"J'aime la Belgique mais je ne peux plus y vivre": le témoignage bouleversant d'un juif souhaitant partir

Inquiets depuis les événements de ces dix derniers jours, de nombreux juifs décident de quitter la Belgique. C'est le cas d'Olivier (prénom d'emprunt), jeune père de famille. Il a peur, peur pour ses enfants. Rencontre et témoignage.

- 4 doden bij schietpartij in Joods Museum Brussel: hulde aan de slachtoffers - Attentat au Musée Juif de Bruxelles: 4 morts / hommage aux victimes 25/5/2014 pict. by Maxime Devaux © Photo News picture not included in some contracts
- 4 doden bij schietpartij in Joods Museum Brussel: hulde aan de slachtoffers - Attentat au Musée Juif de Bruxelles: 4 morts / hommage aux victimes 25/5/2014 pict. by Maxime Devaux © Photo News picture not included in some contracts ©Photo News
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"De qui parle-t-on ? De quoi parle-t-on ? De personnes qui souhaitent rester en Belgique, mais qui vont la quitter parce qu’ils n’ont pas envie de s’y faire descendre."

Pour pouvoir "parler franchement", pour "ne pas exposer [leurs] enfants", pour "des raisons de sécurité", les juifs que nous contactons ne diront pas leur nom. Tous cependant parlent de la même chose : de "l’antisémitisme ordinaire", "quotidien", "avéré", du souhait d’un grand nombre de partir se réfugier en Israël, au Canada ou aux USA pour quitter cette Europe "où il est devenu impossible de vivre normalement".

Le phénomène n’est pas nouveau. S’il agite les médias depuis plusieurs mois, il a pris une importance majeure aujourd’hui : de nombreux juifs belges ou vivant en Belgique souhaitent quitter le pays.

Pour protéger les enfants

Les chiffres de 2014 annonçaient un départ de 240 personnes. S’ils étaient en légère baisse par rapport à 2013, ils devraient repartir à la hausse en 2015, et particulièrement avant la rentrée scolaire de septembre, jugent les observateurs.

"Je ne suis pas religieux, explique Olivier, un jeune père de famille (prénom d’emprunt). Je ne fais pas mes valises pour aller gagner plus d’argent ailleurs, ma situation en Israël sera moins bonne. Si je pars c’est pour protéger mes enfants. Cela fait plusieurs mois que nous nous posions la question, mais les événements de la dernière quinzaine m’ont convaincu : quand vendredi dernier devant l’école de ma fille il y avait des militaires et qu’elle m’a demandé qui voulait la tuer, j’ai su que nous devions nous en aller."

"Une très grande majorité des personnes qui partent sont des familles avec des jeunes enfants. C’est pour eux que de nombreux juifs migrent, nous explique une mère de famille très impliquée dans sa communauté. Après l’affaire Merah en France, après la prise d’otage à l’Hyper Cacher porte de Vincennes, après le meurtre au Musée juif de Bruxelles, il est devenu difficile de ne pas être parano. Sans oublier que derrière ces cas médiatisés il y a les injures et l’antisémitisme ordinaire qui pèsent sur nous."

Cette semaine, rappelait d’ailleurs Le Vif/L’Express, l’Athénée Emile Bockstael à Laeken avait été rebaptisée "Judenfrei", à la suite du départ de sa dernière élève juive victime de harcèlement.

"Dans l’école de ma fille, plusieurs familles se posent désormais la question. Ce phénomène de migration ne fait que commencer" avertit Olivier.

Le rêve de l’Alyah

Si beaucoup partent vers le Canada, les USA ou diverses destinations en Asie ou en Amérique du Sud, d’autres souhaitent rejoindre Israël. "Nous sommes conscients que la situation n’y est pas plus sûre, mais là nous ne sommes plus une cible facile à trouver comme nous le sommes en Belgique" précisent ceux qui ont décidé de partir.

Israël en est d’ailleurs conscient et compte ne pas décourager les juifs à rejoindre le pays. L’Agence juive pour Israël qui a pour ambition de relier les "Juifs à Israël, les Juifs entre eux, à leur héritage et à [leur] avenir commun" a d’ailleurs produit un site très performant qui donne toutes les précisions pour réussir son Alyah, c’est-à-dire son installation en Israël.

A la question de savoir pourquoi ces départs s’enchaînent, la réponse est unanime : l’antisémitisme est en hausse. "Je suis belge, je me sens belge, mais le manque de formation attise les préjugés. J’aime la Belgique, mais je ne peux plus y vivre, je ne souhaite pas que mes enfants y vivent dans la peur." Olivier est décidé, il partira au plus vite.


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