Les enjeux du procès Wesphael

Bataille d’experts mais aussi d’avocats. Trois semaines pour dégager une vérité judiciaire. Éclairage.

- Procès de Bernard Wesphael poursuivi pour le meurtre de son épouse Véronique Pirotton: constitution du jury de la Cour d'Assise de Mons - Samenstelling van de jury voor het proces van Bernard Wesphael, beschuldigd van doodslag op zijn echtgenote Véronique Pirotton 15/9/2016 pict. by Didier Lebrun © Photo News
- Procès de Bernard Wesphael poursuivi pour le meurtre de son épouse Véronique Pirotton: constitution du jury de la Cour d'Assise de Mons - Samenstelling van de jury voor het proces van Bernard Wesphael, beschuldigd van doodslag op zijn echtgenote Véronique Pirotton 15/9/2016 pict. by Didier Lebrun © Photo News ©Photo News
Jean-Claude Matgen

Ce lundi, commence, devant la cour d’assises du Hainaut le procès de Bernard Wesphael, ancien député wallon, accusé du meurtre de son épouse, Véronique Pirotton, le 30 octobre 2013, dans une chambre d’hôtel, à Ostende.

Ce dossier a suscité ces derniers mois un intérêt médiatique énorme et les débats vont attirer un nombreux public et un fort contingent de journalistes.

On ne reviendra pas sur les péripéties qui ont jalonné les mois ayant séparé la date des faits de celle de l’entame de la session d’assises. Certains ont parlé de l’acharnement d’une justice flamande "cavalière", qui avait dans un premier temps retenu la thèse de l’assassinat. D’autres ont fustigé l’attitude du Parlement wallon et du Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles, qui n’ont pas voulu remettre en cause la façon dont la justice, se reposant sur la notion de flagrant délit, a décidé d’arrêter M. Wesphael sans passer par une demande de levée de son immunité parlementaire. D’autres encore n’ont pas compris qu’on puisse maintenir aussi longtemps M. Wesphael en détention - il n’a été libéré sous conditions que fin août 2014. Beaucoup, à juste titre, ont regretté que le procès n’ait pu se tenir, comme initialement prévu, en février 2016 en raison de défauts grossiers dans la traduction des pièces du dossier.

Pendant tout ce temps, les tenants de la thèse du meurtre, voire de l’assassinat, que l’on retrouve, logiquement, dans la famille et parmi les amis de Véronique Pirotton, et ceux de la thèse du suicide, que l’on recense, tout aussi normalement, du côté des proches de M. Wesphael, n’ont cessé de faire entendre leur voix, plus ou moins discrètement. Bernard Wesphael a même raconté sa vérité dans un livre, à paraître après le procès.

Surmédiatisation ?

Les témoignages des uns et des autres ont été abondamment et parfois complaisamment relayés dans la presse écrite et audiovisuelle. Cela a provoqué "l’écœurement" de l’avocat de M. Wesphael, Me Jean-Philippe Mayence, et incité le président de la cour d’assises, Philippe Morandini, non seulement à prendre des mesures sévères s’agissant de la couverture du procès mais aussi à mettre longuement en garde les jurés contre une possible instrumentalisation par les médias et la publication, par leurs soins, de documents révélant des pans entiers de l’intimité des protagonistes directs ou indirects. Comme la diffusion de l’entretien téléphonique, le 30 octobre 2013, jour du drame, entre Véronique Pirotton et son amant, une pièce pourtant écartée du dossier pénal. Un dossier dont on oublie souvent qu’il affecte jusqu’à un mineur d’âge.

Quoi qu’il en soit, on mesure bien les enjeux des débats qui vont durer trois semaines. L’unique question est celle-ci : Mme Pirotton a-t-elle été tuée par M. Wesphael ou est-elle morte sans que celui-ci soit intervenu pour provoquer son décès ? Suicide, intoxication alcoolique fatale, meurtre ? Les jurés auront la tâche difficile de dire la vérité judiciaire.

Les expertises au centre des débats

Ils vont devoir faire la part des choses, juger de la pertinence de rapports d’expertise psychiatrique contradictoires. Le premier, demandé par le parquet de Bruges, traite Bernard Wesphael de menteur; le deuxième, commandé par la défense, conclut que M. Wesphael n’est pas un simulateur; le troisième, exigé par le président de la cour d’assises en personne, s’étonne largement des conclusions du premier expert.

Les jurés devront aussi apprécier les conclusions des expertises toxicologiques, qui n’aboutissent pas, elles non plus, aux mêmes conclusions. Jauger les nombreux témoignages qui seront livrés au cours d’un procès qu’une ombre risque de hanter, celle de l’amant de Véronique Pirotton, dont le rôle paraît très ambigu, même s’il n’était pas dans la chambre 602 le soir du drame.

Leur tâche s’annonce plus que complexe mais n’est-ce pas souvent le cas quand une cour d’assises est amenée à juger de faits relevant des passions humaines ?

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