"On nous pousse dans les bras du F-35"

Selon l’opposition, le choix du remplaçant du F-16 serait déjà fait. Le ministre conteste.

"On nous pousse dans les bras du F-35"
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A.C.

Secret de polichinelle que de dire que le F-35 a les faveurs de l’état-major de l’armée pour remplacer les F-16 à partir de 2023. Selon l’opposition fédérale, tout est fait pour que le choix du gouvernement se porte (en 2018) sur l’appareil du fabriquant américain Lockheed Martin, le même qui a conçu le F-16. Le hic, dit la minorité, c’est qu’il s’agit de l’avion le plus cher (entre 4 et 6 milliards d’euros pour une quarantaine de F-35) et dont la fiabilité n’est pas garantie. PS, SP.A, Ecolo et Groen s’opposent à un tel investissement pour des raisons budgétaires donc, mais aussi "éthiques et humanitaires", dixit Wouter De Vriendt (Groen).

Cinq candidats

Un débat sur la question se tenait mercredi en commission de la Défense, à la Chambre. Cinq appareils sont en lice : les F-35 et F18 américains, le Rafale français, le Gripen suédois et le Typhoon du consortium Eurofighter. Au centre des discussions, le questionnaire envoyé par la Défense aux cinq agences étatiques - et donc aux constructeurs - concernées.

Socialistes et écologistes ont pointé les détails permettant, selon eux, de conclure que ce questionnaire (appelé "survey") a été rédigé de telle manière qu’il favorise le F-35. Le spécialiste néerlandais Christ Klep tirait déjà ses conclusions en septembre dernier.

"Dans le questionnaire, la problématique de la charge nucléaire est non tranchée", a ainsi commenté Sébastian Pirlot (PS). Comprenez : les futurs chasseurs seront-ils capables de transporter des bombes nucléaires américaines de type B61, telles que celles qui sont - autre secret de polichinelle - entreposées à la base aérienne de Kleine-Brogel (Limbourg) ? "Or les Américains n’acceptent le transport de charges nucléaires que sur des avions américains…" Si l’appareil doit avoir cette capacité de transport, "ça ne laisse que deux modèles possibles : le F-35 et le F-18".

Transparence sur les coûts

Alors que Dirk Van der Maelen (SP.A) s’est insurgé contre un manque de transparence sur les coûts, M. De Vriendt, lui, a égrené. Quid de la capacité de furtivité à propos de laquelle "le F-35 a de très bonnes performances" ? Quid de l’interopérabilité, le point faible du Rafale ? Quid de ce "nouvel accord de coopération" qui pourrait être signé en mars entre la Belgique et les Pays-Bas pour "la formation" des pilotes de chasse et "la maintenance" des avions - "c’est important car les Pays-Bas ont déjà fait le choix du F-35" ? Benoît Hellings (Ecolo) résume : "On nous pousse dans les bras du F-35 !"

"J’en ai marre des gens qui essayent de faire croire que le choix est déjà fait", s’est agacé le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA). Il a rappelé que la procédure de remplacement n’en est qu’à ses débuts (phase préparatoire - sorte d’"étude de marché"). Et il a promis toute la transparence sur les coûts. Mais "ces chiffres, on ne les a pas encore", a-t-il étonnamment dit, alors que M. Van der Maelen avait justement pointé des questions précises à ce propos dans le "survey"…


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