Procès Wesphael: "Une fois, il y a six ou sept ans, elle s'est jetée dans la Meuse", raconte le fils de Véronique Pirotton
L'audition vidéofilmée de Victor, réalisée le 1er novembre 2013, a été projetée en fin de matinée lundi devant la cour d'assises du Hainaut. Voici ce que le fils de Véronique Pirotton y déclare.
- Publié le 03-10-2016 à 10h40
- Mis à jour le 03-10-2016 à 15h49
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Parties civiles au procès, Nadine Pirotton, la soeur aînée de Véronique Pirotton, et Elise Goffin, la tante de la victime, ont témoigné devant la cour d'assises du Hainaut, lundi matin.
Selon ces deux témoins, Véronique Pirotton était une écorchée depuis l'enfance. Ambitieuse et dotée d'une personnalité très forte, Véronique Pirotton était aussi une femme psychologiquement très fragile qui n'a jamais été très heureuse avec les hommes qu'elles a rencontrés. Nadine Pirotton est la soeur aînée de Véronique Pirotton, mais les deux filles n'ont pas été élevées ensemble car, très jeune, Véronique a été confiée à ses grands-parents maternels, à Waremme. Leur papa, qui buvait beaucoup, ne la regardait pas car il avait souhaité un fils. "Quand elle revenait à la maison le week-end, Véronique pleurait tout le temps, c'était horrible."
C'est dans la littérature que la petite Véronique trouvait son bonheur et c'est donc vers le journalisme qu'elle s'est dirigée, "elle s'est débrouillée seule pour décrocher une bourse et rentrer à l'ULB", confie sa soeur qui qualifie Véronique de femme "écorchée". Car avant ses études universitaires, Véronique a fréquenté le collège Saint-Louis à Waremme où elle aurait eu une relation non consentie avec un professeur, raison pour laquelle elle a déposé une plainte, classée sans suite, des années plus tard.
Nadine ne croyait pas à cette relation, "elle parlait d'un prof de français et de théâtre qui prenait la place du père qu'elle n'avait jamais eu", mais Elise y a cru quand elle s'est rendue dans le bureau de Véronique. "Elle pleurait et m'a tendu son dépôt de plainte que j'ai lue. Personne dans la famille ne s'était rendu compte d'une relation anormale avec le professeur".
Après ses études, Véronique Pirotton s'est mariée avec un Grec, le papa de son fils. "Elle m'a dit qu'elle avait rencontré l'homme de sa vie. Elle est tombée enceinte et ils ont décidé de se marier, civilement en Belgique et religieusement en Crête. Kostis est venu vivre en Belgique, il écrivait beaucoup, mais cela ne rapportait pas beaucoup financièrement", raconte Nadine. Le couple a fini par se séparer.
Et puis, Oswald est entré dans la vie de Véronique Pirotton. Un homme que n'appréciait pas Nadine. J'ai toujours eu un problème avec lui, c'était un donneur de leçon. Je pensais qu'il l'utilisait comme un objet sexuel et je n'ai pas aimé ce personnage. Victor était content car Oswald avait deux garçons mais il se rendait compte qu'il rendait sa mère malheureuse". Pour Elise, Oswald et Véronique ne formaient pas un couple.
Et puis, c'est Bernard Wesphael qu'elle a épousé en août 2012, quelques mois après leur rencontre. La relation a vite battu de l'aile car, selon Nadine, sa soeur attendait un homme fort bien qu'elle qualifie son ex beau-frère de personne gentille, bien qu'elle avait l'impression qu'il jouait un rôle.
"L'élément déclencheur a eu lieu quand il a fallu monter un dossier pour la garde du fils de Bernard Wesphael. Il était arrivé en retard au tribunal et elle était en rage, déçue, car elle avait monté le dossier qu'il avait remis en retard. Et puis, il y a eu la vente de sa maison dont il n'a rien retiré. Il est arrivé chez elle et s'est imposé chez elle. Sexuellement, cela ne se passait plus bien du tout", explique Nadine.
Véronique a aussi confié sa déception à sa tante. "Elle a été très vite déçue de son mariage. Elle me disait qu'il ne faisait rien dans le menage et qu'il ne rangeait rien et n'intervenait pas financièrement. La vente de sa maison n'a servi qu'à payer ses dettes", ce qu'il aurait caché à son épouse. Du côté de la défense, Me Mayence regrette que cette question d'argent soit évoquée "car on ne se marie pas avec un portefeuille".
Les deux femmes étaient au courant des tentatives de suicide de Véronique Pirotton. "J'étais au courant de la dispute avec maman et elle s'est jetée dans la Meuse. Je pense que c'était plutôt un appel au secours. L'autre tentative, qui s'est produite un mois avant le décès, c'est Victor qui me l'a racontée. Elle avait pris des médicaments et elle a tout vomis", poursuit Nadine.
Le 1er novembre, la famille était informée de la mort de Véronique Pirotton, décédée dans la chambre 602 de l'hôtel Mondo à Ostende. "Elle était partie à la mer pour prendre du recul vis-à-vis de Bernard Wesphael mais aussi vis-à-vis de son amant. On a su ensuite que Bernard Wesphael l'avait rejointe", raconte Nadine.
Le lendemain, Nadine a pu voir le corps de sa soeur. "Quand on l'a vue, elle était abîmée, j'ai vu des coups au niveau du cou, un oeil tout tuméfié, l'os du nez cassé". Pour elle, la thèse du suicide n'était pas possible mais elle avoue ne pas l'avoir écartée tout de suite.
Le problème de boisson a été abordé lors de l'audition. Les deux témoins avaient vu Véronique sous l'emprise de l'alcool, notamment lors de fêtes de famille "mais elle était plutôt d'humeur joyeuse". Le vrai problème est apparu bien plus tard, quand Véronique Pirotton sombrait peu à peu dans la dépression, prise au piège entre son mari et son amant.
La défense remet un plan détaillé de l'hôtel Mondo à la cour
La défense de Bernard Wesphael a donné lundi un plan détaillé de l'hôtel Mondo à Ostende à la cour d'assises du Hainaut. Selon elle, la chambre 502, où des témoins ont entendu des bruits, se trouve sous la chambre 602 mais aussi sous la 603. L'avocat général avait effectué la même démarche et un plan a été placé dans le dossier. C'est Me Tom Bauwens, l'un des avocats de Bernard Wesphael, qui a demandé le premier à la direction de l'hôtel Mondo de lui fournir un plan détaillé de l'immeuble. Il ressort de l'analyse de la défense que la chambre 502, depuis laquelle un couple et ses enfants prétendent avoir entendu beaucoup de bruit de la chambre du dessus, se trouve en dessous de la chambre 602 et de la chambre 603 de manière équivalente.
De plus, les horaires évoqués par les témoins ne correspondent pas vraiment aux heures auxquelles l'accusé et la victime se trouvaient dans leur chambre. Ce qui, selon la défense, est confirmé par l'analyse des ouvertures des portes.
Audition de Victor: "Elle m'a dit que je pouvais la rejoindre et Bernard aussi s'il voulait"
L'audition vidéofilmée de Victor, réalisée le 1er novembre 2013, a été projetée en fin de matinée lundi devant la cour d'assises du Hainaut. Lorsqu'il est auditionné, Victor a appris quelques heures plus tôt le décès de sa mère, la veille à 23h35. L'audition, qui dure environ 40 minutes, se déroule en néerlandais, et un traducteur fait la liaison entre les propos de l'enquêteur et ceux du fils de Véronique Pirotton, alors âgé de 14 ans.
Victor évoque d'abord brièvement son école, sa famille et sa passion pour le "skate". Il parle ensuite de "la situation à la maison". "Il y a souvent des petites disputes, parfois des grosses", raconte-t-il, ajoutant que sa maman "supporte mal l'alcool, et qu'elle fait souvent des bêtises". "Elle devient parfois agressive, mais pas souvent physiquement. Elle a parfois des poussées de colère. Des fois, elle essaie de se jeter sur mon beau-père." Il précise par ailleurs qu'il n'a jamais vu Bernard Wesphael agressif. "Il ne l'a jamais frappée ni essayé de la frapper." Pour lui, l'accusé "boit aussi" mais de manière modérée, il ne l'a jamais vu vraiment saoul. Lors des disputes, Véronique Pirotton reprochait à son mari de ne pas participer assez aux tâches ménagères et aux différents frais.
Le fils de la victime embraye ensuite spontanément sur Oswald D. "C'est l'ex-petit ami de ma mère, mais elle lui reparlait. Au début, mon beau-père ne le savait pas, puis il l'a appris. Il l'a mal pris et a voulu partir." Selon Victor, sa mère avait revu Oswald environ six mois après son mariage.
Le policier a également abordé les tentatives de suicide de la victime. Son fils a le souvenir de deux de celles-ci. "Une fois, il y a six ou sept ans, elle s'est jetée dans la Meuse mais on l'a repêchée directement", déclare-t-il. Environ un mois et demi avant les faits, il indique que sa mère avait pris des médicaments et avait bu, puis qu'elle avait tout régurgité. "Mais mon beau-père et moi, on a quand même appelé l'ambulance."
"Elle a une dépression", poursuit le fils de Véronique Pirotton. Il détaille qu'elle prend des médicaments, notamment des somnifères, ce qui "n'arrange rien quand elle boit".
Il revient ensuite sur le jour des faits. Le matin du 30 octobre, Victor s'est réveillé alors que Véronique Pirotton était sur le départ pour Ostende. Elle lui avait laissé une lettre qu'elle lui a remis. "Elle m'a dit qu'elle partait pour laisser Bernard réfléchir et pour décompresser, que je pouvais la rejoindre et Bernard aussi s'il voulait se réconcilier avec elle." Victor a téléphoné plus tard dans la journée à son beau-père, qui lui a dit qu'il allait faire la surprise de rejoindre sa mère à Ostende. Véronique Pirotton avait prévu de rester une nuit. "Mais elle m'a sonné hier (le 31 octobre, ndlr) pour dire qu'elle était avec Bernard et que, comme ça allait bien, ils voulaient rester jusqu'à aujourd'hui..."
Victor précise enfin que le jour des faits, il a tenté de téléphoner à la victime vers 21h, sans avoir de réponse, et il lui a envoyé un SMS, pour lequel il n'a pas non plus reçu de réponse.
Me Moureau, avocat des parties civiles, avait précédemment demandé aux jurés de tenir compte du fait que lorsqu'il a été entendu, Victor n'était pas au courant que Bernard Wesphael avait été arrêté pour l'assassinat de Véronique Pirotton. Après la projection, il a également tenu à souligner que "Victor parle de sa maman au présent. Il n'a pas encore intégré qu'elle est morte".
L'audience a été interrompue et reprendra à 13h30 avec deux témoins de moralité de l'accusé.
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