Manifestation nationale: les syndicats sont venus défendre leur "vision de la société" dans la rue

Aux sons des pétards, sifflets et klaxons, des milliers de manifestants se rassemblent devant la Tour des Finances pour écouter les discours du front commun syndical.

BELGA

Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles jeudi pour contester les mesures prises et envisagées par le gouvernement Michel. Elles "fêtaient" ainsi le deuxième anniversaire de la coalition Suédoise, en place depuis 2014 et composée du MR, de l'Open VLD, du CD&V et de la N-VA. "Pas touche à mes 38 heures", "Se résigner ou se taire, jamais", "Nos emplois contre leurs dividendes. Saisie sur Caterpillar!", "On veut travailler donc créez des emplois de qualité pour tous", pouvait-on lire jeudi sur les pancartes brandies par les manifestants.

L'actualité sociale était bien présente, avec la participation notamment de travailleurs de Caterpillar, de CP Bourg ou d'Axa. "Non au licenciement boursier" ou "Du travail, un salaire, stop aux paradis fiscaux", scandaient d'ailleurs les manifestants.

Un employé de Caterpillar désigne le gouvernement comme responsable, en partie, de la fermeture du site du groupe américain à Gosselies (Charleroi). "Il fait des cadeaux aux patrons et au final ce sont les travailleurs qui paient toujours les pots cassés. Les patrons ont bien profité du système et maintenant ils s'en vont".

Danny Van Autryve, délégué Setca chez Axa, ne dit pas autre chose. "Nous sommes venus manifester pour contester les cadeaux offerts aux entreprises qui ne servent à rien", s'exclame-t-il. "Axa, une entreprise en boni pendant des années décide de restructurer, menaçant 15% du personnel. Le gouvernement donne des cadeaux mais n'obtient pas de contreparties. Le tax shift baisse les cotisations patronales mais ça ne sauve pas les emplois", dénonce-t-il.

La réforme du marché du travail, portée par le ministre de l'Emploi Kris Peeters, était également visée. Ce projet de loi comprend notamment une annualisation du temps de travail, ce qui permettrait de travailler davantage quand les circonstances l'exigent et d'alléger son emploi du temps lorsque les activités sont plus calmes. Une mesure inacceptable pour beaucoup de manifestants qui la considèrent comme une incitation à travailler plus sans gagner davantage.

Ils demandent également de prendre en compte les spécificités de chaque métier. Une militante FGTB, femme de ménage, explique que son métier lui occasionne beaucoup de souffrances physiques. "Je ne pourrais pas travailler plus, ce serait insoutenable".

Un autre point de désaccord est le recul de l'âge de la pension à 67 ans. "On va déjà travailler suffisamment longtemps, alors ça suffit maintenant", s'exclame une jeune militante CSC. "C'est aussi aberrant quand on voit que beaucoup de jeunes peinent à trouver un emploi", souligne Alain Franken, qui travaille pour la mutualité Solidaris, à Mons.

Les manifestants sont venus aussi défendre leurs soins de santé. "Le gouvernement vient toujours chercher l'argent dans les soins de santé alors que c'est lui qui crée un trou financier en arrêtant de financer la Sécurité sociale", dénonce Alain Paulauskas, militant CNE.

Il s'agissait de la quatrième manifestation interprofessionnelle depuis la mise en place de la coalition gouvernementale. Jusqu'à présent, celle-ci tient sur ses positions. Les manifestants ne se découragent pas pour autant. "Le gouvernement ne prend absolument pas notre avis en compte mais nous sommes toujours motivés. Ce sont les petites rivières qui font les grands fleuves", affirme la jeune militante CSC. Pour elle, il est important de continuer à se mobiliser et d'exprimer au gouvernement son désaccord avec sa politique. "Si on s'arrête, ce serait donner un mauvais signal", ajoute Alain Paulauskas, de la CNE. "Nous devons continuer à expliquer les mesures du gouvernement à l'opinion publique."

"Nous ne nous attendons pas à ce que le gouvernement plie mais nous défendons une autre vision de la société", conclut Martine Ugolini, présidente fédérale de la CGSP Admi ALR-RLB.


La circulation totalement rétablie à Bruxelles

Les embarras de circulation causés par la manifestation syndicale à Bruxelles sont totalement terminés, a annoncé jeudi après-midi la police de Bruxelles Capitale Ixelles. L'entièreté du parcours et ses alentours sont de nouveau ouverts à la circulation. Les manifestants se sont rassemblés jeudi matin sur l'Esplanade du CCN (gare du Nord) et se sont ensuite rendus boulevard Botanique, d'où est parti le cortège vers 11h45. Des artères importantes du centre de Bruxelles ont été coupées avant de rouvrir progressivement en début d'après-midi.

La totalité du parcours, qui se terminait à la gare du Midi, était interdite à la circulation et au stationnement.

La circulation dans les tunnels bruxellois a également été perturbée. Les sorties Sainctelette et Porte d'Anvers du tunnel Léopold II ainsi que la sortie place Rogier du tunnel du même nom ont été fermées jusqu'au passage du cortège.


Pas d'affrontements entre la police et les manifestants

Les bureaux du Parti socialiste, situés boulevard de l'Empereur, ont été recouverts de graffitis et la fenêtre d'un bureau de bpost a été brisée boulevard Anspach en marge de la manifestation nationale jeudi à Bruxelles, a confirmé Ilse Van de Keere, porte-parole de la police de Bruxelles Capitale Ixelles. Aucune confrontation n'a cependant opposé des fauteurs de troubles et la police, contrairement à ce qu'affirment plusieurs médias, a ajouté la porte-parole. La police attend la fin de la manifestation et la libération totale du parcours avant de faire un bilan complet des éventuelles dégradations. "Mais il n'y a eu aucune confrontation avec les services d'ordre", souligne Ilse Van de Keere. "Les auteurs des dégradations n'ont par ailleurs rien à voir avec la manifestation. Il s'agit d'un groupe d'une centaine de personnes qui s'étaient mélangées à la foule."


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