Croquis de Justice: alerte à la bombe et menu fretin

Rachid était très fatigué. Il a ouvert une voiture et s’y est endormi. Normal.

Croquis de Justice: alerte à la bombe et menu fretin
©AVPRESS
Christophe Blaivie

Un groupe de touristes avec son guide : "C’est là que se dressait l’œuvre d’Arne Quinze qui a dû être démontée mais qui va être reconstruite. De toute façon, on ne peut pas aller plus loin, il y a eu une alerte à la bombe au palais de justice…" Bienvenue à Mons 2015 !

Rétroactes. Deux heures auparavant, le palais de justice a dû être évacué : une alerte à la bombe comme il s’en multiplie un peu partout ces dernières semaines. Pas une once de panique dans les rangs : "C’est un peu tôt pour l’apéro, non ?", lâche un employé de l’institution. "Encore un qui ne voulait pas être jugé aujourd’hui", renchérit un second. Bref, si certains y trouvent leur compte, au final, c’est une matinée perdue. Pour rien, évidemment.

Juste un petit dodo

L’après-midi, tout est rentré dans l’ordre. Rachid (*) est sur le banc de la défense. Que lui reproche-t-on ? Deux tentatives de vol qualifié (des voitures) et un vol qualifié (un appareil photo se trouvant dans une des voitures). Les faits sont graves mais Rachid nie : "Je voulais juste dormir, j’ai trouvé une voiture ouverte et je me suis endormi." Il faut dire que Rachid tenait une solide "biture". Le "hic", si l’on peut dire, c’est que le garçon, qui n’a pas 30 ans, possède déjà un solide pedigree : violences, extorsion, vols qualifiés. En 2013, il a obtenu un sursis probatoire de trois ans pour coups et blessures. Ici, il risque ni plus ni moins que la prison. Le prévenu n’a pas trop d’explications à fournir : "J’avais trop bu et je m’étais disputé avec ma copine." "Les copines sont responsables de tout , intervient la présidente. Vous aviez tellement bu que la seule chose dont vous vous souvenez, c’est quand les policiers vous ont réveillé."

Rachid a l’air mal embarqué mais son conseil vole à sa rescousse. Pour lui : 1° Rachid est victime de son passé; 2° il n’y a aucun élément objectif dans le dossier.

Pour la tentative de vol d’une Citroën Saxo, un témoin a affirmé que le voleur portait un blouson brun. "Mais tout le monde a un blouson brun", remarque l’avocat. En ce qui concerne le second véhicule (celui dans lequel Rachid s’est assoupi, NdlR), c’est simple, il n’y a pas d’effraction et il n’y a donc pas vol dans le sens du code pénal. Et pour le vol de l’appareil photo ? Idem, il se trouvait sur le plancher du véhicule et Rachid, prévenant, l’a posé sur ses genoux afin de ne pas risquer qu’il se détériore. "S’il avait voulu le voler, il l’aurait mis dans son blouson", affirme l’avocat qui demande l’acquittement.

Madame la juge s’attarde sur le passé délictueux de Rachid qui avait notamment été placé en IPPJ. "Oui, quand j’étais jeune", minimise-t-il. "Mais vous n’êtes pas vieux" , précise la présidente. Déjà condamné à des peines de travail, Rachid n’avait visiblement pas le cœur à l’ouvrage : "C’était chez des bouddhistes (sic), c’était dur, je n’ai pas achevé." Jugement, le 12 mars.

Argument canin

Condamné pour coups à l’encontre de sa compagne, outrage à agent et dégradations, Michel (*) avait bénéficié d’un sursis probatoire. Il devait notamment se faire suivre psychologiquement mais force est de constater qu’il ne s’y est pas astreint. Lui aussi risque la prison. A la présidente qui remet au jour les éléments du dossier, Michel ose : "Ne vous inquiétez pas, je m’en souviens." La réponse est cinglante : "Ce n’est pas à moi de m’inquiéter, c’est à vous." Chétif, Michel ne manque pourtant pas d’aplomb pour se trouver des circonstances atténuantes. Des arguments qui partent un peu dans tous les sens, il faut bien l’avouer.

- "Ne me faites pas un roman, cela ne sert à rien", l’interrompt Madame la juge.

- "Vous avez été convoqué le 6 novembre, vous y êtes allé ?"

- "Non, je n’ai pas reçu la convocation."

- "Vous aviez dit que vous indemniseriez la partie civile, l’avez-vous fait ?"

- "Non, parce que…"

- "Et bien voilà !"

Cela sent le roussi pour Michel qui ne veut pas aller en prison : "Je risque de perdre ma chienne qui est âgée de 15 ans, je n’ai plus qu’elle dans la vie." La présidente sera-t-elle sensible à cet argument canin ? Jugement, le 12 mars.

"Je fais du sport"

Jean-Marc (*) n’a pas la boisson joyeuse. En 2012, il titube en rue et se fait interpeller par deux policiers en vélo. Et ça dérape : coups, injures et menaces. "Ce ne sont pas des faits sympathiques à l’encontre d’agents qui font un métier difficile et dangereux" , note le procureur du Roi. Les parties civiles réclament respectivement 500 euros pour préjudice moral et 17 591 euros pour préjudice matériel. En effet, un des deux policiers a cumulé 97 jours d’incapacité de travail. Pour le procureur du Roi, les préventions sont établies tant par les déclarations des inspecteurs que par les certificats médicaux fournis.

- "Monsieur n’a aucun respect pour les forces de police."

- "C’est le moment de vous expliquer" , intervient la présidente.

- "J’avais bu un verre mais je ne titubais pas, j’avais un pied sur le trottoir et l’autre dans l’avaloir. J’ai donné mes papiers au policier en vélo, il était énervé, j’ai lancé mon poing mais je ne l’ai pas touché", explique Jean-Marc.

- "Qu’est-ce que je dois croire, que les policiers racontent des histoires ? Vous avez déjà eu affaire à la police."

- "Il y a pire."

- "En effet. Qu’est-ce que vous proposez pour réparer ?"

- "Je veux bien indemniser les policiers mais je verse déjà beaucoup d’argent en pensions alimentaires."

- "Et oui, c’est toujours de la faute des femmes. Bref, vous demandez quoi ?"

- "Je fais du sport."

- "??? Moi, je ne vous parle pas de sport mais de prison, de peine de travail,… D’une sanction par rapport à un comportement inadmissible."

- "Je veux bien faire des heures…"

Jugement, le 12 mars.

(*) Prénom d’emprunt.

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