Bruxelles en pleine crise des tunnels

Le gouvernement bruxellois doit se pencher sur plusieurs options.

Mathieu Colleyn

Climat de crise lundi autour de la problématique des tunnels bruxellois. Si le Léopold II, réouvert hier, devra subir des fermetures nocturnes pour inspection, c’est surtout le tunnel Stéphanie, reliant la place Poelaert et l’avenue Louise, qui suscite le plus d’inquiétude et d’indignation. Sa fermeture pour un an, annoncée vendredi, fait suite à une dégradation avancée du béton de la structure principale de cet ouvrage datant des années 60. Lundi, le ministre-président Rudi Vervoort (PS) et le ministre régional des Travaux publics Pascal Smet (SP.A) faisaient le point de la situation alors qu’une réunion exceptionnelle du gouvernement bruxellois se tiendra mardi matin. On apprend que les problèmes rencontrés dans le tunnel Stéphanie sont liés à un phénomène d’infiltrations vieux de plusieurs années. Un phénomène qui, étonnamment, vient seulement d’être détecté. "Le gouvernement prendra dans les meilleurs délais les décisions qui s’imposent, rassure Rudi Vervoort. Il étudie, entre autres, l’option d’une réouverture grâce à la mise en place d’une solution temporaire." Il serait notamment question d’un caisson permettant aux voitures d’emprunter le tunnel durant les travaux. A confirmer.

Mardi, le gouvernement se penchera sur différentes options et sur l’agenda des travaux. Le ministre Smet indiquant qu’il ferait tout pour réduire au maximum le temps des études préliminaires aux travaux, estimé à six mois. En attendant, un plan de mobilité d’urgence doit être mise en place afin de fluidifier le trafic dans les environs de la place Louise.

Une question de gros sous

Mais comment financer les travaux ? Devançant d’éventuelles demandes bruxelloises, Ben Weyts (N-VA) ministre flamand de la Mobilité a clairement fait comprendre que son exécutif ne débourserait pas un euro pour la rénovation des tunnels, la capitale ayant déjà été refinancée lors de la sixième réforme de l’Etat. Didier Reynders (MR), ministre fédéral en charge de l’accord de coopération Beliris, avait indiqué qu’une réorientation de ses budgets initialement destinés à la prolongation du métro pouvait éventuellement intervenir. A entendre le ministre-président Vervoort, Bruxelles tient cependant à ce que ce budget reste affecté au métro. Par contre, la Région bruxelloise demande un peu de souplesse quant à sa trajectoire budgétaire qui participe aux efforts du pays pour atteindre l’équilibre. Deux jours après l’annonce de retards dans la finalisation du RER, Rudi Vervoort insiste sur l’importance du rail dans le désengorgement de la capitale.

La "hauteur" de Courtois recadrée par le MR

Le Parlement bruxellois devrait prochainement se saisir du dossier afin de déterminer pourquoi des dégradations si criantes n’ont pas été détectées plus tôt. L’opposition MR avait demandé une commission d’enquête parlementaire afin d’auditionner l’administration régionale de la mobilité. La formule sera plutôt celle d’une commission réunie (Infrastructure et Aménagement du territoire), avancée par le PS. Le MR ne décolère pas pour autant. Dans une lettre adressée au président du Parlement bruxellois Charles Picqué, il rappelle que quelque 63 millions d’euros avaient été affectés, il y a quatre ans à la sécurisation des tunnels bruxellois. Alors que les député libéraux Boris Dilliès et Vincent De Wolf avaient évoqué ce week-end la démission du ministre Pascal Smet, le député-échevin de la Ville de Bruxelles Alain Courtois (MR) sortait du bois à son tour. "Faisons preuve d’humilité et reconnaissons que nous avons tous une part de responsabilité dans l’état déplorable des tunnels", lançait-il en demandant à ses collègues de "prendre un peu de hauteur". Une humilité qui provoqua la colère de son propre groupe politique. Sur ordre, le communiqué fut retiré des réseaux sociaux.