Le surprenant destin de la jambe de Lord Uxbridge

Plusieurs officiers supérieurs ont été grièvement blessés à Waterloo. Comme Lord Uxbridge, dont l’amputation de la jambe fait aussi partie de la légende waterlootoise.

Le surprenant destin de la jambe de Lord Uxbridge
Contribution lecteur

Une chronique de Yves Vander Cruysen.

Plusieurs officiers supérieurs ont été grièvement blessés à Waterloo. Comme Lord Uxbridge, dont l’amputation de la jambe fait aussi partie de la légende waterlootoise.

HENRY WILLIAM PAGET, deuxième comte d’Uxbridge, commandait, à Waterloo, la cavalerie britannique. C’était un brillant officier, qui avait fait plusieurs campagnes, dont celle d’Espagne. Il était néanmoins tombé en disgrâce chez Wellington pour avoir enlevé… l’épouse du frère de ce dernier. Et c’est presque contraint et forcé que le Duc avait dû le rappeler pour assurer son commandement. À la fin des combats, alors qu’il chevauchait non loin de la Haie-Sainte, Uxbridge fut touché au genou par une balle de mitrailles. La légende, maintes fois racontée, veut qu’il aurait dit, s’adressant à Wellington : "Par Dieu, Sir, j’ai l’impression que j’ai perdu ma jambe." Et le Duc aurait répliqué, flegmatiquement : "C’est exact, Sir !"

Cette légende peut toutefois être contestée, Wellington n’ayant pas été aux côtés d’Uxbridge au moment de sa blessure, puis de son évacuation vers le QG qu’il occupait au centre de Waterloo. Sa blessure n’est pas belle. Il est donc amputé. À vif, sans anesthésie. Non sans humour, Uxbridge aurait même dit à ses chirurgiens : "J’ai été un beau pendant 47 ans. Cela n’aurait pas été correct que je continuasse à faire la concurrence aux jeunes."

Après avoir remercié ses hôtes, la famille Pâris, et enterré sa jambe dans le jardin entourant la demeure, Uxbridge quitta Waterloo dans la soirée du 19 juin pour rejoindre Bruxelles, puis Londres où il fut reçu en héros et où il eut tout le loisir d’évoquer, avec les médias du moment, la perte de sa jambe. Tant et si bien que, dès juillet 1815, la maison Pâris devint une escale incontournable dans le circuit touristique waterlootois. Tous les "pèlerins" voulaient voir la table où Lord Uxbrige perdit sa jambe et l’arbre au pied duquel celle-ci fut enterrée. Ne perdant pas le nord, les Pâris s’empressèrent d’aménager un petit musée et de dresser, dans le jardin, une stèle à la gloire de la jambe héroïque. Pendant un demi-siècle, il va drainer des visiteurs venus du monde entier. Mais, en 1878, un incident va perturber les bonnes relations entre les familles Paget et Pâris qui, jusque-là, entretenaient les meilleurs contacts. Lors d’une visite à Waterloo, l’un des fils d’Uxbridge découvrit, en effet, que les restes de la jambe de son père étaient désormais visibles dans une espèce de châsse où les visiteurs, moyennant paiement, pouvaient contempler quelques os, reliés par une corde fort sale à une botte. Il y avait de quoi être choqué. Paget utilisa tous les moyens pour récupérer les restes de son père. Jusqu’à obtenir du gouvernement britannique de menacer la Belgique d’une rupture des relations diplomatiques si les Paget n’obtenaient pas gain de cause. Mais les Pâris ne voulurent rien entendre. Et ce sont, finalement, les autorités britanniques qui eurent le dernier mot. Se basant sur un règlement prévoyant que les restes humains devaient être placés dans un cimetière, elles obligèrent les propriétaires du petit musée à réenterrer les ossements historiques. Il semblerait toutefois qu’ils ne le firent pas. Car, en 1934, la veuve d’un héritier Pâris trouva dans un tiroir lesdits ossements, soigneusement emballés et étiquetés… qu’elle s’empressa de brûler.

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