Laeken: victime d'antisémitisme, une ado quitte l'athénée Emile Bockstael

Les faits remontent à l'année scolaire 2013-2014. Sarah (prénom d'emprunt) est alors en troisième secondaire à l'athénée Emile Bockstael. Victime de harcèlement à caractère antisémite de la part de camarades de classe, elle sera contrainte de changer d'établissement.

Laeken: victime d'antisémitisme, une ado quitte l'athénée Emile Bockstael
©Bernard Demoulin
Rédaction en ligne

Les faits remontent à l'année scolaire 2013-2014. Sarah (prénom d'emprunt) est alors en troisième secondaire à l'athénée Emile Bockstael. Mais rien n'est simple pour cette adolescente présentée par "Le Vif/L'Express" comme "la dernière élève juive" de l'établissement. Dans un article daté du 9 janvier, le magazine rapporte comment Sarah a été victime de harcèlement de la part de camarades de classe aux opinions bien arrêtées, entre lobby juif tout-puissant et interprétation du conflit israélo-palestinien.

Résultat: Sarah s'est sentie bien seule dans son école. "J'aurais voulu que ma fille ait des amis de tout bord", raconte sa mère au "Vif". "Moi-même, j'ai fait mes études à Bockstael. On était davantage de juifs, il n'y avait pas de problème. Aujourd'hui, j'en arrive à me culpabiliser de l'avoir laissée dans cette fosse aux lions."

La fin de l'année sera particulièrement compliquée pour la jeune élève avec une succession d'événements. À commencer par la tuerie au musée juif de Bruxelles en mai. Après une minute de silence observée à l'athénée, un ado écrit sur le mur Facebook de Sarah: "Si j'avais été là, j'en aurais tué plus." Verdict: un renvoi immédiat pour l'auteur de cette phrase.

Pendant la Coupe du monde, Sarah publie sur Facebook une photo où, en plus d'un drapeau belge posé sur ses épaules, elle tient en main un drapeau israélien. En pleine reprise du conflit à Gaza, le cliché attire les commentaires d'insultes, 288 en tout selon "Le Vif". Les parents de la jeunes filles décident alors de l'inscrire dans une autre école l'année suivante.

"L'athénée Emile Bockstael est désormais judenfrei"

Mais le harcèlement continue, notamment avec une photo prise par d'anciens camarades et envoyée sur le téléphone de l'adolescente: l'un d'eux mime un salut nazi. Le tout est accompagné d'un message à caractère obscène. Le père dépose plainte. Les auteurs des faits seront convoqués par la police. Une brève exclusion de l'école et le retrait de quelques points de comportement plus tard, l'affaire en reste là. "Les parents se sont excusés et ils ont eux-mêmes puni leur fils. On a beaucoup discuté. Ils étaient de bonne volonté", précise la mère de Sarah.

Reste un fort sentiment d'injustice. La Ligue belge contre l'antisémitisme (LBCA) est appelée à la rescousse. Celle-ci pointe le manque de diversité dans les écoles bruxelloises. "L'athénée Emile Bockstael est désormais 'judenfrei', il n'y a plus d'élèves juifs. Le brassage d'enfants d'origines différentes dans les écoles de Bruxelles était pourtant une bonne chose. [...] Aujourd'hui, les élèves d'une grande école bruxelloise n'auront plus l'occasion de rencontrer un de leurs camarades juifs. C'est grave. On en payera les conséquences dans quinze ou vingt ans", se désole Joël Rubinfeld, président de la LBCA.

Et ce n'est pas Faouzia Hariche, l'échevine de l'instruction publique à la ville de Bruxelles, qui y changera quelque chose. En tout cas dans un premier temps. Contactée par la LBCA, elle tardera à réagir. Peu avant la rentrée scolaire, elle déclare: "S'il est vrai que les faits reprochés aux camarades de classe étaient avérés, l'enquête a démontré, malheureusement, que Sarah a tenu des propos anti-palestiniens inacceptables." Une affirmation sur laquelle Mme Hariche reviendra, se plaignant d'avoir été "mal informée" et arguant qu'"il ne peut pas y avoir la moindre banalisation de l'antisémitisme."

"Il n'y a plus d'élève juif chez nous"

Contacté par LaLibre.be, Pierre Capers, chef d'établissement à Emile Bockstael, confirme les propos de Joël Rubinfeld cités plus haut: "Je peux malheureusement dire que c'est vrai, il n'y a plus d'élève juif chez nous." Il déplore au passage le titre de l'article du 'Vif' ("L'athénée Emile Bockstael 'Judenfrei'", NDLR), "accrocheur mais calamiteux à six semaines des inscriptions." Et de préciser que "le départ de l'élève en question est dû au choix des parents". 

Enfin, M. Capers ajoute que "le problème est plus large et pas spécifique à [son] établissement". Une réunion est d'ailleurs prévue prochainement avec le cabinet de l'échevine de l'instruction publique pour régler ces épineuses questions.

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