Joëlle Milquet annonce des mesures pour éviter les fuites à l'avenir

Après le CESS d’histoire, mardi, les épreuves de sciences et de langues modernes du CE1D sont aussi annulées. La ministre de l’Education veut qu’on identifie les responsables des fuites. La procédure de distribution des copies sera revue.

Isabelle Lemaire
20150617 - BRUSSELS, BELGIUM: Federation Wallonia - Brussels Minister of Compulsory Education, School Buildings, Childhood and Culture Joelle Milquet pictured during a press conference of the Wallonia-Brussels Federation about exam questions that were leaked, Wednesday 17 June 2015, in Brussels. BELGA PHOTO JASPER JACOBS
20150617 - BRUSSELS, BELGIUM: Federation Wallonia - Brussels Minister of Compulsory Education, School Buildings, Childhood and Culture Joelle Milquet pictured during a press conference of the Wallonia-Brussels Federation about exam questions that were leaked, Wednesday 17 June 2015, in Brussels. BELGA PHOTO JASPER JACOBS ©BELGA

"Ils avaient tout prévu, absolument tout… sauf ÇA !" Cette phrase, on ne peut plus prémonitoire, est la première ligne du récit de fiction à analyser par les élèves de 2e secondaire dans le cadre de l’épreuve du CE1D de français qui a été organisée mardi. Une des rares épreuves certificatives externes qui n’a pas été l’objet de fuites… Car, après le CESS d’histoire qui a dû être annulé mardi par la ministre de l’Education, parce que les questions d’examen avaient très largement circulé sur Internet, voilà qu’hier, Joëlle Milquet a annoncé que l’épreuve de sciences ainsi que celle écrite de langues modernes du CE1D étaient, elles aussi, annulées. Et pour les mêmes raisons.

Des vendeurs de questionnaires

L’examen de sciences aurait dû se dérouler ce mercredi mais, dès mardi soir, des photos du questionnaire circulaient sur les réseaux sociaux. Mercredi, des fuites liées à l’examen de néerlandais, qui était prévu pour passation jeudi, ont été rapportées. Des élèves ont reçu certaines questions via les réseaux sociaux. Des élèves ont aussi proposé à la vente les questionnaires du CE1D de néerlandais devant les écoles.

De quoi mettre à mal le maintien des épreuves et décider la ministre de l’Education à faire annuler les deux examens. "La ministre déplore fortement une addition de fuites jamais connues auparavant, par rapport à une procédure complètement identique les années précédentes. Cette coïncidence pourrait susciter quelques questionnements", faisait savoir le cabinet de Joëlle Milquet dans un communiqué envoyé mercredi midi.

Comme pour le CESS, la ministre renvoie vers les conseils de classe la responsabilité de certifier ou non les élèves privés d’examens, toujours sur la base du décret de 2006 relatif aux évaluations externes dans le secondaire et au CEB dans le primaire.

Lors d’un point presse organisé en fin de journée, Joëlle Milquet a annoncé plusieurs mesures. "J’ai exigé de l’administration un rapport complet sur les mesures mises en place pour assurer la confidentialité des épreuves, de leur rédaction à leur transmission et à leur distribution aux élèves. On a chargé des avocats d’introduire des procédures judiciaires et disciplinaires afin que les responsables des fuites soient identifiés. Sans délai, un groupe de travail sera mis en place pour préparer une méthodologie radicalement différente pour l’avenir." La ministre évoquait déjà, mardi, la possibilité de ne livrer les copies dans les écoles que le jour de l’épreuve.

Un numéro vert est ouvert

Un numéro vert, le 0800.95.580, est ouvert. Parents, élèves, enseignants et chefs d’établissement pourront y trouver des informations. Une foire aux questions est aussi disponible sur le site www.enseignement.be.

L’opposition MR se dit inquiète de la voie prise par Joëlle Milquet pour garantir la certification des élèves. Elle estime que se baser sur le décret de 2006 comporte un gros risque : celui de recours introduits par les parents d’élèves. Les libéraux ont alors déposé mercredi soir une proposition de décret ajoutant au texte de 2006 l’hypothèse d’un examen annulé. "Il est encore tout à fait possible de voter cette proposition de décret et de l’appliquer avant le 30 juin", indique la députée Françoise Bertieaux.

"On s’attend à un tsunami de recours"

Degré. Une enseignante dans le secondaire, qui préfère taire son identité, s’inquiète de l’annulation des épreuves certificatives du CE1D, laissant au conseil de classe le soin de valider ou non les certifications des élèves. "Je vois deux problèmes se profiler. Le premier est qu’en fin de 2e année, c’est tout le premier degré qui est évalué, c’est-à-dire les première et deuxième années de secondaire. Comment les conseils de classe vont-ils apprécier le cas d’un élève qui n’aurait eu que du rouge dans ses bulletins de 1re année ?"

Formatif. Ce professeur explique ensuite qu’on ne peut baser l’évaluation des élèves que sur ce qui est certifié et pas sur l’aspect formatif des apprentissages."Mais il y a des professeurs qui ne font que du formatif toute l’année. Ils ne certifient qu’à Noël ou en juin. Des élèves le savent. Ils ne fichent rien pendant l’année et espèrent se rattraper aux examens. Puisque les épreuves sont annulées, dans le cas où les élèves n’ont pas été certifiés pendant l’année, il y a un gros problème."

Recours. L’enseignante en est persuadée : la décision d’annuler les épreuves aura d’autres conséquences. "On s’attend à une vague et même à un tsunami de recours contre les avis des conseils de classe dans le cas où l’élève n’obtient pas sa certification. Tous les parents un peu malins vont s’engouffrer dans la faille."