"Qu’ils cassent les biens de l’État, pas ma voiture"

Abdeslam n’en revient pas : il a assisté impuissant, depuis le trottoir, à l’incendie de sa voiture par "une trentaine d’hommes cagoulés"

"Qu’ils cassent les biens de l’État, pas ma voiture"
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A. G.

Abdeslam n’en revient pas : il a assisté impuissant, depuis le trottoir, à l’incendie de sa voiture par "une trentaine d’hommes cagoulés"

Carcasses de voitures et de camionnette calcinées, feux rouges écharpés, vitrines brisées, bulles à verre incendiées. C’est un visage de désolation et de guérilla urbaine qu’offrent les alentours de la Gare du Midi, point de dislocation de la manifestation. Un autre visage de désolation, c’est celui d’Abdeslam, dont la voiture fut la première à faire les frais de la colère des manifestants."J’habite dans le coin. Alors, je suis venu voir comment se déroulait la manif. Ma femme n’osait pas sortir, elle me disait que c’était la guerre dehors. Mais j’y suis allé et suis resté sur le trottoir quand j’ai vu une trentaine de types, la plupart cagoulés, qui la secouaient dans tous les sens pour la renverser au milieu de la rue", a-t-il expliqué à nos confrères de La DH.

Prendre sa témérité à deux mains pour tenter de raisonner les coléreux ? "Je n’ai pas osé. Ils étaient une trentaine. Ils étaient cagoulés. Des gens qui font ça sont capables de tout. J’avais peur qu’ils soient racistes. Alors, j’ai assisté sans rien faire."

L'homme a du mal à cacher sa colère. "Moi aussi, je suis travailleur. Moi aussi je voulais manifester. Mais je venais seulement de me réveiller de ma nuit de travail. Je suis électricien pour un sous-traitant de la Stib. J’ai besoin de ma voiture pour aller d’une station à une autre. Comment je vais faire maintenant pour transporter tout mon matériel ? Si je suis absent une journée ou deux, je suis viré ! Tout a brûlé dans la voiture. Qu’ils cassent les biens de l’État mais pas ma voiture, pas celles des travailleurs !", s’enflamme Abdeslam.

Le jeune père de famille tempère sa rancœur lorsqu’une chasuble rouge et une autre verte s’arrêtent près de la carcasse calcinée, la mine contrite. "Franchement, ce n'est pas juste. Ce n’est pas bien de faire ça ! Ce n’est quand même pas une voiture de luxe." Non, c’était une Peugeot 106 Diesel d’occasion, achetée 2.500 euros."Je venais de changer la courroie de distribution", s’irrite Abdeslam. J’avais une assurance mais évidemment pas une Omnium."

"C’est à vous cette voiture ?" , compatit une passante. "Vous aussi ils ont incendié votre voiture ?", lui répond le trentenaire. "Non, moi j’ai plus de chance : ils ont seulement caillassé le pare-brise, les vitres et le capot."

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