Le djihadiste belge Abaaoud tué ; il a été impliqué dans 4 attentats déjoués en France

Le cerveau présumé des attentats de Paris été identifié ce jeudi midi parmi les tués du raid de Saint-Denis. "Il s'agit du corps découvert dans l'immeuble, criblé d'impacts", a déclaré le procureur de Paris.

N.B. et AFP

Le djihadiste belge Abaaoud, cerveau présumé des attentats de Paris, est mort dans l'assaut de Saint-Denis mercredi. "Abdelhamid Abaaoud vient d'être formellement identifié (...) Il s'agit du corps découvert dans l'immeuble, criblé d'impacts", a affirmé le procureur de Paris, François Molins, dans un communiqué ce jeudi midi.

Le Premier ministre Manuel Valls a immédiatement salué cette neutralisation. "Abaaoud, le cerveau de ces attentats - l'un des cerveaux car il faut être particulièrement prudent et nous savons les menaces - se trouvait parmi les morts", a déclaré le chef du gouvernement devant les députés.

Petit délinquant bruxellois radicalisé, Abaaoud, 28 ans, était parti combattre en Syrie en 2013, où il est devenu l'un des visages de la propagande francophone du groupe Etat islamique (EI) sous le surnom d'Abou Omar al-Baljiki ("le Belge" en arabe). Il s'était illustré fin 2014 par un aller-retour en Europe à la barbe des services de renseignement, pour y préparer des attentats finalement déjoués.

Mercredi, François Molins l'avait présenté comme "l'instigateur" présumé "de nombreux projets d'attentats en Europe pour le compte de l'organisation terroriste Etat islamique".

Après l'identification de Abaaoud, les enquêteurs s'attachent désormais à identifier les restes d'une deuxième personne morte dans l'appartement de Saint-Denis. Les policiers qui sont intervenus pensent qu'il s'agit d'une femme ayant déclenché son gilet d'explosifs.

Le djihadiste belge Abaaoud tué ; il a été impliqué dans 4 attentats déjoués en France
©Photonews


Abbaoud impliqué dans 4 attentats déjoués

Abdelhamid Abbaoud a été impliqué dans quatre des six attentats déjoués en France depuis le printemps, a annoncé le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Parmi ces attaques déjouées, on dénombre celle de Villejuif et peut-être celle du Thalys. Concernant ce dernier dossier, des investigations sont toujours en cours.

Le ministre a ajouté qu'il a "joué d'évidence un rôle déterminant dans (les) attaques" de Paris. Il a en outre regretté que la France n'ait reçu aucune information d'un pays européen sur la venue en Europe et en France d'Abdelhamid Abaaoud. "Ce n'est que le 16 novembre dernier, postérieurement aux attentats de Paris, qu'un service de renseignement d'un pays hors d'Europe nous a signalé avoir eu connaissance de sa présence en Grèce", a-t-il précisé.

"L'enquête permettra de reconstituer le parcours de ce terroriste qui avait rejoint la Syrie depuis 2014", a dit Bernard Cazeneuve.

Il a jugé urgent que l'Europe se reprenne face au terrorisme. Un conseil des ministres de l'Intérieur et de la Justice de l'UE aura lieu vendredi à Bruxelles.

Sa présence en France révèle des "défaillances majeures" dans Schengen

La présence en France du jihadiste belge révèle des défaillances majeures dans le système de contrôle aux frontières de Schengen, estiment des experts. D'autant que le jeune homme, condamné, recherché, omniprésent dans des vidéos de propagande du groupe État islamique (EI) tournées en Syrie, s'était déjà vanté, dans Dabiq, le magazine en ligne de l'EI, de s'être rendu en Belgique cet hiver pour y monter une opération qui a avorté après un raid de la police belge, puis d'être rentré en Syrie sans être repéré.

"Il faut l'admettre, Schengen est une passoire", assure à l'AFP un ancien haut responsable de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), qui demande à ne pas être identifié. "Ce gars, avec un CV et des antécédents pareils, où qu'il soit entré dans Schengen cela aurait dû provoquer un drapeau rouge. Qu'un client pareil puisse se balader comme ça sans que personne ne s'en aperçoive, ça montre qu'on a un problème, un gros..."

Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar al-Baljiki (le Belge), 28 ans, était un jihadiste endurci, récemment monté dans la hiérarchie de l'EI. Selon la lettre confidentielle Intelligence online, généralement bien informée, il avait été chargé en juin, lors d'une réunion des principaux chefs de l'organisation, de monter des opérations d'envergure dans la zone France/Espagne/Italie.

"Mon nom et ma photo étaient partout à la Une et je suis parvenu à rester chez eux, à planifier des opérations puis à partir sans problème et à rentrer en Syrie quand ça a été nécessaire", a-t-il plastronné dans les colonnes de Dabiq. "Allah avait brouillé leur vision, et j'ai échappé à tous leurs services de renseignements".

"Contrairement à ce qu'on pense, il est très facile d'entrer et de sortir de l'UE sans se faire repérer", assure le criminologue Christophe Naudin, spécialiste de la fraude documentaire. "On peut considérer les contrôles à l'entrée de Schengen comme quasi-inexistants." "Le plus probable, c'est que ces jihadistes ont recours à des substitutions d'identité : c'est la méthode dite du 'look-alike'. Il suffit de substituer au passeport de quelqu'un de recherché celui de quelqu'un qui ne l'est pas et qui lui ressemble. Il va passer les contrôles sans problème", dit-il.

La première chose que les groupes jihadistes font quand ils reçoivent de nouvelles recrues (on estime que près de 30.000 volontaires étrangers ont rejoint leurs rangs) est de confisquer leurs papiers d'identité.

"On ne touche pas à la photo, c'est le nouveau porteur du passeport qui va tout faire pour y ressembler le plus possible", précise Christophe Naudin. "Il va se faire pousser la barbe, la tailler de la même façon. Et, plus de 99 fois sur cent, ça va marcher. C'est imparable, pas besoin de trafiquer le passeport".

L'EI a aussi tout à fait les moyens d'acheter au marché noir des papiers contrefaits de la meilleure qualité qui soit. Plus efficace encore: sa prise de contrôle de provinces entières, en Irak et en Syrie, lui a permis de faire main basse sur des milliers de passeports irakiens et syriens vierges, qu'il suffit de remplir.

"Quand Abaaoud affirme qu'il a fait des allers-retours avec l'Europe, je le crois", conclut Christophe Naudin. "Il n'est pas le seul. La seule solution, c'est l'emploi de la biométrie à l'échelle européenne. Tous les aéroports, toutes les frontières. Mais on en est loin".

Selon Madrid, Abaaoud voulait recruter des femmes espagnoles 

Le ministre espagnol de l'Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, a annoncé que l'organisateur présumé des attentats de Paris avait essayé de recruter, via l'internet, des femmes résidant en Espagne pour qu'elles rejoignent le groupe Etat islamique.

"Cette personne, Abdelhamid Abaaoud, avait essayé de recruter à travers les réseaux des personnes, des Espanols et principalement des femmes, pour qu'ils soient intégrés et se déplacent pour combattre avec Daech en zone de conflit", a dit le ministre. Mais ce n'était "pas pour combattre des attentats en Espagne, de cela, nous n'avons pas connaissance".

"Dernièrement, Daech se spécialise dans le recrutement de femmes. Ils considèrent que les moujahidine doivent avoir des femmes pour repeupler le califat" islamique instauré en 2014 sur les territoires qu'ils contrôlent en Syrie et en Irak, a commenté M. Diaz.

Ces derniers mois, la police espagnole a interpellé plusieurs femmes soupçonnée de recruter des jeunes filles et adolescentes pour le compte de l'EI.

Le 20 octobre, une Espagnole de 22 ans qui s'apprêtait à partir en Turquie avait été arrêtée à l'aéroport de Madrid, en qualité de candidate présumée au jihad en Syrie, selon la Garde civile espagnole.