Attentats de Bruxelles : Le monde pleure avec la Belgique, et la sermonne

"Bruxelles, capitale de l’Europe, est aussi la capitale djihadiste de l’Europe" : la formule du " Telegraph" rencontre un succès prodigieux sur les réseaux sociaux. "El Mundo" met en cause la "passivité historique" des responsables politiques.

François Brabant
Attentats de Bruxelles : Le monde pleure avec la Belgique, et la sermonne
©Photo News

Pour les analystes étrangers, Bruxelles est le principal foyer du djihadisme en Europe.

Le mardi 22 mars, Bruxelles a-t-elle servi de décor à une énième version de l’arroseur arrosé, sur un registre infiniment tragique et douloureux ? Le lecteur en viendrait à se poser la question après avoir parcouru la presse internationale et écouté les grands de ce monde. D’Ankara à Paris, de Londres à Dallas, de Genève à Moscou, éditorialistes, chroniqueurs et leaders politiques rivalisent certes de compassion à l’égard de la Belgique endeuillée. Mais leur sollicitude, parfois, prend un curieux ton de remontrance. Sur l’air "on vous l’avait bien dit".

La plupart des observateurs étrangers soulignent que la Belgique est, depuis la fin des années 1990 au moins, l’une des places fortes de l’islam radical sur le continent européen. Beaucoup épinglent la faiblesse du gouvernement, les carences de la police, l’inconsistance des services secrets, qu’il s’agisse de démanteler les réseaux terroristes, de faire refluer les discours de haine ou de sécuriser les lieux publics.

"Bruxelles, capitale de l’Europe, est aussi la capitale djihadiste de l’Europe." La formule d’Allison Pearson, correspondante du quotidien anglais "The Telegraph", rencontre un succès prodigieux sur les réseaux sociaux depuis deux jours. Dans un court billet au vitriol, la journaliste raille les services de sécurité belges, jugés "calamiteux".

Une passivité historique

Le journal espagnol "El Mundo" met en cause la "passivité historique" des responsables politiques et policiers belges face au terrorisme, qui affectait jusqu’ici d’autres pays d’Europe. "La législation belge sur les armes est une des plus laxistes d’Europe, le contrôle des cartes de téléphone prépayées est inexistant", peut-on lire.

"La Belgique compte un réseau ancien et bien organisé de recruteurs islamistes radicaux, ce qui permet aux activistes d’entrer en contact les uns avec les autres plus facilement que dans n’importe quel autre pays européen", estime Peter Neumann, spécialiste du terrorisme au King’s College de Londres, dans une interview au site "Vox". La police et les renseignements belges sont selon lui "proverbialement en sous-effectif", ce qui les a rendus "incapables de faire face à l’explosion du phénomène djihadiste depuis cinq ans". Le chercheur identifie aussi "un décalage immense entre l’ampleur de la menace dans ce très petit pays et la taille de ses institutions".

Commentaires acides

L’arrestation du terroriste présumé Salah Abdeslam, le 18 mars, avait déjà suscité une salve de commentaires acides. "Un succès ne résout pas les failles belges", avait titré l’édition bruxelloise du site d’information américain "Politico", très lue dans les milieux eurocrates. Un extrait : "Il faudra beaucoup plus que quelques arrestations pour résoudre, pêle-mêle, l’échec à encadrer les mosquées radicales, la libre circulation des armes et des faux documents, le manque de coordination entre les différentes juridictions, la faible pénétration de la police dans les communautés immigrées."

Pour l’historien Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb, la Belgique est devenue "une sorte de trou noir sécuritaire, tant au plan du trafic de drogue que de la radicalisation religieuse". Dans "Le Monde", ce professeur à l’université Paris-I pointe les particularismes de la société rifaine (nord du Maroc), d’où sont originaires la majorité des musulmans belges. De là découlerait l’incapacité des services de sécurité à infiltrer "des communautés cimentées par l’omertà et par une méfiance viscérale envers l’extérieur".

Massoud assassiné

Ces analyses s’appuient toutes sur les nombreuses connexions constatées depuis quinze ans entre la Belgique et la mouvance terroriste islamiste.

Avec le recul, le 9 septembre 2001 apparaît comme une date charnière. Ce jour-là, deux résidents belges d’origine tunisienne, Dahmane Abd-El Sattar et Bouraoui El-Ouaer, assassinent le commandant Massoud, principal opposant au régime des talibans, alliés d’Al Qaïda en Afghanistan. Le 13 septembre de la même année, un ancien footballeur professionnel, Nizar Trabelsi, est arrêté à Uccle. On le suspecte de préparer un attentat de grande ampleur.

Tout au long des années 2000, le Centre islamique belge, situé rue de Manchester, à proximité de la gare de Bruxelles-Midi, servira de pépinière pour de nombreux apprentis djihadistes. L’endroit est dirigé par l’emblématique cheikh Bassam Ayachi, un Franco-Syrien à la longue barbe blanche, toujours coiffé d’un turban.

En 2005, Muriel Degauque, une boulangère de Charleroi, devient la première femme européenne à commettre un attentat-suicide au nom de l’islam, à Bakouba, en Irak.

La litanie est encore longue, des points de contact entre le territoire belge et la mouvance djihadiste internationale. De Mohamed Merah, auteur des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, à Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats de Paris en novembre 2015, en passant par Mehdi Nemmouche, principal suspect de l’attaque contre le musée juif de Bruxelles en 2014, ou Amedy Coulibaly, preneur d’otages dans une supérette casher parisienne en janvier 2015, tous ont séjourné en Belgique. Le pays a été pour les uns un foyer de radicalisation, pour les autres un marché où acheter des armes ou un lieu de transit.