Les Roms, ces inconnus

Les Roms ont plus de mille ans, nous explique le chercheur Koen Geurts. Voici dix siècles qu’ils ont quitté le nord de l’Inde pour voyager vers l’Europe et l’Afrique du Nord. Artisans pour la plupart, ils ont traversé les frontières pour que les premiers d’entre eux arrivent en Belgique vers le XVe siècle.

Les Roms, ces inconnus
©Photo News
Bosco d’Otreppe

Le dernier livre de l’ASBL "Le Foyer" espère créer des liens.

"Ecoutez leur musique avec ses airs de flamenco, ses harmonies arabes ou ses rythmes des Balkans. A elle seule elle témoigne de leur long voyage et du dynamisme de leur culture."

Les Roms ont en effet plus de mille ans, nous explique le chercheur Koen Geurts. Voici dix siècles qu’ils ont quitté le nord de l’Inde pour voyager vers l’Europe et l’Afrique du Nord. Artisans pour la plupart, ils ont traversé les frontières pour que les premiers d’entre eux arrivent en Belgique vers le XVe siècle.

Ceux que l’on appellera les Manouches ont préparé le terrain pour d’autres arrivées, plus diffuses, qui se maintiennent et qui se sont accentuées avec la chute du communisme et, depuis 2007, avec l’élargissement de l’Union européenne. "Aujourd’hui , explique encore le chercheur, ils sont environ 10 000 à Bruxelles. Ils proviennent principalement de Roumanie et de Bulgarie, mais avec les Slovaques et les ressortissants de l’ex-Yougoslavie, ils forment une communauté aux diversités méconnues."

"Ce qui les réunit , précisera-t-il plus tard, ce sont leurs racines indiennes et leur langue, le romani. Ils sont entre dix et douze millions en Europe et, très loin de nos clichés, plus de 95 % d’entre eux ont un mode de vie sédentaire."

Après des années de rencontres et de collaboration avec l’ASBL "Le Foyer", le chercheur vient de sortir en français le premier volume d’une trilogie consacrée à cette communauté méconnue. "Les Roms en action" (1), présenté cette semaine, se veut un guide pratique pour les travailleurs sociaux, et a le grand mérite d’offrir en la matière l’état des lieux le plus complet et le plus actuel.

L’ignorance réciproque

A la lecture du livre, le grand problème de la communauté rom à Bruxelles semble être cette cohabitation qui n’engendre que trop peu de contacts. "La migration massive des Roms est récente , explique Koen Geurts. Personne ne sait comment aborder ces groupes. Nous remarquons que le dispositif d’aide et de services sociaux n’est pas toujours équipé." D’autre part, "de nombreux Roms ne parviennent pas à s’appuyer sur les services d’aides existants" .

Pas unique

Entre autres données indispensables pour dépasser cette ignorance, le livre dresse le tableau précis des différentes communautés. On découvre leurs conditions de vie, les professions qu’ils privilégient (dans la construction, l’Horeca…), leurs rapports à l’enseignement ou leurs pratiques familiales. On apprend également que ce sont les Roms issus de Slovaquie qui se trouvent en général dans les situations les plus précaires. "Ce sont eux que l’on rencontre à la Gare du Nord , indique Koen Geurts. La situation était catastrophique dans leurs pays d’origine; arrivés à Bruxelles, ils n’ont plus rien à perdre."

Au-delà des problèmes de pauvreté, de chômage, de mendicité, de trafics ou de prostitution (voir encadré), Koen Geurts et les médiateurs de l’ASBL "Le Foyer", Roms eux-mêmes, se montrent vigilants, mais optimistes. "Il y a des tendances positives , constatent-ils, notamment en matière d’enseignement. Les jeunes générations parviennent à faire leur trou." L’avenir cependant invite à beaucoup de vigilance.

La récente levée des restrictions du marché de l’emploi pour les Bulgares et les Roumains ne semble pas provoquer un afflux majeur de Roms, souvent peu qualifiés, et pour qui les opportunités professionnelles sont donc très relatives.

Cependant, et sans doute cela pose-t-il de nouveaux défis pour l’intégration, l’augmentation de la mobilité intraeuropéenne privilégiera des arrivées par périodes.

Les familles, en fonction des emplois trouvés à travers l’Europe, s’installeront quelques mois en Belgique avant de repartir dans leurs pays d’origine ou dans d’autres pays. Cette tendance, précise le livre de Koen Geurts, devrait s’accentuer.


(1) Koen Geurts, "Les Roms en action", une édition du Centre régional d’intégration. Foyer Bruxelles ASBL, 2014.

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