Inquiets, les psychothérapeutes se mobilisent

Ils craignent que la ministre De Block remette la loi de 2014 fondamentalement en cause.

An.H.
Inquiets, les psychothérapeutes se mobilisent
©Belga

Sur papier, les psychothérapeutes avaient des raisons d’être satisfaits. La loi Muylle et consorts, votée le 4 avril 2014, donne un cadre légal à la profession de psychothérapeute qui protège à la fois le public et les professionnels. Les exigences de formation qui ont été mises en place sont solides : minimum Bac + 3 dans le domaine médico-psycho-social plus une mise à niveau auprès d’une institution universitaire ou d’une haute école aux notions de base de la psychologie, ainsi que quatre ans de formation à la psychothérapie. Soit un minimum de 8 ans de formation.

Mais aujourd’hui, les psychothérapeutes, qui accompagnent les personnes souffrant de problèmes psychologiques, parfois en complément d’autres types d’interventions à visée thérapeutique (médicaments, etc.), sont inquiets. Depuis le vote d’avril 2014, rien n’a bougé, alertent un nombre important d’enseignants universitaires et tout ce qui compte comme associations (psychologues, psychothérapeutes analytiques, centrés sur la personne, familiaux, systémiques… ainsi que la Plate-forme des professions de la santé mentale).

Une approche "très médicalisée"

Ils dénoncent en chœur le manque de transparence du cabinet de la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). D’après leurs contacts avec le SPF Santé, une remise en cause fondamentale des termes de la loi serait en cours. Les psychothérapeutes craignent des changements qui se basent sur une approche "très médicalisée" de la psychothérapie, "ce qui est totalement inadapté à la prise en compte globale de la personne dans toute sa dimension singulière, en particulier au niveau émotionnel".

Concrètement, la ministre De Block envisagerait un passage obligé du patient par un intermédiaire (médecin ou psychologue) pour accéder à une psychothérapie, "ce qui compliquerait la démarche, souvent difficile, du patient", arguent les psychothérapeutes. La ministre semblerait aussi privilégier le savoir (universitaire) par rapport au savoir-faire et au savoir-être (qualités requises pour être psychothérapeute) acquis dans les formations à la psychothérapie qui sont données dans le cadre de post-graduats mais aussi hors universités depuis très longtemps, regrettent les intéressés.

Maggie De Block envisagerait aussi de supprimer le Conseil fédéral de la psychothérapie, dont ils attendaient avec impatience l’installation. La députée Ecolo Muriel Gerkens relaiera les craintes des psychothérapeutes ce mardi en commission de la Chambre. Histoire de lever, ou non, le conditionnel.