Pas simple d’intégrer un home quand on vient de la rue

La précarité des personnes âgées, on la touche forcément du doigt dans les homes publics. L’entrée en maison de repos est parfois proposée comme solution aux séniors sans domicile fixe. Depuis mars 2010, la Maison d’Harscamp, dépendant du CPAS de Namur, a accueilli une dizaine de personnes avec une expérience de rue.

Pas simple d’intégrer un home quand on vient de la rue
©REPORTERS
Annick Hovine

La précarité des personnes âgées, on la touche forcément du doigt dans les homes publics. L’entrée en maison de repos est parfois proposée comme solution aux séniors sans domicile fixe. Depuis mars 2010, la Maison d’Harscamp, dépendant du CPAS de Namur, a accueilli une dizaine de personnes avec une expérience de rue.

Comme Michel (*), qui n’avait que 64 ans quand il y a séjourné quelques mois, fin 2010. Il vivait dans la rue, avant une hospitalisation au CHR de Namur pour des problèmes pulmonaires et neurologiques. Divorcé deux fois, Michel avait aussi perdu le contact - depuis 30 ans - avec ses deux sœurs établies dans les Ardennes. Elles étaient quand même venues lui rendre visite au CHR. Sans domicile fixe, il ne pouvait pas retourner en rue - il y avait 17 cm de neige ! - dans son état et l’hôpital ne pouvait pas le garder.

Michel s’est habitué très vite

Contact a donc été pris avec la Maison d’Harscamp. "Il s’est habitué très vite à la maison de repos" , se souvient la directrice, Véronique Bouttin . "On lui a trouvé des vêtements, dégotté des lunettes, proposé une coupe de cheveux. C’était devenu un autre homme, souriant, avec une poignée de mains ferme." Michel est décédé après 4 mois dans le home, où il avait pu renouer avec sa famille. "C’est une de nos victoires."

D’autres intégrations ont été plus compliquées. Corine (*), 77 ans, une femme très cultivée, n’est restée que quelques jours à la Maison d’Harscamp. Sans domicile fixe, elle avait été placée pour une mise au point dans un service de gériatrie. Son état général était médiocre mais elle ne présentait pas de pathologie particulière. Elle a été adressée au home du CPAS.

"L’état de sa chambre a vite posé problème" , raconte la directrice. "Elle était à la fois très exigeante et très soupçonneuse à l’égard du service social." Au bout de quelques jours, Corine a quitté la Maison d’Harscamp. Une dizaine de jours plus tard, Médecins du monde récupérait la vielle dame errant lamentablement dans les rues de Bruxelles. "Pour nous, c’était un échec, la réponse qu’on lui avait apportée ne lui avait pas convenu", poursuit Mme Bouttin.

Infantilisant

La vie en communauté, quand on vient de la rue, ce n’est vraiment pas simple. "Le regard des autres, qui peut être extrêmement cruel et même violent, est très compliqué à gérer" , explique encore la directrice.

L’acceptation réciproque n’est pas facile. La moyenne d’âge tourne autour de 87 ans dans ce home mais les gens venant de la rue, usés par la vie, sont nettement plus jeunes et acceptent difficilement "la vie avec les vieux" . Ils ont aussi du mal à concilier leurs habitudes d’autonomie et les horaires; le fait qu’on entre dans leur chambre - ne fût-ce que pour la nettoyer; l’argent de poche distribué au compte-gouttes, un système qu’ils jugent infantilisant…

La réponse institutionnelle qu’on leur propose, c’est : "Tu fais ce que tu veux si tu restes dans le cadre de ce que je veux bien que tu fasses" , résume la directrice. Ils ne l’acceptent pas tous.

(*) Prénoms d’emprunt.

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