Oswald D., l'amant de Véronique Pirotton, un homme envahissant, harcelant, toxique, pervers…

Ce personnage trouble traverse comme un mauvais esprit toutes les tristes pages de ce dossier. S’il n’était pas physiquement présent dans la chambre 602, sa voix a résonné, Ses appels téléphoniques, ses SMS ont claqué comme des balles dans un huis clos conjugal qui n’était déjà pas rose.

Oswald D., l'amant de Véronique Pirotton, un homme envahissant, harcelant, toxique, pervers…
©Bernard Demoulin
Audience Annick Hovine

Oswald D. n’a pas encore fait un pas dans la salle d’audience de la cour d’assises de Mons. Mais le nom de l’amant de Véronique Pirotton est sur toutes les lèvres, mobilise toutes les attentions, convoque tous les fantasmes.

On fait la queue, depuis l’aube, pour assister au témoignage du psychologue. Il est traqué dans la salle des pas perdus, guetté, attendu au tournant d’un procès où il n’est, juridiquement, accusé de rien. Bernard Wesphael doit, seul, répondre du meurtre de sa femme, le dernier jour d’octobre 2013, dans une chambre de l’hôtel Mondo à Ostende.

Loin de l’image du play-boy

Mais ce personnage trouble traverse comme un mauvais esprit toutes les tristes pages de ce dossier. S’il n’était pas physiquement présent dans la chambre 602, sa voix a résonné, Ses appels téléphoniques, ses SMS ont claqué comme des balles dans un huis clos conjugal qui n’était déjà pas rose.

Aussi, tous les regards sont rivés sur l’homme qui fait son entrée à 19h30 dans la salle, un vague sourire aux lèvres. Il décoche un curieux "bonjour" à la cantonade. A 53 ans, lunettes, cheveux gris et barbe rase, Oswald D. n’a rien d’un play-boy ou du personnage flamboyant qu’on finissait par imaginer. Pas très grand, il plisse les yeux derrière ses lunettes.

Laborieux

L’interrogatoire du témoin est lent, laborieux. On se demande s’il fait l’idiot ou si, vraiment, les mots mettent beaucoup de temps avant de percuter son cerveau. Oswald D. cherche ses phrases, n’a pas l’air tout à fait à l’aise. Il raconte sa rencontre sur Internet avec Véronique, via un site de rencontres.

Il s’embarque dans des circonlocutions, des périphrases; c’est très difficile de lui arracher des réponses claires et concises.

Ils sont restés trois ans ensemble, de 2008 à décembre 2011. "Nous avions une vie de couple très riche et très enrichissante", décrit le psychologue. Pourquoi se sont-ils séparés ? "Elle voulait un enfant. J’en avais déjà deux. Il n’était pas question de recommencer cette aventure-là." Véronique voulait aussi se marier, poursuit-il. "Je n’ai pas rencontré ce désir-là non plus", dit-il.

Et puis il y a aussi un incident qui lui a "fort déplu", poursuit-il. Il évoque longuement cette soirée du 2 décembre 2011 où il a aperçu Véronique installée à la terrasse d’un café à Liège avec des amis. Il y avait notamment F.D., qui le plaque à terre, l’étrangle et lui sort "des choses abracadabrantes". Il est, dit-il, en état de choc. Le président Morandini l’interrompt sèchement : "Vous n’êtes pas ici pour parler de vous."

Des réponses bizarres

Les questions se resserrent sur le séjour de Véronique Pirotton à Ostende. Pourquoi avoir enregistré la longue conversation qu’il a eue avec son amante la veille du drame ? Et pourquoi seulement 13 minutes (sur 25) ? "Je craignais pour elle. Je n’ai gardé que les parties qui me paraissaient significatives." Les réponses sont bizarres, tordues.

Quand il appelle son amante sur le téléphone fixe de sa chambre du Mondo, il est "interloqué" que Bernard Wesphael soit là, dit-il. Le mari de Véronique essaiera de le contacter sur son portable pour tenter d’avoir une explication. "Comment saviez-vous que c’était M. Wesphael qui appelait ? Vous aviez son numéro. Vous l’appelez souvent ?", interroge le président. L’autre rétorque en ironisant : "Tous les jours !"

Silence de mort dans la salle d’audience. Et puis, le président de la cour d’assises tonne : "Dites, je ne suis pas là pour rire. Quelqu’un est décédé, je vous demande d’avoir un peu de respect. Vos remarques humoristiques, pas ici ! En cas de faux témoignage, cher monsieur, vous encourez la même peine que celle que risque l’accusé pour les faits, à savoir 30 ans. Alors votre cinéma, j’en ai plus qu’assez ! Nous sommes ici pour établir une vérité. On y arrivera, avec ou sans vous".

Un homme harcelant et toxique

Oswald D. est un homme envahissant, harcelant, toxique, à entendre Sylvie (prénom d’emprunt), une ex-compagne, qui a pris son courage à deux mains pour venir témoigner devant le jury. Parce qu’elle en a vu de toutes les couleurs au cours de sa relation avec lui, alternant ruptures et reprises, entre fin 2011 et janvier 2015.

Elle découvre après le drame d’Ostende la nature exacte des relations entre Oswald et Véronique. Ils ne font pas que s’échanger des lettres, comme son compagnon le laissait entendre. Elle décide de rompre. Mais reprend "malheureusement" la relation ­comme d’habitude.

Elle raconte qu’Oswald "chipotait" dans son ordinateur, effaçait les photos de ses ex-compagnons, s’introduisait dans sa messagerie. Sylvie a découvert un mail au départ de sa boîte à messages, qu’il s’était ensuite adressé à lui-même : "Je suis désolée de t’avoir trahi, de t’avoir dénoncé à la police…" Un soi-disant message qu’elle n’a jamais rédigé !

Les problèmes ne se sont pas arrêtés après la rupture. "Il me harcelait. J’ai dû déposer plainte, Je recevais encore des courriers, des SMS, des colis bizarroïdes avec une clé, un bout de corde, des allumettes… A un moment, j’ai pété une case". En juillet 2015, il lui envoie encore une lettre : "Rejoins-moi, j’ai loué un appartement dans le sud de la Belgique". Oswald sait pourtant pertinemment bien que Sylvie a alors un nouveau compagnon. Sa perversité va loin.

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