Cyber-harcèlement: Un quart des jeunes ont déjà été insultés sur internet

La police fédérale et Voo lancent une campagne contre le cyber-harcèlement.

Annick Hovine

Ce clip dure 30 secondes et c’est un vrai coup de poing. "Ça, c’était le téléphone de ma fille Louise. Ce que vous voyez ici, ce sont quelques-uns des centaines de messages qu’elle recevait chaque jour." Du genre : "t’es un déchet" , "tu serais jolie si tu te pendais;-)" , "je te hais" ou "même dans le noir, t’es moche" . La voix off de Bernard Altenhoven, le père de l’adolescente, poursuit : "Elle a d’abord essayé de les ignorer en espérant que cela s’arrête. Mais ça ne s’est jamais arrêté. Aujourd’hui, les messages ne la touchent plus. Le 3 septembre 2014, Louise s’est suicidée."

La campagne de prévention contre le cyber-harcèlement, qui démarre ce jeudi, fait fort en plongeant directement les internautes dans l’enfer vécu par les victimes. Comme Louise, cette Namuroise de 16 ans, qui a reçu 600 (!) messages de haine au cours des cinq derniers jours de sa vie. Son calvaire aura duré plus de deux mois.

#No Hate Network

L’action baptisée #No Hate Network (Internet sans haine) veut promouvoir une utilisation plus responsable d’Internet. C’est un projet commun mené par le fournisseur d’accès Internet et mobile Voo, la police fédérale, via le commissaire Olivier Bogaert de la Computer crime unit (CCU), et le papa de Louise.

Sur le site www.letelephonedelouise.com , on entre dans une pièce sombre remplie de ballons sur lesquels sont inscrits les odieux messages. Ils représentent les bulles des messageries comme WhatsApp, Messenger ou Snapchat fréquemment utilisées par les ados.

Le parcours se termine au centre de la pièce où se trouve le smartphone de Louise, sinistre boîte aux lettres.

Le harcèlement entre élèves via les réseaux sociaux et les messageries mobiles est devenu un vrai problème de société. "Le numérique a pris une ampleur énorme chez les ados. Avant, le petit rouquin dont on se moquait dans la cour de récré pouvait souffler quand il rentrait à la maison. Il tapait dans un ballon et avait ses moments d’apaisement. Maintenant, cela ne s’arrête plus" , constate le commissaire Bogaert, qui fait de la prévention dans les écoles.

Des photos "soutcu"

Une application récente (Yiha.me), qui permet de laisser des messages anonymes visibles dans un rayon de 2 km, fait des ravages dans certaines écoles. "On peut envoyer des vannes à tous les copains de l’école" , explique le policier. Et propager des horreurs qui font le buzz.

L’utilisation de Snapchat a causé un gros problème dans une école bruxelloise où ont circulé des photos "soutcu", poursuit-il.

"Soutcu" pour "soutien-culotte". "Les adolescentes ont l’habitude d’envoyer des photos via Snapchat en cabine d’essayage pour demander l’avis de leurs copines sur la couleur du tee-shirt à acheter" , expliqu e le policier . Ou des sous-vêtements. .. "En principe les photos Snapchat disparaissent après 10 secondes mais on peut faire des captures d’écran et certains sites permettent de remettre la main sur ces photos qui passent par un serveur." L’adolescente bruxelloise a eu droit à des messages comme : "Pourquoi tu viens habillée à l’école ? On sait comment tu es en dessous."

Ne pas "tout partager, tout le temps"

Alors, non, on ne peut pas dire: "Partagez tout, tout le temps", comme le proclamait une pub de Voo. Le fournisseur d’accès Internet s’est montré sensible à l’int erpellation du commissaire Bogaert . "On n’allait pas arrêter de développer des connexions Internet mais on a décidé de participer à une campagne de prévention, indique Bruno Van Sieleghem, représentant de VOO. Beaucoup d’enfants ne se rendent pas compte du mal qu’ils peuvent faire par une mauvaise utilisation des réseaux sociaux."

Un mail avec toutes les informations sur la campagne #No Hate Network sera envoyé à toutes les directions d’écoles.

3h40

Temps moyen par semaine sur internet des enfants âgés de 1 à 6 ans

Non, ce n’est pas une erreur de frappe… En 2015, selon une enquête Ipsos menée pour une structure française, les petits de maternelle passaient déjà en moyenne plus d’une demi-heure par jour sur le net – souvent sur le smartphone des parents. “Hyperconnectés, ils sont déjà très habiles” , relève Olivier Bogaert, commissaire de la Computer Crime Unit de la police fédérale.

Chez les 7-12 ans, l’âge de l’école primaire, le temps hebdomadaire de surf monte à 5h30 (trois quarts d’heure par jour), contre 4h50 en 2012.

Mais c’est en humanités que la durée explose : les 13-19 ans passent en moyenne 13h30 par semaine (contre 12h20 en 2015) sur le net, soit près de 2 heures par jour.

77 %

3 ados sur 4 ont un smartphone

L’accès des jeunes au net se fait via les smartphones, les consoles de jeux, les notebooks, etc.

Mais l’essentiel du surf (78 %) se passe via le smartphone, selon une étude du médiateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Plus de trois quarts des ados (77 %) en ont un, que la moitié d’entre eux (48 %) n’éteignent jamais. “Ils le déposent à côté de leur lit pendant la nuit, voire en mode vibreur sous l’oreiller ”, constate Olivier Bogaert. Et 30 % se disent “stressés” quand ils ne sont pas connectés…

826

messages envoyés par semaine

C’est une moyenne. Cela représente 118 messages par jour ! Les ados n’envoient plus (beaucoup) de SMS ou d’e-mails et communiquent surtout via les réseaux sociaux  : 78 % des 13-19 ans sont sur Facebook; 25 % sur Twitter; 14 % sur Instagram (selon des données Ipsos).

Les filles sont fans de discussions instantanées et d’échanges via Messenger, WhatsApp ou Snapchat, un réseau de partage de photos et de vidéos éphémères (10 secondes maximum).

Ask.fm, un réseau social créé en 2011 (en Lettonie), qui permet aux utilisateurs de recevoir des questions d’autres utilisateurs identifiés… ou anonymes, fait un tabac chez les jeunes. Sur les 131 millions d’utilisateurs, la moitié sont des ados.

27 %

Un quart des jeunes ont déjà été insultés sur internet

Le cyber-harcèlement n’a rien de virtuel. Plus d’un quart des jeunes (27 %) disent avoir déjà été insultés sur le net et quasi la même proportion (25 %) avouent avoir déjà insulté, selon un sondage mené auprès de 2 500 élèves du secondaire par le médiateur francophone. Et 11 % déclarent avoir été piégés par un imposteur sur le net. En parallèle, 11 % reconnaissent s’être déjà fait passer pour quelqu’un d’autre…

Ils ne maîtrisent clairement pas leur image sur le net : 14 % des ados disent avoir découvert des photos d’eux qu’ils ne souhaitaient pas voir en ligne.

Des chiffres qui font froid dans le dos. Ils montrent que les jeunes n’ont pas (toujours) conscience des risques liés à l’utilisation d’Internet.