La Sûreté et le SGRS ne se parlent pas assez

Le Comité R pointe que seules 6 % des infos sur les combattants partis en Syrie ont été échangées.

Christophe Lamfalussy
(ILLUSTRATION) An officer sits with headphones for a telephone surveillance in front of a computer in an office of the Federal Police Station crime fighting in Hamburg, Germany, 19 August 2013. The BPOLI KB (Federal Police Station crime fighting) Hamburg celebrates its 15th anniversary. Photo: CHRISTIAN CHARISIUS Reporters / DPA
(ILLUSTRATION) An officer sits with headphones for a telephone surveillance in front of a computer in an office of the Federal Police Station crime fighting in Hamburg, Germany, 19 August 2013. The BPOLI KB (Federal Police Station crime fighting) Hamburg celebrates its 15th anniversary. Photo: CHRISTIAN CHARISIUS Reporters / DPA ©Reporters / DPA

La Sûreté de l’Etat et le service de renseignement de l’armée belge (SGRS) n’ont partagé que 6 % de leurs informations sur les combattants étrangers en Syrie. Et c’est trop peu. C’est l’une des conclusions du rapport que le Comité R vient de finaliser sur les performances des deux services de renseignement belges avant les attentats de Paris.

"La Libre Belgique" n’a pas pu lire ce rapport confidentiel qui sera remis prochainement aux membres de la Commission d’enquête parlementaire sur les attentats. Mais il en a eu des échos précis.

Une période cruciale

Dans ce texte d’une cinquantaine de pages, le Comité R analyse l’action des deux services de renseignement à propos des djihadistes en Syrie entre octobre 2014 et mars 2015. Cette période fut cruciale puisqu’elle précéda les attentats de Paris et de Bruxelles.

Environ 550 personnes se trouvent alors sur les listes de l’Ocam, dont 370 sont issues de Bruxelles et de ses six zones de police.

Qu’apprend-on ? Que les deux services disposent d’un réseau d’informateurs suffisant. Entre 60 et 70 % de leurs informations sur les "foreign fighters" en Syrie viennent de sources humaines, la mine d’or du renseignement. Que ces informations sont bien encodées, sauf au SGRS, qui, selon nos sources, a manqué de documentalistes pour introduire des informations dans sa base de données en raison de coupes budgétaires.

Le Comité R recommande au SGRS de normaliser les informations qui rentrent dans sa banque de données, "d’accélérer l’informatisation de ses collections papier" et "d’élaborer des systèmes de recherche performants".

Collaboration "limitée et ponctuelle"

Les gendarmes de nos espions se félicitent de la collaboration avec le parquet fédéral qui est jugée "excellente". Ils suggèrent aussi aux deux services de mieux se renseigner sur les informations que recherchent leurs "clients" et de renforcer leurs notes prédictives. Bref, mieux prévoir l’avenir.

Le point peut-être le plus négatif est la collaboration "limitée et, à ce jour, souvent ponctuelle" entre la Sûreté de l’Etat et le SGRS. Le Comité R recommande que les deux services échangent plus d’informations venant des sources dites ouvertes (Osint), des réseaux sociaux (Socmint), des réseaux électroniques (Sigint) et du piratage informatique (Cyberhumint).

Le message a déjà été entendu par l’actuel gouvernement, selon nos sources. Le Conseil national de sécurité envisage de mieux partager les infrastructures et capacités des services de renseignement. L’un des premiers pas va être l’acquisition par la DR3 (secteur antiterroriste de la police), la Sûreté et le SGRS d’un logiciel permettant d’analyser les réseaux sociaux. Enfin, le SGRS a reçu l’autorisation d’engager 92 agents dans les trois années à venir. La Sûreté a, également, reçu des renforts.


Qui fait quoi ?

Le Comité R est l’organe chargé en Belgique de contrôler les activités des services de renseignement. Il est présidé par l’ancien avocat général de Liège, Guy Rapaille.

La Sûreté de l’Etat vient en soutien de la section antiterroriste de la police fédérale (DR3) et du parquet fédéral. Elle joue souvent un rôle d’alerte dans des dossiers de terrorisme. Dans l’affaire de Verviers par exemple, c’est l’une de ses notes, soulignant le retour du front syrien d’un des prévenus, qui allait lancer l’enquête en novembre 2014.

Le SGRS vient en soutien de tous avec ses compétences techniques. Il emploie 80 % de militaires et 20 % de civils. Il intervient dans les dossiers de terrorisme, d’islamisme, de bandes criminelles organisées et de tout ce qui peut menacer la défense nationale. Un projet de loi est en cours de préparation pour élargir son mandat.