l'antisémitisme."

Pour le président de la LBCA, c'est actuellement loin d'être le cas. Et il ne doit remonter dans le temps que pour 72 petites heures pour en donner plusieurs exemples: "Concernant la maison décorée de symboles nazis à Keerbergen, il est apparu que les autorités communales et policières étaient au courant, mais qu'aucune démarche n'avait été entreprise. Quand monsieur Luyckx s'est fait agresser dans le tram - alors qu'il n'est même pas juif - il s'est rendu à la police où on a pris note de sa plainte…sur un post-it. Littéralement."

Une preuve, selon Joël Rubinfeld, que ces dossiers concernant l'antisémitisme sont "parfois, voire trop souvent pris à la légère. Et je pense qu'aujourd'hui, avec l'actualité récente depuis le 24 mai dernier, la politique de tolérance zéro s'impose."

Une vague née le 24 mai

Il y a bientôt quatre mois, le Musée juif de Belgique était la cible d'un attentat. C'est, pour Joël Rubinfeld, le véritable point de départ de cette nouvelle vague de faits divers avec l'antisémitisme en toile de fond qui touche le pays depuis quelques mois. "On pourrait penser que le conflit israélo-palestinien est le point de départ de ces événements, mais la recrudescence s'est manifestée bien avant le début de l'opération Bordure protectrice. Non, c'est vraiment l'attentat au Musée juif qui a déclenché tout ça. Il a eu un effet libérateur. C'est la force du - mauvais - exemple, qui a donné de mauvaises idées aux mauvaises personnes."

Après un attentat, on aurait pourtant pu s'attendre à une baisse des agressions antisémites. "Je trouve également ça étonnant" confirme le président de la LBCA. "Pourtant, on avait déjà vécu ça après l'affaire Merah à Toulouse en 2012. On pensait que certains antisémites allaient prendre conscience que ça allait trop loin, que cet attentat aurait un effet rédhibitoire, mais c'est le contraire qui s'est produit."

"On teste le maillon faible de la société belge"

Le conflit au Proche-Orient ne serait donc, à en croire Joël Rubinfeld, qu'un prétexte pour crier "Mort aux Juifs" dans la rue. "En attaquant les Juifs, c'est le maillon faible de la société belge qu'on teste. Si la communauté juive venait à "tomber", après ce serait autre chose: les homosexuels, les droits des femmes… C'est une forme d'obscurantisme qui a déclaré la guerre à notre société et pour l'instant, on ne livre pas cette guerre comme il le faudrait" conclut Joël Rubinfeld. Une situation qu'il espère donc faire évoluer en interpellant les négociateurs fédéraux, Charles Michel en tête, pour "traiter le problème à la racine."