Mort de Frédéric Clément de Cléty, un dandy plaideur (PORTRAIT)

Un look d’acteur, avec ses longs cheveux qu’il ramenait régulièrement, à la Bernard Henry-Levy, derrière ses oreilles, un verbe volontiers lyrique, un sang-froid impressionnant, une faculté de réagir à chaud et en droit à la sortie d’un confrère: l’homme se donnait parfois des airs de dandy désinvolte alors qu’il était surtout un gros bûcheur.

Jean-Claude Matgen
Mort de Frédéric Clément de Cléty, un dandy plaideur (PORTRAIT)
©REPORTERS

Maître Frédéric Clément de Cléty est mort, dans la nuit de lundi à mardi, d’une infection, à l’hôpital Erasme, laissant ses confrères du barreau dans l’affliction. Il n'avait pas 50 ans.

Frédéric Clément de Cléty fut un grand avocat pénaliste et un grand dévoreur de vie. Un look d’acteur, avec ses longs cheveux qu’il ramenait régulièrement, d’un geste large, à la Bernard Henry-Levy, derrière ses oreilles, un verbe volontiers lyrique (il adorait les citations littéraires), un sang-froid impressionnant, une faculté de réagir à chaud et en droit à la sortie d’un confrère: l’homme se donnait parfois des airs de dandy désinvolte alors qu’il était surtout un gros bûcheur.

Un jouisseur

Mais c’était aussi, en dehors des palais de justice, un bon vivant qui a, dit-on, quelque peu abusé de la bonne chère, des sorties nocturnes, des virées en voiture de sport vers des paradis quelque peu artificiels.

On se souviendra surtout du plaideur audacieux et vif. On le vit un jour quitter son banc de la partie civile, pour s’avancer dans le prétoire, ouvrir la vitrine des pièces à conviction, se saisir de l’arme du crime, une hache, et la déposer sur le pupitre du chef du jury. Cela fit grosse impression.

Nihoul et Adam G.

On le vit une autre fois arriver très en retard à l’audience du tribunal de la jeunesse qui devait trancher le sort d’Adam G., le jeune Polonais qui porta des coups de couteau mortels à la Joe Van Holsbeeck, à la gare Centrale, en avril 2006 et dont Me Clément de Cléty était le conseil.

Il s’attira les foudres du juge mais aussi de son adversaire, Me Marc Preumont, et fut secoué par la meute de journalistes, qui ne comprenaient pas cette désinvolture.

En vérité, il avait plaidé la veille en Afrique et son avion avait atterri à Bruxelles avec des heures de retard sur l’horaire prévu. Clément de Cléty avait passé une nuit blanche et une fois Bruxelles ralliée foncé au tribunal. Sans prendre le temps de se changer ou de se nourrir et après avoir entendu les reproches s’abattre sur lui sans ciller, il avait, sans notes, mené une plaidoirie brillante d’une demi-heure, comme si de rien n’était. Il fallait une solide dose de sérénité pour agir de la sorte.

Du sang-froid, il sut en afficher dans la défense de Michel Nihoul, lors du procès Dutroux. L’avocat bruxellois avait été consulté par Nihoul dès 1996. Il avait alors 28 ans. Cela lui permit de faire valoir, lors du procès d’Arlon, en 2004, qu’il était le seul avocat à “avoir été là depuis le début”.

Il lui avait fallu résister à des tonnes de ragots, oublier que les pneus de sa voiture avaient été crevés plusieurs fois, faire semblant que les enquêteurs ne s’étaient pas intéressés de très près à sa petite personne, dans une tentative de déstabilisation qui ne fonctionna pas.

La presse s’en mêla aussi; un célèbre magazine français se demanda si Me Clément de Cléty ne fréquentait pas, lors de ses nombreux voyages en Thaïlande, certaines fréquentations sexuelles de Nihoul. Tout cela laissait l’avocat de marbre.

Emotion au procès Rwanda

A l’occasion de l’un des procès dits du Rwanda, on le vit toutefois, à plusieurs reprises, ému, ébranlé, atteint par l’ampleur du drame vécu par ses clientes, les veuves du Rwanda, C’est lors de ce procès qu’il révéla sa part d’humanité qui, derrière le vernis de l’aristocrate revenu de tout et un brin arrogant, vibrait sincèrement.

Me Frédéric Clément de Cléty assumait sa vie disons chahutée. Elle lui aura, hélas, coûté très cher. Ce grand anxieux, qui vouait une passion aux stratèges de la Seconde Guerre mondiale, était né en 1966, à Bruxelles. Diplômé en droit en 1993, il effectua son stage chez Me Jaspar. En1996, éclatait l’affaire Dutroux. Un certain Michel Nihoul le consulta. On connaît la suite.