"Je suis venu de Molenbeek à vélo, j’en avais assez de regarder la télé"

Sur le piétonnier de la place de la Bourse, les Bruxellois ont rendu hommage aux victimes.

"Je suis venu de Molenbeek à vélo, j’en avais assez de regarder la télé"
©REPORTERS
Reportage Constance Léon (st.)

Charlotte s’appuie contre la statue du lion du bâtiment de la Bourse. La jeune fille blonde est enveloppée dans un drapeau belge. Elle s’accroche à la vieille pierre pour observer en contrebas les milliers de personnes assemblées sur le piétonnier du boulevard Anspach de Bruxelles, ce mercredi après-midi. Un photographe se faufile vers le perchoir et lui demande de poser au bord du vide, le drapeau déployé. L’étudiante de l’Institut des hautes études de communications sociales (Ihecs) de Bruxelles, se plie à l’exercice. Un journaliste et un cameraman australiens surgissent pour l’interroger.

"Unis contre la haine"

C’est son copain qui répond. "A midi, c’était impressionnant, presque tout le boulevard était rempli pour la minute de silence", explique Romain Classe, 20 ans, également étudiant à l’Ihecs. Derrière lui, accroché aux grilles du palais, une bannière rouge vif est accrochée, où est inscrit : "Unis contre la haine". Soudain, un sans-abri crie : "Mort au diable". "Il y a eu quelques bastons", tempère Romain Classe.

"Je suis venu de Molenbeek à vélo, j’en avais assez de regarder la télé", raconte Monsieur Abdelkader, 71 ans, le regard embué derrière ses lunettes.

Un peu plus bas sur les vingt marches de la Bourse, Stefana Meimouni, 15 ans, serre sa petite sœur de 9 ans dans ses bras. "On se sent pareille que tout le monde, on a peur. Oui, ça n’arrive pas qu’aux autres", explique l’adolescente. Elle ne sait plus depuis combien de temps elle est arrivée, mais la présence de sa maman, quelque part dans la foule, la rassure. "Je n’ai pas eu peur d’emmener ma sœur, je suis rassurée par les policiers", déclare-t-elle. Mardi, dans son collège, elle a trouvé que tout s’était bien passé, "même si on était enfermés".

Aux pieds des deux sœurs, une jeune fille prie en silence, les mains jointes sur la Bible. Un enfant aux cheveux bouclés blonds gambade avant de se vautrer par terre.

En bas des vingt marches de la Bourse, Eloïse Roulette, 21 ans, dessine à même le sol à la craie blanche. Elle esquisse une licorne qui pleure. Son personnage dit dans une bulle "Don’t give up trust in diversity" ("N’abandonne pas ta confiance en la diversité" - NdlR). "J’étais là aussi mardi soir, je suis rentrée dormir quelques heures et parler avec ma cousine qui était à la station Maelbeek", dit-elle, le regard dans le vide. Des chants s’élèvent. Une fille tient trois roses entre ses doigts. De l’autre, elle inscrit en espagnol "Unidos" à la craie rose, un peu comme l’hymne antifasciste chilien.

Dans la foule qui encercle les bougies, un homme lève la voix : "Madame là-bas, je vous aime." On l’applaudit.

Avis de recherche

Par terre, une petite fille reste assise sur une pancarte, où l’on peut lire : "La Belgique restera debout." A côté d’elle, un vieil homme aux gants de cuir relève son pantalon et s’agenouille pour colorier des pétales de fleurs au sol. Trois jeunes discutent près de la baraque à frites Jef et Fils : "Bon, on va boire une bière ?"

Plusieurs dizaines de médias internationaux ont installé camions, plateau et caméras pour présenter en direct ce qu’ils appellent "le chagrin des Belges".

"Avez-vous vu My Atlegrim ?" est imprimé sur une feuille scotchée à un poteau électrique. Trois photographies d’une jeune fille à lunettes, née en 1985, semblent observer cette foule de Bruxellois solidaires. Le chagrin des Belges est suspendu à cette image, celle des victimes des attentats.

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