Manifestation à Bruxelles : heurts à Schuman, trois policiers blessés

Ces producteurs européens de lait, de viandes porcine et bovine et de fruits et légumes, venus essentiellement de Belgique, de France et d'Allemagne, ont défilé à pied dans les rues de Bruxelles à l'appel du Copa-Cogeca, afin de réclamer des prix rémunérateurs. Des heurts ont éclaté au rond-point Schuman.

rédaction en ligne avec agences

Jets de projectiles, autopompe, les choses s'emballent au rond-point Schuman.

La police a régulièrement fait usage d'autopompes pour disperser les agriculteurs rassemblés au rond-point Schuman et éteindre les feux allumés à divers endroits par les manifestants, a constaté lundi après-midi l'agence Belga. Des réverbères, pavés, arbres et poteaux de signalisation ont été arrachés par les manifestants sur le rond-point. Ceux-ci ont aussi bouté le feu à des haies et à des ballots de paille.

Outre des tracteurs, les agriculteurs étaient présents avec deux bulldozers, auxquels sont symboliquement pendues des statues de vache. Les manifestants ont réussi à percer un barrage de police pour faire entrer sur la place une caravane, qu'ils ont incendiée.

La police a régulièrement répondu aux jets de projectiles des agriculteurs en faisant usage d'autopompes et de gaz lacrymogènes. Trois agents ont été blessés dans les heurts, dont un a dû être emmené à l'hôpital. Aucune arrestation n'a été rapportée pour l'instant.

Confrontations entre manifestants et forces de l'ordre


7.000 personnes présentes

Le cortège parti de la gare du nord lundi vers 11h15 pour rejoindre les agriculteurs stationnés au rond-point Schuman, devant les institutions européennes à Bruxelles, était composé de 4.800 personnes à pied et de 385 tracteurs, a indiqué la porte-parole de la police de Bruxelles Ilse Van de Keere. Les précédentes estimations étaient comprises entre 2.000 et 3.000 participants.

"Nous sommes dans une situation difficile"

"C'est la première fois que je me rends à Bruxelles et même en Belgique. J'ai deux associés qui m'ont permis de laisser notre exploitation le temps de la manifestation. J'ai déjà manifesté jeudi à Paris", a indiqué Pascal Fauchon, un agriculteur français venu de Normandie, près du Mont-Saint-Michel. "Nous avons nos problèmes franco-français, mais les agriculteurs belges, français et allemands connaissent aussi des problèmes à régler au niveau européen. Nous sommes tous dans une situation difficile, même les grosses exploitations. Le prix du lait se vend chez nous à 30 cents le litre alors que le coût de production dépasse les 35 cents. Nous voulons une réponse concrète de la Commission eurpopéenne, même si l'on sait qu'on ne reviendra pas en arrière en matière de quotas laitiers. Il faut relever le taux d'intervention au niveau européen quand les prix sont trop bas", ajoute ce producteur laitier, qui détient avec ses associés 140 vaches.

Si l'ensemble de ces manifestants dénoncent une chute de leurs revenus, l'EMB, qui représente 100.000 producteurs laitiers européens, et le Copa, principal syndicat agricole européen non sectoriel, ne partagent pas la même analyse de la situation. L'EMB demande aux autorités européennes de mettre sur pied un mécanisme de réduction des volumes produits alors que la demande est en recul en particulier dans l'UE, et ce afin de permettre aux producteurs laitiers d'obtenir un prix équitable. Il reproche au Copa-Cogeca d'avoir soutenu la dérégulation des marchés qui est selon lui à l'origine de la situation actuelle. Pour le Copa-Cogeca, les producteurs sont victimes de la politique internationale, principalement des restrictions sur les exportations imposées par la Russie

Borsus, Collin et Schauvliege prennent la parole

Peu avant le départ du cortège des manifestants, les ministres belges de l'Agriculture, Willy Borsus au niveau fédéral, René Collin pour la Région wallonne et Joke Schauvliege pour la Flandre, avaient pris la parole. "L'Europe n'a pas pris la mesure de ce qui venait, avec l'embargo russe et la disparition des quotas. Il faut une régulation et des solutions à court terme", avait indiqué le ministre wallon de l'Agriculture.

"Les négociations au niveau européen s'annoncent difficiles. L'agriculture européenne est contestée dans sa réalité. Si certains pays comme la Belgique, la France et d'autres souhaitent une réforme des balises, d'autres pays sont moins favroables. Il faut réfléchir à une solution et à un encadrement du marché. Il faut répondre immédiatement aux problèmes de trésorerie", avait déclaré pour sa part le ministre libéral Willy Borsus à l'agence Belga. M. Borsus disait partager la plupart des avis du monde agricole européen, notamment lorsqu'il dénonce la volatilité des prix "plus fréquente et plus profonde". "Il faut revoir notre modèle européen pour que les prix soient rémunérateurs", avait-il conclu.

La Fédération wallonne des agriculteurs (FWA), membre de la Copa, a souligné que pour la première fois les organisations syndicales belges soutenaient, d'une seule voix, leurs ministres dans leur démarche.