Discours du Roi: "Essayons de changer notre regard sur le monde" (VIDEO/ANALYSE)

Dans son discours de Noël, le roi Philippe évoque la disparition de la reine Fabiola et délivre un message d'espoir à une époque marquée par la peur. Découvrez le discours royal dans son intégralité. Texte, vidéo et analyse.

Rédaction en ligne

Le roi Philippe a évoqué la disparition de la reine Fabiola et délivré un message d'espoir à une époque marquée par la peur.

Découvrez le discours royal dans son intégralité ici en texte et vidéo. Ainsi que notre analyse.


Le discours royal de ce 24 décembre 2014:


Mesdames et Messieurs,

Il y a peu de temps, la Reine Fabiola nous a quittés. Aux côtés du Roi Baudouin, elle a adopté notre pays et l’a aimé de tout son cœur. Par des mots et des gestes simples, elle avait le don d’insuffler de l’espoir à chacun. Elle s’est dévouée sans réserve à ceux que la vie avait durement frappés. Nous sommes très profondément reconnaissants pour tout ce qu’elle a fait, pour tout ce qu’elle a été. Au nom de notre famille, je voudrais vous dire merci pour les nombreux témoignages de sympathie et d’affection que vous nous avez exprimés à l’occasion de son décès.

La Reine Fabiola nous laisse un grand témoignage d’espoir et d’optimisme. Ce témoignage a une valeur inestimable à une époque marquée par la peur. La peur du lendemain, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de l’autre. Lorsqu’elle se fait trop envahissante, la peur paralyse, elle engendre le repli sur soi et la solitude, et fait perdre le goût de l’avenir.

Je comprends votre inquiétude et le sentiment de découragement devant l’immensité des défis de notre génération, la faible croissance de notre économie, l’augmentation de la précarité. Pourtant, refusons de nous laisser gagner par la résignation. Tous ensemble, en partageant les efforts, nous pouvons surmonter la crise. Il faut un certain courage pour réagir à la morosité.

Essayons d’abord de changer notre regard sur le monde. Un vrai regard positif libère l’action et la créativité, chez celui qui porte ce regard mais aussi chez celui sur qui il est porté. Je pense notamment à ces nombreuses personnes que la Reine et moi avons rencontrées et qui puisent dans une difficulté ou un échec la force pour un nouveau départ. Le regard positif mène à l’engagement. Il possède aussi une réelle puissance d’entraînement. Cet état d’esprit renforce les complémentarités et la cohésion dans notre société. Il sécurise, il sort de l’isolement, il crée des ponts, il donne un souffle à l’avenir.

Ensuite, regardons autour de nous. Nous avons la chance de vivre dans une société où sont à l’œuvre de nombreuses forces positives. Je pense à tous ceux qui s’engagent, souvent bénévolement, en faveur des jeunes, des personnes âgées, des malades, des isolés ou des plus démunis. Je pense à la solidarité dont nous faisons preuve à tous les niveaux. A nos administrations publiques, quotidiennement au service de la population. A ces entreprises et ces services publics qui allient avec succès efficacité et humanité. Je pense à l’impressionnante capacité d’innovation de nos entreprises et de nos scientifiques. Cette capacité d’innovation aussi est l’expression d’un regard d’espoir et d’optimisme. C’est d’abord par un regard positif que se façonne toute avancée même discrète.

Mesdames et Messieurs,

En cette période de Noël et à l’aube d’une année nouvelle, posons sur nous-même et sur ceux qui nous entourent un regard d’espoir. Ayons le goût de l’avenir. C’est ce que la Reine et moi vous souhaitons, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers.


Le "regard" et la "peur" au cœur du discours

Lorsqu'on analyse le discours royal au niveau du vocabulaire utilisé, on remarque que le mot "regard" est celui qui revient le plus souvent (8 fois). Viennent ensuite les mots "peur" (5 fois) et "reine" (4 fois).

Voici une infographie des mots choisis:

Discours du Roi: "Essayons de changer notre regard sur le monde" (VIDEO/ANALYSE)
©DR

ANALYSE

Par Vincent Rocour

Le Roi appelle à la réconciliation nationale

Le discours que le Roi Philippe a donné à l'occasion de la fête de Noël se caractérise d'abord par sa brièveté. Le souverain a manifestement voulu éviter de multiplier les allusions et de s'épancher sur tous les faits qui ont marqué l'actualité en 2014. Il avait fait montre d'une grande discrétion durant la formation de l'actuel gouvernement. Il confirme, dans ce discours, le premier qu'il donne depuis l'installation de la majorité MR/N-VA, qu'il interviendra le moins possible dans la conduite des affaires de l'Etat, qu'il s'abstiendra en tout cas au maximum de la commenter. De quoi rassurer sans doute certains en Flandre, surtout dans sa frange nationaliste, qui avaient peu apprécié l'une ou l'autre de ces interventions dans le débat public lorsqu'il était encore prince héritier.

De l'actualité récente, le Roi Philippe retient essentiellement deux faits. Le premier a affecté directement la famille royale. C'est bien sûr le décès de la Reine Fabiola à laquelle il rend un dernier vibrant hommage. Le deuxième fait marquant de l'actualité, c'est la grogne sociale soulevée par le programme du nouveau gouvernement fédéral. Le souverain en parle abondamment. Mais sans véritablement la nommer. Comme s'il craignait d'agrandir la fracture alors que son souhait semble précisément de la réduire. Le Roi - dont les propos ont forcement été relu par le Premier ministre - ne condamne ni l'opposition ni les syndicats. Il dit même "comprendre votre inquiétude et le sentiment de découragement devant l'immensité des défis de notre génération, la faible croissance économique de notre économie, l'augmentation de la précarité". Il leur demande cependant de porter "un regard positif sur le monde" et de refuser de se laisser envahir par la peur, "la peur du lendemain, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de l'autre".

Face à la crise

Une phrase du discours royal retiendra particulièrement l'attention. Invitant à refuser de se laisser "gagner par la résignation, Philippe estime que "tous ensemble, en partageant les efforts, nous pouvons surmonter la crise". Chaque mot de cette phrase a un sens bien particulier. Le Roi Philippe reconnaît d'abord que le pays est confronté à "la crise", que des "efforts" doivent donc être faits. Une façon de dire que les grèves et les manifestations ne changeront rien à la nécessité de réduire le déficit public et à l'obligation de faire face au coût du vieillissement. Ces efforts indispensables doivent être faits "tous ensemble", précise encore le Roi. On y verra un appel aux syndicats à déposer les armes et à entrer dans la logique de la concertation sociale malgré leur méfiance.

Mais les syndicats ne sont pas seuls concernés dans l'appel royal. Philippe estime également que les efforts doivent être "partagés". On sait que, pour l'opposition, les mesures gouvernementales sont déséquilibrées parce qu'elles toucheraient proportionnellement moins les plus fortunés que les autres citoyens. En appelant à des efforts partagés, le Roi lance sans doute le débat sur la "tax shift" et la taxation des plus values défendue au sein du gouvernement par le CD&V et qui pourrait apaiser la grogne syndicale. Bref, le Roi Philippe a tenu là un discours prudent. Mais rassembleur, veillant soigneusement à transcender les clivages politiques.