Waterloo, sonnée, est sans son patron

Les habitants de la cité du Lion sont abasourdis par l’arrestation de leur maïeur. Reportage.

Waterloo, sonnée, est sans son patron
©Bortels
Sophie Devillers

Dans le centre de Waterloo, cela a l’air d’être un soir de semaine comme tous les autres. Les voitures quittent, pare-chocs contre pare-chocs, les centres d’affaires bondés, les fashionistas terminent leur heure de shopping post-bureau, sac griffé à la main, alors que les élégantes boutiques sont en train de fermer. Mais devant les "bars à vin", dans ce groupe d’amis en doudounes de ski, perchés sur de hauts tabourets autour d’une bière, on ne parle que de ça : le bourgmestre, Serge Kubla, passera la nuit en prison pour corruption.

"Oui, j’ai vu ça sur Facebook. Qu’est-ce qu’il a fait comme c… ? interroge une jeune fille, surexcitée. "C’est un choc, c’est clair, enchaîne un Waterlootois plus âgé.Mais si ça me surprend ? Non ! Ici, son surnom c’était Monsieur 10 %, pour ‘je prends 10 % de commission’…" Sa compagne approuve : de toute façon, pas étonnant, les politiques sont tous des magouilleurs… Mais, pas à un paradoxe près, le groupe affirme en chœur : "Ici, tout le monde l’aime bien, Kubla. Il a fait beaucoup pour Waterloo, ça, on ne peut pas lui retirer !" Plus loin dans la rue, ce jeune père - doudoune de ski de rigueur et lunettes siglées - apprend la nouvelle : "Mince alors" ,commente-t-il bouche bée, ses deux fillettes tenues fermement par chaque main. "Lui, c’était le patron, ici, depuis des décennies… Pourtant, il a eu des rivaux, mais il n’a pas cédé… Alors qu’il parte, c’est peut-être pour un bien. Ce n’est pas bien pour l’image de la politique, c’est sûr. Mais ce sera un vent nouveau, ça laisserait la place à d’autres… Comme Mme Reuter…" D’autres habitants ne croient tout simplement pas à l’information. "Non, c’est une blague ! Je n’ai rien lu dans le journal ce matin, assure une vieille dame, qui fait sa petite promenade devant la maison communale, cernée par les cars de régie.

Conseillers déboussolés

C’est là que les conseillers communaux, déboussolés, se sont rassemblés. " On est abasourdis , dit cette conseillère MR. C’est une catastrophe pour Waterloo! On est ici pour soutenir le bourgmestre. C’est un super bourgmestre! Et il faut voir si tout ça est vrai." Le seul conseiller PS, dans l’opposition - le MR occupe 23 des 29 sièges - réclame "un pas de côté" de la part du bourgmestre. Il se dit lui aussi stupéfait et veut rester prudent : "C’est vrai qu’on l’appelait Monsieur 10 %. Mais ce sont des rumeurs, il n’y a jamais eu de preuve. Et ça concernait Waterloo, pas le Congo !" A l’intérieur de la maison communale, les couloirs étincelants sont déserts. Seul reste l’échevin Cédric Tumelaire, dont le téléphone sonne sans arrêt. Il a appris la nouvelle de l’arrestation de son patron… par la presse. "On est tous sous le choc…"Il tente d’afficher un sourire : "Mais la commune tourne. Et ce soir, Serge Kubla est toujours bourgmestre…"

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