Survol de Bruxelles: les riverains de l’Est réassignent l’Etat belge

Double action en justice à la fin du mois de février. Un arrêt de 2005 réactivé. Le moratoire attaqué.

Mathieu Colleyn
Survol de Bruxelles: les riverains de l’Est réassignent l’Etat belge
©Jean Luc Flemal

L’année 2015 sera marquée à son tour par le dossier du survol de Bruxelles. Le 2 avril, le moratoire à la phase 6 du plan mis en œuvre par le gouvernement précédent, sous la houlette du secrétaire d’Etat de l’époque, Melchior Wathelet (CDH), sera effectif. Cela signifie la fin du double virage qu’empruntent les avions au départ de la piste 25 R de l’aéroport de Zaventem pour survoler le sud de Bruxelles. Et par conséquent le retour à l’ancien virage passant plus à l’Est. D’un côté, des communes comme Ixelles, Watermael-Boitsfort et Auderghem seront soulagées. De l’autre, Woluwe-Saint-Pierre, Crainhem et Wezembeek-Oppem connaîtront une augmentation du trafic aérien. Et donc des nuisances sonores.

L’association UBCNA qui défend les riverains de cette zone fourbit donc ses armes pour s’opposer à cette mesure portée par la nouvelle ministre en charge du dossier, la libérale Jacqueline Galant. Plus avant, l’association entend réactiver les décisions de justice qui avaient condamné l’Etat belge dans le dossier de l’utilisation de la piste 01 (voire infographie). Faisons le point sur un dossier qui promet de se complexifier encore dans les mois à venir.

1. Le moratoire. Rappel : le 31 juillet dernier, le tribunal de Bruxelles a donné raison à la Région bruxelloise qui avait attaqué le double virage gauche du plan dit "Wathelet" en cessation environnementale. Motif : le passage des avions enfreignait les normes de bruit en vigueur dans la capitale. Ce double virage avait en outre provoqué le soulèvement des habitants de cette partie de Bruxelles. La justice était allée dans le sens bruxellois et avait sommé l’Etat de supprimer ces routes aériennes. C’est sur cette base que la Région réclame des astreintes au gouvernement fédéral et que la ministre Galant met le moratoire en œuvre. Le problème qui se pose à elle, c’est que l’ancien virage réactivé par le moratoire risque de provoquer de nouveaux dépassements des normes de bruit. "Il n’y a donc aucune raison que nous n’allions pas également en recours en cessation environnementale, confie Peggy Cortois, pour l’Union belge contre les nuisances aériennes (UBCNA). Ce que nous ferons évidemment." La porte-parole des habitants de l’Oostrand rappelle que les accords politiques qui avaient soutenu le plan appliqué par Melchior Wathelet avaient pour but de soulager l’est de Bruxelles.

2. La piste 01. Celle-ci coupe transversalement les deux autres pistes de l’aéroport national. Elle sert aux atterrissages dans certaines conditions de vent, ce qui a pour effet d’augmenter le survol de l’est de Bruxelles. Le gouvernement Di Rupo avait décidé de soulager cette piste. Jacqueline Galant également. "Nous avons rencontré le cabinet Galant à plusieurs reprises, raconte Peggy Courtois. Belgocontrol nous a fait une belle présentation qui ne sert à rien mais au final la ministre n’avance pas. On ne parle plus des normes de vent, de l’anticipation des vents ou du système de sécurité qui permettrait de limiter l’usage de la 01. Par ailleurs, les travaux annoncés à Zaventem vont encore intensifier les nuisances." Or, l’UBCNA avait fait condamner l’Etat belge dans le dossier 01 sans que l’arrêt de la cour d’appel de Bruxelles ne soit jamais appliqué. C’était en 2005. "Nous allons donc réassigner l’Etat sur base de cette décision de justice qui nous est favorable, annonce Peggy Cortois. Si cela ne donne rien, nous irons à nouveau en recours." A la clé, de possibles nouvelles astreintes financières. Si l’UBCNA obtient gain de cause, il s’agira d’une tuile pour Jacqueline Galant qui soutient un moratoire sur lequel le MR s’était engagé avant les élections. Contacté, son cabinet répète qu’il travaille sur ce dossier.

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