Radicalisme: la circulaire Milquet où plane l'ombre de Mahi et Ramadan ne plait pas au MR

La circulaire que la ministre de l'Enseignement Joëlle Milquet a adressée aux écoles en vue de lutter contre le radicalisme invite les acteurs qui le souhaitent à recevoir une introduction à l'islam et à se former à la prévention de la radicalisation religieuse. Joëlle Milquet répond au MR.

Radicalisme: la circulaire Milquet où plane l'ombre de Mahi et Ramadan ne plait pas au MR
©Belga
Rédaction web (avec Belga)

La circulaire que la ministre de l'Enseignement Joëlle Milquet a adressée aux écoles en vue de lutter contre le radicalisme invite les acteurs qui le souhaitent à recevoir une introduction à l'islam et à se former à la prévention de la radicalisation religieuse.

L'inscription se fait auprès d'un réseau musulman de recherche, emridnetwork, dont le fondateur, Farid El Asri fut le soutien de Yacob Mahi lorsque le ministre Pierre Hazette l'empêcha de devenir inspecteur des cours de religion islamique pour des propos répétés contre l'égalité hommes femmes. Dénonçant un discours peu compatible avec la démocratie, Pierre Hazette avait également invoqué à l'époque un rapport des services de la Justice soulignant l'appartenance de M. Mahi aux Frères Musulmans. Controversé pour certaines de ses sorties médiatiques, Yacob Mahi s'est retrouvé récemment au centre d'une polémique à l'athénée royal Leonardo Da Vinci à Anderlecht où il donne cours de religion islamique.

Dans cette école, un enfant a été agressé par des condisciples. Une enquête doit déterminer si ces événements sont en lien avec l'attentat de Charlie Hebdo et les thématiques qui y sont liées, la liberté d'expression et le droit au blasphème. Yacob Mahi s'est vu reprocher d'avoir joué un rôle dans le climat de tension apparu dans l'établissement, ce qu'il nie.

A la suite de ces accusations, il s'est fendu d'une lettre au vitriol aux médias dans laquelle il confirmait, entre autres choses, son attachement à son "maître à penser" feu Roger Garaudy, condamné pour négationnisme.

A la lecture du site oumma.com de la communauté des musulmans francophones, on retrouve un certain nombre d'écrits de Farid El Asri, le fondateur et co-directeur du réseau de recherche emridnetwork.

Professeur à l'UCL, il participe régulièrement à des colloques et à des débats médiatiques. Mais sur oumma.com, on trouve, outre son soutien à Yacob Mahi, un billet de sa main revisitant l'histoire d'Israël, avec citation à l'appui de Roger Garaudy.

Farid El Asri y prend également de façon répétée la défense de l'intellectuel controversé Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans auquel Tariq Ramadan consacra une thèse. Il revient notamment sur l'interdiction faite à M. Ramadan de venir s'exprimer à l'ULB qui vivait alors un climat de haute tension.


"La ministre de l'éducation est complètement irresponsable"

L'opposition MR en Fédération Wallonie-Bruxelles a fustigé mercredi le choix de la ministre de l'Education, Joëlle Milquet, d'encourager les acteurs de l'enseignement qui souhaitent se former à la prévention du radicalisme à s'adresser au réseau musulman de recherche, emridnetwork, proche des Frères musulmans. Pour les réformateurs, par cette décision, la ministre Milquet agit de manière "complètement irresponsable", ce réseau ayant été fondé par Farid El Asri, ancien soutien du professeur de religion islamique controversé Yacob Mahi, à nouveau sous le feu des médias pour une carte blanche publiée à l'occasion de la polémique autour du tabassage d'un élève à l'athénée Leonardo Da Vinci.

"Je suis sidérée!", fulmine mercredi soir la cheffe de groupe MR au Parlement de la Fédération, citée dans un communiqué.

"Alors que la ministre Milquet se réfugiait, hier (mardi) en commission, derrière l'attente de conclusions de l'enquête en cours concernant les faits de violence à Leonardo da Vinci et dans lesquels M. Mahi est incriminé, elle choisit le principal supporter de ce professeur controversé pour former nos enseignants à la prévention de la radicalisation. C'est soit une mauvaise blague, soit un très mauvais signal", ajoute Mme Bertieaux.

Déjà fort critique envers le plan anti-radicalisme adopté par le gouvernement de la Fédération après les attentats de Paris, l'opposition MR exige le retrait "immédiat" de la circulaire incriminée.

"Cela en devient dangereux et relève de l'irresponsabilité de la part de la ministre qui fait preuve ici soit de naïveté, soit d'électoralisme", ponctuent les réformateurs.


Joëlle Milquet répète que Farid El Asri est un islamologue réputé

Emilie Rossion, la porte-parole de Joëlle Milquet, s’étonne de la polémique qui entoure Farid El Asri. "La personne citée est en effet un islamologue réputé, professeur et docteur en anthropologie de l’Université Catholique de Louvain (UCL). Il a été durant ces dernières années le directeur de la formation continuée en sciences religieuses et islamiques à l’UCL. Il est actuellement membre affilié et chercheur au Centre interdisciplinaire d’études de l’Islam dans le monde contemporain de l’UCL, avec la professeure reconnue, Brigitte Maréchal, à l’Université Catholique de Louvain. Il participe à de nombreux colloques académiques nationaux et internationaux et est reconnu pour ses compétences en la matière. Il a été membre du comité d’accompagnement "Islam et musulmans de Belgique" de la Fondation Roi Baudouin (2007-2009) dont on connait l’excellence. Il est à la fois membre du Comité international et professeur du master en sociologie de l’Islam en Europe à l’université de Padoue en Italie. Il est aussi diplômé en Judaïsme de l’ULB."

Madame Rossion ajoute que : "Vu son parcours académique et ses différentes fonctions importantes au sein d’une Université catholique renommée depuis plusieurs années, on ne voit pas en quoi ce choix dans le cadre des formations de l’IFC posait un problème étant donné qu’il donne ces formations dans des lieux académiques spécialisés et réputés depuis toujours".

"Le cabinet de la ministre s'étonne d'autant plus de la réaction du MR que le docteur El Asri, islamologue renommé de l'UCL, était invité pour traiter de ces questions par le vice-Premier ministre Didier Reynders, en décembre 2013, dans un panel de personnalités reconnues à l'institut Egmont. Était-ce aussi une invitation irresponsable ?", interroge encore la porte-parole de Joëlle Milquet.