Drame du Heysel: les fans de Liverpool n’ont pas oublié les 39 victimes

Pour rappeler le trentième anniversaire du drame, tous les drapeaux installés sur les bâtiments publics de la ville seront mis en berne ce vendredi, tandis qu’un service religieux est organisé au sein du club avec de nombreuses personnalités.

Tristan de Bourbon, Correspondant à Londres

Trente-neuf morts et quatre cent cinquante-quatre blessés, quatorze fans condamnés pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort et le club exclu pendant six ans de toutes les compétitions européennes : la finale de la coupe des clubs champions de 1985 au stade du Heysel a marqué et affecté le Liverpool FC. Ce qu’il en reste aujourd’hui ? En apparence pas grand-chose. Une plaque commémorative fut installée il y a seulement cinq ans aux abords du parking d’Anfield, le stade du club avec la mention : "En souvenir des trente-neuf supporters qui ont perdu leur vie au stade du Heysel", sous les écussons des deux clubs et l’inscription en italien : "Souvenir et amitié" .

Cette même année, les cloches de la mairie avaient sonné trente-neuf fois en souvenirs des victimes. "La tragédie a projeté une ombre très sombre sur la ville et sur le football britannique , avait expliqué le conseiller municipal Joe Anderson, entre-temps devenu maire de la ville. Il est plus que normal de se souvenir de ceux qui ont perdu leur vie à ce qui n’était, après tout, qu’un match de football. Nos pensées et nos prières sont avec les familles de ceux qui ont souffert cette nuit et je vous assure que nos amis en Italie et à Turin ne seront jamais oubliés."

Une cérémonie sobre ce vendredi

Pour rappeler le trentième anniversaire du drame, tous les drapeaux installés sur les bâtiments publics de la ville seront mis en berne ce vendredi, tandis qu’un service religieux est organisé au sein du club avec de nombreuses personnalités. L’action est plus mesurée, comme si les années passant, le souvenir s’éteignait.

Pourtant, assure lui aussi Gareth Robert, contributeur au site Internet Anfield Wrap et supporters depuis vingt-cinq ans des Reds : "Si le Heysel est souvent perçu comme une tragédie oubliée, peut-être reflétant là l’histoire des réponses inadéquates et inappropriées des deux clubs de Liverpool et de la Juventus, il n’est pas oublié par le moindre des supporters de Liverpool que je connais. Et il ne doit pas l’être."

Comme le rappelle le supporter des Reds : "Autour des faits, les gens parlent du contexte de ces événements. Ce contexte entraîne des discussions, ici comme ailleurs. Mais ce contexte ne peut en aucun cas être une excuse."

Un défouloir

Avec plusieurs collègues, il a monté un vaste dossier sur le drame, où il fait parler des témoins anglais mais aussi des supporters italiens. "Pour faire mentir le mythe que les supporters de Liverpool ne parlent pas de ce jour ou n’acceptent pas que certains des leurs, vivant parfois dans les mêmes rues, ont été coupables de la mort d’autres supporters de football", explique-t-il.

Ainsi, depuis le 29 mai 1985, tous les fans de Liverpool "sont régulièrement qualifiés de ‘meurtriers’, qu’ils aient ou non participé à la finale de 1985, qu’ils aient ou non fait partie des inculpés", rappelle-t-il avec une réelle honte. Et ce, même si ces supporters étaient peut-être tout simplement des hooligans profitant de l’occasion pour se défouler : sur les vingt-cinq accusés seuls treize vivaient dans les environs de Liverpool, les autres venant de tous les recoins du pays, de Southampton à la frontière avec l’Ecosse.

Une différence de traitement

Ce type de dossier journalistique est pourtant rarissime. Ce qui, pour toute personne vivant au Royaume-Uni est assez marquant tant la différence est forte avec l’autre grand drame du football anglais, qui eut lieu quatre ans plus tard, le 15 avril 1989 à Sheffield, dans le stade d’Hillsborough, détruit depuis lors. Nonante-six personnes ont trouvé la mort et sept cent soixante-six autres ont été blessées lors de la demi-finale entre Liverpool et Nottingham Forest, la plupart ayant été écrasées contre les clôtures. De nombreuses enquêtes ont été menées pour déterminer la cause et les responsabilités du drame, qui a amené il y a quelques mois les principaux dirigeants de la police et de la municipalité à s’expliquer sur leur gestion catastrophique des événements. Les familles des victimes ne se sont jamais tues et l’enquête se poursuit actuellement, des appels à témoins ont même récemment été publiés dans la presse locale. Mais une différence majeure différencie les deux événements : les 96 d’Hillsborough sont tous anglais.

Drame du Heysel: les fans de Liverpool n’ont pas oublié les 39 victimes
©AFP