A l’école Singelijn, les élèves gèrent eux-mêmes leurs propres conflits

Dans la cour, des élèves se baladent avec un gilet. Ils sont des médiateurs de conflits.

A l’école Singelijn, les élèves gèrent eux-mêmes leurs propres conflits
©Christophe Bortels
Bosco d’Otreppe

Une conférence entend partager les bonnes pratiques pour éviter la violence scolaire.

Comment, dans le cadre scolaire, gérer les conflits de manière constructive et positive ? La question est aussi ancienne que l’école, mais de nombreux établissements rivalisent d’initiatives pour y répondre aujourd’hui. C’est pour les mettre en réseaux que la Fondation Evens organise cette semaine la première conférence européenne "Conflict Matters".

La stratégie française

En Belgique, le thème est d’actualité. Une centaine d’écoles se sont déjà montrées intéressées pour intégrer les mesures proposées dans le cadre du plan de lutte contre le harcèlement scolaire de la ministre de l’Education Joëlle Milquet (CDH).

Plus globalement, les écoles n’ignorent plus le défi et reconnaissent que la dégradation du climat scolaire et le harcèlement - qui touche chez nous un enfant sur trois - ont un impact immédiat sur la réussite des élèves.

"En France, nous avons mis en place une enquête nationale qui nous permet d’objectiver l’ampleur du problème", explique Caroline Veltcheff, membre de la délégation ministérielle chargée de la lutte contre les violences en milieu scolaire.

Pour y faire face, les initiatives mises en place dans l’Hexagone se présentent comme systémiques, et travaillent sur trois facteurs décrits comme essentiels : la cohésion des équipes éducatives, la justice scolaire et la prévention des violences. Pour le premier comme pour le troisième facteur, "tout part de la communication. Si une équipe pédagogique s’entend sur une même vision, et si le travail de prévention et d’observation est partagé par tous, une grande partie du travail sera déjà réalisée", explique Caroline Veltcheff.

Les élèves, acteurs clés

A Bruxelles, l’école fondamentale Singelijn a bien pris en compte cette dimension systémique. Sur les rives de la Woluwe, l’établissement en a même fait sa "culture d’école", explique Dominique Paquot, son directeur. "Notre objectif n’est pas d’éviter les conflits, c’est impossible, mais plutôt de faciliter leur résolution."

Du coup, dès leur plus jeune âge, ce sont les élèves qui sont à la manœuvre. Dans le fond des classes de maternelle une grande oreille, une baguette et une bouche structurent un "coin solution". Quand un enfant a un problème avec un autre, il l’invite dans ce coin pour régler entre eux leur différend. "Un enseignant peut intervenir si la dispute est plus importante, mais 70 % des petits problèmes sont résolus sans l’intervention d’un adulte", se félicite l’équipe éducative.

Dans le primaire, ce sont des conseils de classe qui permettent d’apaiser certains conflits et, dans la cour de récré répartie en différentes zones (calmes, sportives…), des élèves de cinquième se baladent avec des gilets de couleur et se présentent comme des médiateurs aptes à résoudre des petits conflits après avoir reçu une formation étalée sur six mois.

"Les enfants sont à la manœuvre et cela marche, confirme-t-on à Singelijn. Mais ce n’est pas de l’improvisation pour autant. Cela fonctionne car les élèves savent qu’en cas de différends importants, des adultes seront derrière eux pour démêler les nœuds. De telles initiatives ne portent cependant des fruits que si l’enfant, considéré en tant que personne, se sent respecté. Ce respect sera alors de facto réciproque."

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