"Comment j'ai dû payer un pot-de-vin à la commune de Waterloo"

Désireux de construire un commerce à Waterloo dans les années nonante, un homme d'affaires s'est heurté aux lenteurs d'un dossier qui s'est éternisé. "A la banque, on m’a dit : Oui, à Waterloo, c’est assez spécifique, il y a des dessous de table..." Témoignage.

"Comment j'ai dû payer un pot-de-vin à la commune de Waterloo"
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Témoignage | Sophie Devillers

Même après toutes ces années, ils disent rester encore "en colère ". Ce couple à présent sexagénaire, au début des années 90, veut construire un commerce le long d’un grande artère de Waterloo. L’homme se dirige donc vers un ami architecte basé à Bruxelles. Le premier permis est introduit en 1992. "Après avoir conclu un accord avec les trois propriétaires des terrains, j’ai soumis un permis de bâtir à la commune, en fonction de ses desideratas. Je m’étais au préalable rendu à la commune pour les connaître." Mais près de deux ans plus tard, rien ne s’est concrétisé. "Et ce après plusieurs essais infructueux, en ayant changé des modalités."

Tour de passe-passe

Mais, au fil du temps, l’homme d’affaires fait l’objet de remarques surprenantes, de plusieurs personnes, tout d’abord dans une des banques de Waterloo, qui était au courant des lenteurs du dossier. "A la banque, on m’a dit : Oui, à Waterloo, c’est assez spécifique, il y a des dessous de table..." Il était donc plus ou moins préparé, lorsque l’agent immobilier avec qui il était en contact dans le cadre de la vente des terrains, lui a d’abord glissé : "Vous n’avez pas choisi le bon architecte." Puis plus tard : "On va voir avec M. Kubla si en fonctionnant différemment, il accepte le projet." Le même agent immobilier lui a alors demandé de payer 250 000 francs belges, dans ce but. "Et j’ai décidé d’accepter. Parce que ce commerce, c’était tout mon avenir. Si je ne le construisais pas, je n’avais plus de boulot. J’ai vraiment subi." Il explique avoir payé ces 250 000 francs belges "officiellement". Comment ? Via "un tour de passe-passe". Notre commerçant nous raconte que le même agent immobilier a réalisé une facture de 250 000 francs belges, avec comme objet "frais annexes" pour la vente du terrain, et dont notre témoin a dû s’acquitter. "La facture était donc à payer à cet agent immobilier, mais j’imagine qu’ils ont dû s’arranger après entre eux, avec Serge Kubla."

"Je ne décolérais pas"

Le coût de la construction du bâtiment commercial, lui, est revenu à environ 25 millions de francs belges.

Le couple a finalement obtenu son permis fin 1993, après d’autres mésaventures, avec l’échevin de l’Urbanisme de l’époque, alors fraîchement investi. "Mais j’avoue que je ne décolérais pas, confie l’épouse du promoteur, et j’ai raconté un peu partout que nous avions dû payer ces 250 000 francs belges au bourgmestre. Et un jour, j’ai eu un coup de fil de la secrétaire de Serge Kubla qui demandait à voir mon mari." Son époux s’est rendu au rendez-vous, à l’automne 1994. "Et là, Serge Kubla m’a dit que ma femme avait intérêt à arrêter de raconter cela, car elle pourrait avoir des ennuis..."

Du côté de Serge Kubla, on balaye ces accusations : "C’est une véritable chasse à courre, un déferlement, accuse son conseil Denis Bosquet. On entend toutes sortes d’accusations. Mais j’ai eu mon client, on s’est entendu. Il n’y a pas un dossier ouvert à ce sujet. Et il n’a jamais été entendu. S’il y avait le moindre élément de fondement, la moindre plainte, la Justice s’y intéresserait, on ouvrirait une instruction et on demanderait des explications à mon client... Je rappelle en outre que les fonctionnaires sont obligés de dénoncer ce genre de corruption." Notre témoin, lui, dit qu’il est prêt se confier à un juge. Mais bien qu’il ait accepté de nous donner son identité, il n’a pas voulu voir son nom publié dans la presse : "il a trop peur".

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