Défi remet le péage urbain sur la table

Une "charge" de 3 euros par jour. Le parti amarante avance son plan mobilité.

Défi remet le péage urbain sur la table
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Mathieu Colleyn

La commission spéciale installée au Parlement bruxellois à la suite de la crise des tunnels doit, dès mercredi, se pencher sur ses recommandations au gouvernement bruxellois. Objectif : fixer une feuille de route et résoudre l’épineux problème de l’état - parfois désastreux - des infrastructures routières de la capitale. Ensuite viendra immanquablement la question du financement d’un investissement évalué à 500 millions d’euros. Minimum.

Pour profiter de ce "momentum", Défi (ex-FDF), membre du gouvernement régional, met sur la table un nouveau projet radical visant l’amélioration générale de la mobilité à Bruxelles. "Nous voulons avancer sans tabous", indique le député Marc Loewenstein, le Monsieur Mobilité du parti amarante. "Le moment est venu de prendre des mesures fortes même si celles-ci peuvent paraître impopulaires." Défi livre à "La Libre" la teneur de son projet, qui passera par l’instauration d’une forme de péage urbain. Mais pas seulement.

La SNCB. En parallèle au RER dont la finalisation dépend avant tout du pouvoir fédéral, Défi souhaite, comme d’autres, que le réseau de chemins de fer intra-bruxellois soit mieux exploité. "Si la SNCB ne veut pas s’en charger, il faut étudier l’idée que la Stib ou un opérateur privé roule sur ces lignes et y organise une offre de quatre trains par heure", estime Marc Loewenstein. Le député puise trois exemples sur le fameux réseau S - avec "S" pour suburbain - vanté par la ministre fédérale Jacqueline Galant (MR) : la S1, 12 minutes entre Uccle-Stalle et la gare Centrale ; la S4, 15 minutes entre Berchem-Sainte-Agathe et Bockstael et la S5, 17 minutes entre Meiser à Schaerbeek et Saint-Job à Uccle. Aujourd’hui, n’y circule qu’un train par heure, ce qui constitue une aberration, selon un avis très généralement épousé.

La Stib. Pour Défi, il faut en finir avec un réseau Stib confiné par les frontières régionales. L’opérateur bruxellois doit sortir de Bruxelles, grâce à de nouvelles lignes de bus à "haut niveau de service" (soit de haute capacité en site propre) en attendant une éventuelle prolongation du métro. Deux objectifs à court terme sont avancés par les amarantes : la prolongation de la ligne 5 du métro en direction de Jezus-Eik et celle des lignes 2 ou 6 vers Grand-Bigard. Les trams 4, 62 et 94 doivent par ailleurs pouvoir rouler respectivement vers Ruisbroek, l’aéroport national et Vilvorde.

Une fiscalité repensée. Une "charge de congestion". C’est le terme choisi ici pour désigner un prélèvement de trois euros par jour de semaine (via un système de caméras de détection des plaques) pour tout véhicule circulant à l’intérieur de la région bruxelloise entre 6 et 10 heures du matin. Il n’est pas question de taxer en fin de journée afin d’épargner les activités commerciales et culturelles. Cette taxe afficherait un rendement net de 458 millions d’euros par an, chiffre Défi sur la base d’une étude signée par le bureau Stratec en 2013. Effet estimé : une baisse de 11 % du trafic automobile. Cependant, le plan de Défi permettrait à la Région de neutraliser au moins partiellement cette taxe pour les automobilistes bruxellois via une réduction forfaitaire de 200 euros de la taxe de circulation. Ensuite, il est proposé de supprimer la taxe de circulation pour les deux-roues motorisés dont la cylindrée n’excède pas 500 cm3. Une prime régionale (20 %) à l’achat d’un vélo électrique clôture ce volet du plan. Au final, il resterait une recette nette de 300 millions d’euros annuels, "soit une augmentation de 35 % du budget de Bruxelles Mobilité", calcule Marc Loewenstein. Deux tiers de cette manne seraient consacrés au financement des transports publics et le tiers restant aux travaux de voiries (et pourquoi pas à la réfection des tunnels ?). "Si l’usager paie, il doit être conscient et assuré de contribuer à l’amélioration de la mobilité", martèle le député. Ce dernier précise bien sûr que pareille ambition ne sera rencontrée que dans le cadre d’une bonne collaboration entre niveaux de pouvoir. Il est notamment demandé à la Flandre de prévoir plusieurs parkings de dissuasion aux frontières bruxelloises.

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La congestion en chiffres

227 000 voitures entrent chaque jour de la semaine dans la capitale. 394 000 navetteurs entrent et sortent d’une façon ou d’une autre de Bruxelles chaque jour.

625 000 véhicules , voitures, motos, bus, utilitaires sont immatriculés à Bruxelles.

55 % des trajets effectués à Bruxelles font moins de 5 km.

8 milliards par an. Soit 22 millions d’euros par jour. C’est le coût des embouteillages pour la Belgique, selon des estimations de l’OCDE et du Conseil européen relayées par la FEB et l’UCM. Pour les entreprises bruxelloises, la facture s’élève à 511 millions d’euros par an.