Un fils au secours de sa mère

David, qui a tiré sur son beau-père, a risqué la cour d’assises. Il pourrait bien s’en tirer blanc comme neige.

Un fils au secours de sa mère
©Photo News
Christophe Blaivie

David, qui a tiré sur son beau-père, a risqué la cour d’assises. Il pourrait bien s’en tirer blanc comme neige.

Suivre une audience à Mons et ne pas couvrir le procès de Bernard Wesphael, c’est une impression bizarre. Celle d’être au bon moment mais pas au bon endroit. Sentiment confirmé par le dilettantisme affiché par certains prévenus. Untel devait présenter des tests urinaires mais s’est abstenu : "C’était les vacances." Un autre, tatouages (?) dans le cou et dentition aléatoire, se présente sans avocat alors qu’il en aurait bien besoin vu ses "états de service". Il sollicite dès lors, non sans un certain aplomb, un report pour mandater un conseil.

- "Vous savez comment on procède ?", interroge la présidente.

- " Pas de soucis" , assure le prévenu.

Permettez-nous d’en douter.

Un beau-père violent

David (*) et Jonathan (*) se présentent devant le tribunal. En 2013, David, muni d’une arme, fournie par Jonathan, s’est présenté au domicile de sa mère et de son beau-père, Johnny (*). David a menacé ce dernier, une balle est partie dans la dispute et Johnny a été blessé. Il s’est retrouvé en incapacité. En incapacité de quoi (de nuire sans doute), on se le demande car son activité principale était de boire l’allocation perçue au CPAS. Et comme Johnny avait la boisson mauvaise, c’était la mère de David qui écopait. Cela durait depuis trop longtemps. Le fils protecteur ne pouvait plus le supporter et a dès lors demandé à Jonathan de lui fournir un P-38. La suite est connue.

"Je regrette ce que j’ai fait mais j’étais en furie. J’avais prévenu la police avant de poser ce geste. Mais c’était une folie."

Le "hic", c’est que David avait déjà eu maille à partir avec la Justice en 2011 pour une histoire de couple qui s’était mal terminée : "Elle a dit que je la battais, mais elle m’accusait à tort."

Bref, a priori, David peut prendre cher. Mais il va trouver en Madame la procureur du Roi une étonnante alliée : "La victime - qui s’est bien gardée de se constituer partie civile, NdlR - était en couple avec la mère du prévenu. Un enfant est né de cette relation. Mais les disputes étaient récurrentes et les coups pleuvaient. Le prévenu reconnaît avoir menacé la victime qui a voulu attraper l’arme et c’est alors qu’un coup est parti. Le prévenu n’a pas d’antécédents, il est encore jeune et peut retrouver un emploi. Je propose une suspension simple du prononcé."

La défense de David ne s’attendait sans doute pas à celle-là. Mais elle retombe vite sur ses pattes : "Je suis soulagé par le réquisitoire de Madame la procureur même si je m’y attendais." (Sic).

Ne pas trop en faire

Dans ces cas-là, quand la besogne est mâchée, l’erreur serait de trop en faire et de verser dans le pathos. En même temps, la plaidoirie était préparée : "Le père de David est parti pour l’Italie quand il avait 2 ans. David a alors noué une relation fusionnelle avec sa mère et son demi-frère. Il était conscient que la relation de sa mère avec Johnny était destructrice. Il se rendait compte qu’elle était à bout psychiquement comme physiquement. Le couple s’est séparé pendant huit mois et la maman allait mieux avant qu’elle n’accepte, par faiblesse, de "reprendre" Johnny. C’était quinze jours avant les faits. Les trois derniers jours, il y a eu une sorte d’escalade. Johnny, après avoir bu, est mis au cachot pour trouble de l’ordre public. Une fois sorti et rentré chez sa compagne, il ne s’est pas calmé et aurait menacé de "la planter". Prévenu par une voisine, David prend la mauvaise décision de se saisir d’une arme. Il ne veut ni blesser ni tuer mais faire comprendre à Johnny qu’il doit s’en aller."

La suite, on la connaît. " C’est un fait isolé dans un contexte particulier, je demande à titre principal la suspension simple du prononcé et à titre subsidiaire une peine de travail", conclut la défense.

Pour peu, l’avocat serait plus sévère que le ministère public. Autant dire que Jonathan, qui a fourni l’arme, n’a rien à craindre.

Jugement le 27 octobre.

(*) Prénoms d’emprunt.

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