L'ISLAM en dix mots-clés

C’est le livre sacré qui contient la parole d’Allah. Selon la tradition musulmane, c’est la parole divine, dictée par l’intermédiaire de l’archange Gabriel au prophète Mahomet. Eclairage

L'ISLAM en dix mots-clés
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Bosco d'Otreppe

Découvrez notre éclairage sur l'Islam en quelques mots et concepts. Nous vous invitons également à lire l'entretien que nous avions publié à ce sujet il y a quelques semaines. Rachid Benzine était alors notre Invité du samedi: "Orphelin de son histoire, l'islam contemporain s’ouvre à tous les délires"


Coran

C’est le livre sacré qui contient la parole d’Allah. Selon la tradition musulmane, c’est la parole divine, dictée par l’intermédiaire de l’archange Gabriel au prophète Mahomet. Lui-même, entre les années 610 et 632, l’aurait alors édicté oralement à ses compagnons qui en auraient retranscrit des bribes avant de l’unifier par écrit après sa mort. Plusieurs versions ont cependant circulé à l’époque, alors qu’il existe aujourd’hui de nombreuses et diverses traductions de ce texte et de ses 114 sourates (qui sont autant de chapitres composés de versets).

Quoi qu’il en soit, pour les musulmans, cette révélation qu’est le Coran est la révélation ultime qui succède, confirme et achève la Torah et les Evangiles. De même, avec des lois et des règles édictées, le Coran est avant tout un texte prescriptif qui enseigne la “religion parfaite”, la “voie” de la “soumission” à Dieu qui permet d’atteindre le “juste milieu ». On ne peut cependant évoquer le Coran sans la sunna (la tradition). La sunna regroupe notamment les faits et dits du Prophète. C’est donc sur cette base (le Coran et la sunna) que se construisent la loi et le droit, c’est-à-dire la “voie à suivre”.

Soumission

Comment comprendre ce terme qui est la traduction du mot “islam” ? Il invite avant tout le croyant à une nécessaire humilité et à une indispensable reconnaissance envers le créateur “tout-puissant” à qui il doit tout.

Pour autant, il ne faudrait pas rapprocher la “soumission” d’une certaine “passivité”. La connaissance de “l’unicité de Dieu” et de sa “perfection” est en effet la quête la plus noble pour un musulman. En outre, et même s’il ne se présente pas lui-même aux yeux des croyants, Allah est aussi considéré comme un dieu personnel. “Le croyant a même sa propre responsabilité dans son rapport à Dieu”, répète régulièrement Tareq Oubrou, l’imam de Bordeaux. “Je suis à l’image de ce que fait de moi mon fidèle” explique un hadith. “Au jour du jugement, le croyant aura ainsi le Dieu qu’il mérite : un Dieu bon ou un Dieu vengeur, si tel a été son rapport à Dieu”, précisait Tareq Oubrou au “Monde des religions”.

Femme

“Les musulmans et musulmanes, croyants et croyantes, obéissants et obéissantes […]” (Coran, 33; 35). Dans certains versets du Coran, les femmes sont mises sur le même pied d’égalité que les hommes. Pourtant, le texte sacré nuance cette réalité. L’homme a un devoir, celui de défendre la communauté par les armes et de subvenir aux besoins de sa famille. Un devoir dont les femmes sont exemptées. Vu ce déséquilibre, le Coran accorde un “avantage” à l’homme, plaçant ainsi la femme dans une situation d’infériorité. Le mari se voit, dès lors, permis de “corriger” son épouse, si celle-ci se rebelle contre son devoir conjugal, par exemple.

On ne parle pas de hiérarchie, car la femme est égale à l’homme en droits, en dignité et en religion, même si cette égalité n’est pas toujours respectée. Un témoignage féminin par exemple vaut, sous certaines interprétations, pour la moitié de celui d’un homme. Ou encore, elle n’a droit, toujours selon certaines interprétations, qu’à la moitié de son héritage.

Même si le Coran s’adresse exclusivement aux hommes dans certains versets, il semble que la femme bénéficie d’une certaine préférence aux yeux de Dieu. Elle est, notamment, citée, plusieurs fois, comme modèle de perfection.

Chiisme et sunnisme

Parmi les confessions et sous-branches qui offrent à l’islam une grande diversité, retenons les deux principales que sont le chiisme et le sunnisme, tant leur antagonisme est une clé de compréhension des enjeux géopolitiques actuels. Pour le dire (très) simplement, c’est autour de la succession du prophète en 632 que les sunnites et les chiites se sont séparés. Les premiers ont privilégié un de ses compagnons, les seconds le lien du sang.

Ce qui les divise aujourd’hui est cependant plus profond. Parfois fanatisé par certains, le chiisme est avant tout une tradition spirituelle et ésotérique qui croit que l’inspiration divine peut se poursuivre sur terre par l’intermédiaire de l’imam porteur d’un savoir secret et initiatique. C’est donc autour du rôle de l’imam que se cristallisent beaucoup de tensions, tant il est moindre pour les sunnites. Ces derniers (près de 90 % des musulmans du monde) ont une réputation plus orthodoxe. Pour eux, ce sont avant tout les actes du prophète qui font office de loi. Dans ce cadre, les sunnites salafistes ou wahhabites prônent un retour (violent parfois) à la pratique ancestrale de l’islam, pour le purifier de ce que les générations lui auraient apporté.

Allah et Mahomet

Allah est “l’unique”, sans enfants ni père. Le “créateur”, le “parfait”, “l’Initial et le Final” “aux noms infinis”.

Ce rigoureux monothéisme qu’édicte l’islam est sans doute le dogme essentiel duquel se déduisent tous les autres, considère dans ses écrits le philosophe Roger Arnaldez. Allah, et ce n’est pas anodin, ne se manifeste pas non plus lui-même aux yeux des croyants, mais demeure un Dieu communicant qui dicte sa volonté et émet ses commandements. Et c’est là qu’interviennent les prophètes (les envoyés de Dieu qui révèlent aux hommes la religion), dont le plus grand et l’ultime d’entre eux est Mahomet.

Selon la tradition musulmane, Mahomet serait né vers 570 à La Mecque. C’est vers 610 qu’il se mettra à prêcher un monothéisme strict avant de se faire chasser par les Mecquois, et de rejoindre Médine en 622 où il imposera en tant que chef militaire la première Cité islamique. En 630 il reviendra d’ailleurs conquérir La Mecque.

Ayant reçu le Coran de l’ange Gabriel, il est également considéré par beaucoup de musulmans comme un intercesseur auprès du Dieu “miséricordieux”.

Lectures

Oui il est possible d’interpréter le Coran. Il est tellement possible de le faire que c’est la pluralité des interprétations qui divise l’islam. Notons cependant un conflit fondamental. Contrairement aux évangiles qui sont inspirés, donc réfléchis et composés par des hommes, le Coran a été dicté à Mahomet. Or, là se situe toute la problématique. Si la parole, par essence intemporelle et définitive de Dieu a été dictée à Mohamed, est-il vraiment possible d’y insérer une pensée humaine pour l’interpréter ou la recontextualiser ? En islam, c’est un profond point de divergence. Outre cette question, rappelons que le Coran ne se lit pas comme la Bible ou la Torah. Obscur, ambigu, complexe, contradictoire si on le lit au premier degré, il est parfaitement inutile d’en isoler un verset pour prouver que l’islam prônerait ou non la violence par exemple. En fonction des interprétations, certains versets abrogent d’autres. Le Coran lui-même précise que certaines des révélations qu’il contient sont précises, alors que d’autres sont équivoques ou analogues. En son sein, il induit donc la pluralité des interprétations, alors qu’au regard de l’histoire le ra’y, l’opinion personnelle, fut plus que régulièrement favorisé dans le geste interprétatif.

Charia

La charia n’est autre que la loi islamique, et pourrait se traduire par “la voie à suivre”. Corpus complexe, elle classe les activités humaines en cinq catégories : ce qui est autorisé, ce qui est recommandé, ce qui est obligatoire, ce qui est détestable et ce qui est interdit (le fameux haram). De même, elle distingue les obligations du culte (les cinq piliers), et les obligations concernant les relations en société. Il résulte de ces dernières obligations les prescriptions juridiques de droit privé (on y retrouve les règles qui entourent le mariage par exemple), mais aussi les obligations juridiques résultant des délits et des crimes, ou les interdictions d’ordre alimentaire.

Notons que la charia (ou les charias tant elle est multiple) s’appuie à la fois sur le Coran, la Sunna, les corpus juridiques et ceux de la communauté. Notons enfin que si l’islam ne sépare pas religion et Etat (car la religion englobe tout), cela n’empêche nullement une loi civile parallèle. Dans de nombreux pays musulmans d’ailleurs, la charia concerne désormais les questions familiales et la pratique religieuse.

Piliers

Inscrits dans le Coran, confirmés par la tradition, les cinq piliers de l’islam sont autant de conditions demandées au croyant. Il y a d’abord la récitation de la “chahada”, c’est-à-dire le témoignage de la profession de foi : “Il n’est de dieu que Dieu et Mahomet est son prophète”. Il y a aussi les “salat”, les cinq prières quotidiennes, la “zakat”, l’aumône aux pauvres, le “sawm”, le jeûne du ramadan, et enfin le “hajj”, le pèlerinage à la Mecque que le croyant doit accomplir une fois dans sa vie (à condition d’en avoir les moyens physiques et matériels).

Djihad

Le mot est aussi ambigu que sa traduction limpide. Djihad se traduit par “faire effort”. Si on se penche sur le Coran et sur la tradition on peut comprendre le djihad comme étant l’effort intérieur, le dépassement de soi pour agir avec justesse et pour atteindre le “juste milieu”. C’est le fait de ne pas céder à ses émotions par exemple, ou de ne pas succomber aux excès. C’est une notion assez responsabilisante. Mais il y a aussi la conception du djihad comme étant la guerre sainte, aujourd’hui condamnée par de nombreuses autorités musulmanes.

Violence

C’est sans doute la question par excellence. Le Coran, et donc l’islam, serait-il violent ? Il est indispensable ici de discerner ce qui relève du contexte, d’interprétations divergentes ou de la religion elle-même. Il est certain que le contexte actuel favorise sans doute plus facilement des interprétations moins indulgentes ou plus violentes du Coran. Ces interprétations existent. De nombreux musulmans sont d’ailleurs les premiers à chercher à les battre en brèche à travers une lecture qui fait droit à la société d’aujourd’hui. L’islam manquerait-il alors de clarté ? C’est la crainte de certains, mais ce n’est pas la conviction de nombreux musulmans. Il suffit sans doute de penser à la paix qui émane ne fût-ce que du courant soufi, aux sourates qui appellent à l’équité, mais également à l’histoire qui vit grandir, très majoritairement, un islam pacifié.


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