Procès Wesphael: l'accusé dit avoir eu "envie de vomir" en entendant le témoignage d'Oswald D

Après une interruption, l'audience a repris vers 19h15 avec l'audition d'un ancien professeur de religion de la victime, avec qui elle aurait eu une relation. Celle tant attendue d'Oswald D. doit suivre. Suivez le procès en direct!

Procès Wesphael: l'accusé dit avoir eu "envie de vomir" en entendant le témoignage d'Oswald D
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Belga

L'audience a repris ce mercredi à 9h avec l'audition du personnel de l'hôtel Mondo.

"Quand j'ai entendu ce témoignage, j'ai eu envie de vomir", a déclaré l'accusé à l'issue de l'audience mercredi, faisant allusion au témoignage d'Oswald D., amant de Véronique Pirotton. "Je ne pouvais pas imaginer une telle sorte de harcèlement hors-norme à l'égard de mon épouse."

"Je ne pensais pas qu'il y avait, dans le décor liégeois, un homme qui, quotidiennement, visait ma séparation avec ma femme, et qui écrivait sur moi des insanités en permanence", ajoute-t-il. "C'est abominable ce que j'ai entendu."

La journée de jeudi sera consacrée aux auditions des témoins de moralité.

Oswald, l'amant de Véronique Pirotton, se montre sarcastique... et agace le président

Oswald D., ancien compagnon et amant de Véronique Pirotton, était entendu mercredi soir devant la cour d'assises du Hainaut, au procès de Bernard Wesphael. Son audition était rythmée par de multiples interventions du président, qui l'a d'ailleurs rappelé à l'ordre. Oswald D. est revenu sur sa rencontre avec Véronique Pirotton via un site internet en 2008. Leur histoire dure jusqu'au 2 décembre 2011. "Nous avions une vie de couple très riche et très enrichissante." Le psychologue indique toutefois qu'après un an de relation, "quelque chose l'a interpellé" dans la consommation d'alcool de sa compagne. Il explique, longuement, qu'il a quitté Véronique Pirotton en décembre après une soirée où elle était avec des amis dans un café, et qu'un de ses amis, F.D., l'avait plaqué à terre. "Deux jours plus tard, j'ai appelé des amis et j'ai pris une camionnette pour aller rechercher mes affaires." "Vous n'êtes pas ici pour parler de vous", lui a rappelé le président.

Après la rupture, ils se recroisent deux fois par hasard à Liège, et Véronique Pirotton lui mentionne sa rencontre avec Bernard Wesphael. "Vous êtes heureux pour elle?" "Je suis un peu étonné, mais elle a l'air bien."

Tous deux renouent toutefois une relation en octobre 2012, deux mois après le mariage de la victime. "Bon, c'est vrai que c'est discutable moralement...", déclare le témoin. "La morale n'a pas de place ici, c'est le droit", répond le président. Il dit encore que Véronique lui avait fait part de sa désillusion, de son désenchantement. "Véronique, à défaut d'amour, avait besoin de sécurité, et elle ne l'avait pas autant qu'elle l'espérait."

Il revient alors sur une lettre parfumée qu'il avait écrite à la victime, et déposée dans sa boîte aux lettres, alors que Bernard Wesphael vivait chez elle. "C'est vrai que c'est ce qu'il y a de plus discret pour garder une relation secrète!", commente Philippe Morandini. "Que se passe-t-il après qu'il ait découvert cette lettre, que vous aviez si bien cachée?", poursuit-il. "Ca le contrarie...", répond le psychologue.

L'homme a également été questionné sur les photos de Bernard Wesphael retrouvées dans son ordinateur, dont certaines portant l'insigne nazi. "Ce sont des photos qu'on trouve sur internet", selon le témoin.

Peu avant les faits, Véronique Pirotton lui avait fait part de son désir de quitter l'accusé. "Elle ne va pas bien, elle se rend compte que la rupture est quelque chose de compliqué, elle est embarrassée par le regard des autres, et puis il y a Victor. Elle sent aussi que son mari s'accroche. Plus elle assume son désir de séparation, plus elle est en danger", dit-il. En octobre, elle précise que cela s'est arrangé, et que Bernard Wesphael ne s'oppose plus à la séparation.

Oswald D. était par ailleurs au courant que la victime se rendait à la mer, à l'hôtel Mondo. "Vous connaissez cet hôtel?", lui demande le président. "Non." "Pourtant, on retrouve une photo de l'hôtel Mondo dans votre ordinateur, mais ce n'est pas grave, continuez..."

La cour est aussi revenue sur les enregistrements de conversations entre Véronique Pirotton et le témoin, effectués par celui-ci. Il avance qu'il "craignait pour elle". "Pourquoi en avez-vous effacé une partie?" "Je n'ai gardé que ce qui était significatif..."

Les appels entre l'amant et Mme Pirotton le jour des faits et le SMS qu'il a reçu de Bernard Wesphael vers 16h00, disant: "Regarde bien, pauvre homme", ont enfin été abordés. "Vous avez le numéro de M. Wesphael?", lui demande le président de la cour. "Oui, je l'appelle tous les jours", rétorque celui-ci. Une remarque qui a fait bondir le président.

Philippe Morandini a rappelé le témoin à l'ordre, haussant la voix. "Je ne suis pas là pour rire. Quelqu'un est décédé, je vous demande d'avoir un peu de respect, et le premier respect c'est envers la société. Vos remarques humoristiques, pas ici. En cas de faux témoignage, cher monsieur, vous encourez la même peine que celle que risque l'accusé pour les faits, à savoir 30 ans. Alors votre cinéma, j'en ai plus qu'assez! Nous sommes ici pour établir une vérité. Et cette vérité, on y arrivera avec ou sans vous". "Je suis là pour vous aider", répond le témoin. "On ne le dirait pas!", rétorque le président.

Le témoin a ensuite repris son récit, qui a été écourté peu de temps après pour permettre aux parties de poser des questions.

A l'issue de l'audience, qui s'est terminée peu après 21h00, l'avocat d'Oswald D., Me Lethé, a déclaré à Belga que "l'agressivité montrée aujourd'hui à l'égard de son client est inadmissible".


F.D., ami de Véronique Pirotton durant 12 ans, est venu témoigner

Leur relation était de nature "amicalo-amoureuse" et ils avaient occasionnellement des relations sexuelles. Deux autres témoins ont décrit une personne brillante, qui n'était pas suicidaire. Véronique Pirotton était "très douce, gentille". "Il y avait dans notre relation la magie de la présence de l'autre. C'était la fusion des sens", a déclaré F.D.

En juillet 2012, il a toutefois décidé qu'il était préférable qu'ils ne se voient plus, à cause d'Oswald D. "Je me sentais harcelé, il était en bas de mon immeuble, me suivait." Il témoigne aussi d'une scène où il était attablé avec Véronique Pirotton et d'autres amis, et où Oswald D. était arrivé pour parler plusieurs fois à la victime, de manière assez violente. "La troisième fois, je suis intervenu, j'ai dû le mettre en position horizontale de sécurité." Je lui ai dit: "Véronique, ce mec est dangereux, il va tout te prendre."

Véronique et F.D. ne se côtoient plus pendant un an. Il apprend ensuite qu'elle aurait déposé plainte contre lui pour harcèlement. "Je l'ai revue en juillet 2013, en bas de chez moi. Elle voulait me parler. Je lui ai demandé pourquoi elle avait porté plainte. Elle s'est excusée, je l'ai prise dans mes bras. Je n'ai jamais compris ce changement" dans son comportement. Il indique encore qu'elle lui avait fait part, deux ou trois mois avant sa mort, qu'elle était "triste et malheureuse".

Il précise qu'il ne lui connaissait pas de problèmes d'alcool. "On avait toujours le même modus operandi. On mangeait - c'était une cuisinière exceptionnelle -, et on buvait une bouteille de vin, jamais d'alcool fort". "Je n'ai jamais entendu parler de suicide."

Un avocat ayant côtoyé Véronique Pirotton a également témoigné. Ils se sont connus car son ex-beau-fils a réalisé une partie de son parcours scolaire avec Victor, le fils de Mme Pirotton. Selon lui, la victime était quelqu'un de "passionné, romantique, assez dans l'émotionnel et le ressenti".

Lors d'une conversation dans un café de Liège en septembre 2013, alors qu'ils attendent le retour d'excursion des enfants, elle lui confie qu'elle n'est pas heureuse en ménage, et qu'elle le consulterait pour entamer une procédure de divorce avec son mari. Durant cette rencontre, Véronique Pirotton a suggéré qu'elle avait peur, faisant état de "réactions excessives" de la part de son mari, mais il n'a pas reçu de confidences de coups et blessures. Elle avait aussi abordé sa relation avec Oswald D., "mais j'avais coupé court, je n'avais pas envie de recevoir dans ce café de confidences sur une infidélité éventuelle".

Un troisième témoin, qui a vécu pendant huit ans avec Véronique Pirotton, était également présent mercredi. Ils se sont rencontrés durant leurs années secondaires, et ont commencé à flirter à l'âge de 17 ans. Il n'a jamais remarqué dans le chef de la victime de problèmes particuliers avec l'alcool. Il évoque une certaine "fragilité" due à son enfance et le manque "d'image du père". Le témoin estime par ailleurs qu'elle n'était pas suicidaire. Evoquant certains actes, comme une fois où elle avait sauté d'une fenêtre à 2,5 mètres du sol, il les interprète principalement comme "une sorte d'appel au secours. Ce serait presque une injure de dire qu'elle tentait de se suicider et que ça ne marchait pas, car elle était intelligente et brillante".

Durant son témoignage, il est revenu sur une relation entre Véronique Pirotton et un professeur de religion du collège. Elle lui avait écrit une lettre à ce sujet au début de leur histoire, lui disant qu'elle ne voulait pas que cette histoire interfère entre eux. A la fin de leur rhéto, plusieurs élèves, dont le témoin, avaient contacté le directeur à ce sujet. Mais cela n'a pas abouti, car ce directeur et le professeur étaient amis, selon lui.

"On parle d'un viol, dans les termes de la loi, mais pour moi, elle n'a pas vécu cela réellement comme un viol, mais comme une relation, malsaine, d'accord, mais c'était une relation." Elle l'avait cependant contacté lorsque, plus tard, elle avait porté plainte contre ce professeur. "Elle m'a dit qu'elle avait décidé de déposer plainte parce que Victor allait atteindre l'âge où cela lui était arrivé", ajoute-t-il. Cet enseignant sera également entendu.

Véronique Pirotton lui avait enfin annoncé son mariage avec "le parlementaire Bernard Wesphael" par SMS. Il ne l'a plus revue après son mariage. Ils ont toutefois eu des contacts ponctuels par messages. A la fin de l'un d'eux, elle écrit: "Ne me retéléphone pas, car l'autre me fait des crises de jalousie horribles". "J'ai supposé que ça désignait son mari."


Un enfant compare les cris de Véronique à un loup qui hurle

Le couple qui occupait la chambre 502 de l'hôtel Mondo, les 30 et 31 octobre 2013, a été auditionné mercredi après-midi par la cour d'assises du Hainaut. Il a entendu beaucoup de bruit venant de la chambre du dessus durant les deux soirées qu'il a passées dans cet hôtel avec ses deux enfants. Un des enfants a comparé les cris et les pleurs de la victime à un loup qui hurle. Un détail confirmé par Bernard Wesphael. Me Mayence a demandé à la cour de vérifier les plans de l'hôtel. Le couple était en séjour à Ostende les 30 et 31 octobre 2013, avec ses deux enfants âgés de 5 et 7 ans à l'époque. La famille logeait dans la chambre située en-dessous de celle occupée par Bernard Wesphael et Véronique Pirotton.

Le 30 octobre au soir, la famille est rentrée vers 20h. "Quand les enfants sont partis dormir, entre 21 et 22h, on a entendu du bruit, cela semblait être un couple qui avait des relations sexuelles très bruyantes. Cela a duré toute la nuit", raconte le père de famille.

Selon Me Mayence, Bernard Wesphael et Véronique Pirotton ne sont rentrés dans leur chambre qu'à 23h41 ce soir-là. L'avocat de la défense souhaite que le président demande de vérifier le plan de l'hôtel car le couple est certain que le bruit venait de la chambre du dessus. Reste à savoir s'il s'agissait bien de la 602.

Le lendemain, la famille est sortie en ville. Elle est rentrée dans sa chambre entre 21 et 22h. "Les bruits ont recommencé de manière plus bruyante et cela nous semblait plus violent que la veille. On entendait la femme pleurer, puis gémir, et puis se remettre à pleureur. Notre aîné, qui regardait la télé, a comparé cela à un loup qui hurle. Cela a duré un certain temps avec des choses qui tombaient sur le sol."

Contrairement à la veille, la famille a entendu la voix d'un homme. "Cette voix disait quelque chose de manière répétitive", poursuit le témoin, certain que cela venait de la chambre du dessus.

Une photo a été tirée dans la chambre 502 par la mère de famille, avec un téléphone portable. Cette photo a été prise à 21h56, "l'heure est certaine", affirme le père de famille. "Enfin une heure correcte", souffle le président de la cour. A cette heure-là, les bruits venaient de débuter selon le témoin. Me Mayence leur a demandé si l'heure était bien l'heure d'hiver, car le changement d'heure a eu lieu le 27 octobre. "Mon Iphone se synchronise sans manipulation", répond le témoin.

Quant à son épouse, elle confirme les déclarations de son époux. "J'étais très irritée par les bruits car les enfants pouvaient l'entendre. A un moment donné, on a augmenté le son de la télévision pour que les enfants n'entendent plus le bruit. J'étais fâchée car ce bruit ne semblait pas normal", dit-elle.

"J'ai entendu cette femme qui pleurait comme un enfant, par à-coup. J'ai entendu quelqu'un qui avait un pas rapide. Après, on a entendu beaucoup de pas, des gens qui parlaient mais on ne comprenait pas", poursuit celle qui s'est sentie mal quand la police est venue les interroger le 1er novembre au matin. "La police m'a dit qu'on avait trouvé un corps, j'étais choquée."

Interrogé par le président de la cour, Bernard Wesphael répond qu'il a crié au moins trois fois "arrête Véronique" quand elle venait vers lui "d'une façon agressive". Selon lui, Véronique Pirotton serait tombée trois fois lourdement sur le sol, dont une fois face avant. "Elle me disait 'j'ai le nez cassé', je lui ai dit que non, à distance. Elle était en pleurs, elle criait très fort mais c'était la même chose quand nous étions à la maison. Je restais à distance pour me protéger, en attendant le retour du calme."

L'accusé dit que sa femme était toujours habillée à ce moment-là, "je n'ai pas prêté attention quand elle s'est déshabillée, peut-être dans la salle de bains". L'accusé confirme que son épouse criait comme un loup "comme elle le faisait à la maison". Il a aussi mimé le contact physique qu'il avait eu avec son épouse quand il a voulu la coucher sur le lit.

Interrogé sur la présence de fibres de son oreiller retrouvés sur le visage de la victime, l'accusé rappelle que lui et son épouse ont fait l'amour deux fois le matin, mais il refuse de détailler les positions sexuelles adoptées, "et puis nous sommes restés dans un positionnement amoureux durant l'après-midi, elle a donc été en contact avec mon oreiller". Selon un expert, ces fibres auraient dû disparaître quand Véronique est sortie en ville.

Enfin, la témoin raconte que l'homme qui accompagnait Véronique Pirotton dans la salle du déjeuner avait une chaîne en or et une chevalière à un doigt. Bernard Wesphael prétend qu'il ne portait pas de bijoux.


Une blessure au poignet qui pose question

La cour d'assises du Hainaut a auditionné, mercredi matin, le réceptionniste de l'hôtel Mondo et son ami, lesquels ont été les premiers à se rendre dans la chambre 602 après l'alerte lancée par Bernard Wesphael, le 31 octobre 2013, peu avant 23h. La petite-amie du réceptionniste et une autre employée de la réception de l'hôtel ont aussi été entendues.

Le réceptionniste de l'hôtel et son ami ont expliqué avoir remarqué une "petite blessure" qui saignait au poignet de Bernard Wesphael, lorsque celui-ci est venu les prévenir que sa femme s'était suicidée et qu'ils sont montés avec lui. Le réceptionniste explique avoir appelé la police, puis son manager, et être monté au sixième étage par l'ascenseur. Son ami et lui ont remarqué cette blessure quand Bernard Wesphael a appuyé sur le bouton de l'ascenseur.

"Mesdames et messieurs les jurés, lorsque vous vous retirerez pour délibérer, il vous faudra opérer un tri dans la masse d'informations reçue. Je vous demande de ne pas oublier ce témoignage, qui indique bien que la blessure de M. Wesphael saignait à 23h00, alors que, dans sa version, si Véronique Pirotton l'a griffé, ce serait autour de 21h00", a déclaré dans un commentaire Me Moureau, avocat des parties civiles.

Bernard Wesphael a alors pris la parole. "Il n'est pas impossible que j'aie rouvert quelque peu la plaie lorsque j'ai fait un massage cardiaque de quelques minutes à mon épouse, avec ma montre" au poignet, a-t-il déclaré. L'accusé a rappelé que les policiers avaient fait "tout de suite" des photos de ses mains. "Vous verrez sur les photos que ce n'est pas si évident que ce que je viens d'entendre."


Véronique Pirotton ne semblait pas contente de l'appel de son amant le soir du drame

Avant cela, le réceptionniste de l'hôtel et son ami avaient affirmé que Véronique Pirotton ne semblait pas contente d'avoir reçu un appel d'Oswald dans sa chambre, le 31 vers 15h. Une dispute avait aussi éclaté au bar, le soir du drame. Le réceptionniste de l'hôtel se souvient très bien de cette nuit d'Halloween de l'année 2013. "Dans le courant de la soirée, M. Wesphael et son épouse se sont rendus au bar, elle a bu deux Amaretto et lui un Cognac avec un café. Après cela, ils sont remontés dans leur chambre", raconte l'homme qui devait terminer son service à 23h.

Il a servi les boissons au couple et il n'a rien remarqué de particulier. "Quand ils sont remontés dans l'ascenseur, madame semblait ivre, elle a heurté le bar, une armoire et le présentoir avec les publicités."

Vers 22h55, Bernard Wesphael est arrivé à la réception, après avoir descendu les escaliers car l'ascenseur était occupé. "Très calmement, il a indiqué que son épouse s'était suicidée ou qu'elle avait fait une overdose. Je pensais à une blague déplacée pour Halloween." Selon ce témoin, l'accusé était extrêmement calme et peu essoufflé pour un homme qui venait de descendre six étages par les escaliers. "Je pense qu'il a dit qu'on devait l'aider car sa femme s'était suicidée, peut-être avec un sac en plastique", a commenté son ami, qui se trouvait à la réception.

Le réceptionniste est entré le premier dans la salle de bain car la porte d'entrée n'était pas fermée. "J'ai vérifié s'il y avait un pouls, mon ami m'a donné son GSM pour vérifier si la victime respirait encore. Quand j'ai dit à mon ami qu'elle était décédée, M.Wesphael a commencé à crier 'Véronique, Véronique', et puis a commencé à la réanimer, de mon point de vue de façon dramatique."

Le témoin se souvient qu'un bras de la victime se trouvait sous son corps et l'autre vers le haut. "Le corps était entièrement dans la salle de bain mais les jambes étaient orientées vers l'extérieur. La tête de la victime était près du bain et je pense que le visage de madame était orienté vers le lavabo."

Le réceptionniste se souvient que Véronique Pirotton était venue le voir, la veille, afin de lui indiquer qu'il devait répondre qu'elle était seule, au moindre coup de fil. Il n'a pas demandé la raison mais elle était seule à ce moment-là. S'il a indiqué "son mari" dans un mail interne envoyé au personnel, c'est qu'il a pensé à une forme d'adultère. Véronique Pirotton n'aurait pas employé le terme "mari" dans sa demande.

Vers 15h, sa collègue a reçu un appel, c'était un homme qui demandait Véronique Pirotton. "Mon collègue m'a montré le mail mais j'étais déjà en train de transférer l'appel. M. Wesphael a répondu et demandé qui c'était, j'ai dit que c'était un homme et il a répondu sèchement, je suis son époux."

Véronique Pirotton a ensuite pris la communication et elle a demandé de transférer l'appel. L'employée n'a pas entendu de cris derrière mais l'accusé prétend qu'il n'était pas heureux d'avoir entendu "c'est ton grand méchant loup".

Apparemment, Véronique Pirotton est passée à la réception et elle ne semblait pas contente du transfert de l'appel. Son collègue confirme.

L'amie du réceptionniste était assise près de la table occupée par Bernard et Véronique dans le bar, le soir des faits, "ils se disputaient et ne criaient pas, elle était très agitée, de plus en plus saoul et lui tentait de la calmer".

Bernard Wesphael est alors sorti pour fumer et il semblait très fâché dehors, "il me faisait peur, il était très fâché et assez sec dans ses mouvements". Quand il est rentré, il a commandé un verre pour elle mais pas pour lui. Selon le réceptionniste, il semblait calme.

"Au bar, mon épouse a eu plusieurs récriminations fortes à l'égard de son harceleur mais pas envers moi", raconte l'accusé. Au sujet de son calme, l'accusé explique qu'il était complètement inhibé. Il a ensuite éclaté en sanglots dans la chambre car il a été submergé par l'émotion, "deux caractéristiques de ma personnalité", dit-il.


Selon des témoins, Véronique Pirotton était perspicace, fragile, brillante et pleine d'humour

Véronique Pirotton était une personne perspicace, qui réfléchissait vite, qui pouvait devenir plus fragile lorsqu'elle était contrariée, a déclaré mercredi matin devant la cour d'assises un neurologue qui travaillait dans la même intercommunale qu'elle. Un autre témoin, écrivain et ancien professeur à l'ULB, a quant à lui décrit une femme "pleine d'humour", qui se donnait "plus d'avenir que de passé". La victime pouvait essayer de mener "plusieurs combats" sur plusieurs fronts, elle était "déterminée", d'après le médecin. Le neurologue et l'ancienne journaliste s'étaient rapprochés notamment lors des ennuis de santé de la mère de Véronique Pirotton.

Une fois ses batteries rechargées, "elle s'employait assez rapidement à les vider en s'imposant une certaine charge de travail et des charges familiales". La victime avait aussi partagé ses angoisses avec le témoin, comme le fait que Victor ait échappé de peu à la fusillade place Saint-Lambert.

D'après l'enquête de téléphonie, le médecin avait envoyé un SMS à la victime lors de son séjour à la mer, en demandant des nouvelles d'elle et du "petit lion", faisant allusion à son fils. "Elle aimait les images et les jeux d'esprit. Son fils a une fois connu un échec scolaire, et elle s'attelait avec énergie à vouloir régler ce problème. C'est de là que vient l'image. Je lui avais dit que son fils était un ado, et que c'était comme un petit lion en laisse. Il ne faut pas le tenir trop près pour ne pas qu'il vous griffe, ni trop loin pour ne pas qu'il vous échappe."

Le témoin se rappelle que Véronique Pirotton lui avait fait part de ses désillusions en septembre 2012, un mois après son mariage avec Bernard Wesphael, qu'elle avait décrit comme "un parlementaire". Elle lui avait confié que son époux n'était pas aussi riche qu'elle le pensait, et avait évoqué des ennuis financiers ainsi que son envie de déménager.

Il était aussi au courant des hospitalisations de sa collègue, qui craignait que ses soucis de santé ne lui portent préjudice au travail. Il ajoute n'avoir jamais perçu de traits de violence en elle. Il ne la considère pas non plus comme une personnalité dépressive.

L'avocat général a demandé au témoin, Sénégalais d'origine, s'il avait été l'amant de la victime, car Bernard Wesphael avait évoqué une liaison entre son épouse et "un médecin étranger". "Non", a-t-il répondu.

Le témoignage suivant a provoqué une vive émotion chez les proches de Véronique Pirotton présents à l'audience. Le professeur d'université a rencontré la victime en 1995, alors que celle-ci l'avait pris comme sujet pour son mémoire en journalisme, pour lequel elle avait obtenu 100 sur 100. "J'étais étonné de ne l'avoir jamais rencontrée, mais elle était timide." Tous deux sont restés liés et se téléphonaient régulièrement. Il a d'ailleurs cité le numéro de GSM de la victime. "C'est un numéro que je n'oublierai jamais."

"Il y avait chez Véronique une absence totale d'arrogance. Elle était consciente de son intelligence, mais n'en faisait jamais état de manière ostentatoire. Je ne l'ai jamais vue traiter quelqu'un avec mépris." Il a tenu à insister sur son humour. "Je vois que c'est un trait de sa personnalité qu'on a tendance à négliger. Son humour était parfois teinté de mélancolie, mais elle n'était pas mélancolique pour autant. Quand j'entends qu'on dit d'elle qu'elle est maniaco-dépressive et d'autres choses, je suis effrayé. J'ai l'impression que nous n'avons pas rencontré la même personne."

Si elle nommait peu les gens et évoquait plutôt des situations, elle avait, par des figures de style, confié au professeur "son désenchantement par rapport à son mariage", avec notamment un manque, "une absence de dialogue intellectuel".

Pour lui, Véronique Pirotton n'était pas suicidaire. "Elle avait une revanche à prendre." "Les premières lignes de son livre sont pleines de promesses. On ne se suicide pas le lendemain, alors que l'encre n'est pas encore sèche. Elle avait aussi la folle idée de me consacrer une biographie et surtout l'extraordinaire ambition de rendre son fils heureux." "Elle aspirait au bonheur, en toute candeur."

Après son décès, une "chape de plomb s'est d'abord abattue sur elle. Dès que le verrou du silence a sauté, on est passé à la malveillance, avec des qualificatifs désobligeants qui tendaient à la discréditer", regrette-t-il. "Je souhaite que son fils émerge victorieusement de l'océan de boue sous lequel, quelques fois, on a tenté de l'engloutir. Un jour, si ce n'est pas déjà le cas, il pourra être fier d'une femme brillante et généreuse."


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