"En lui arrachant la vie, je gardais Laure pour moi"

Audience émouvante au procès de Zain, jugé pour le meurtre de sa petite amie Laure Nobels.

Julien Balboni
Bruxelles - Palais de Justice: Zain L. qui avait étranglé sa petite-amie, Laure Nobels, en 2012, comparait devant la 22e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles
Bruxelles - Palais de Justice: Zain L. qui avait étranglé sa petite-amie, Laure Nobels, en 2012, comparait devant la 22e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles ©JC Guillaume

Audience émouvante au procès de Zain, jugé pour le meurtre de sa petite amie Laure Nobels.

C’était comme un second enterrement. De ceux dont le but est de tenter, au moins, de panser des plaies qui ne se referment pas.

Le procès du meurtrier de Laure Nobels, décédée en 2012 à l’âge de 16 ans, s’est ouvert hier. Meurtrier car Zain L., petit ami de la victime et âgé de 17 ans au moment des faits, est en aveux.

Ce jeune homme au visage poupin comparaît libre, sans conditions de détention. Il a repris ses études en ingénierie civile, est suivi par un psychologue et un psychiatre. Il a longuement parlé hier, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles et a craqué, une fois : "J’ai gâché la vie de plusieurs personnes… Je suis désolé…", finit-il par lâcher, dans un sanglot.

Des larmes, il y en a eu dans la salle surchauffée par la présence d’une centaine de personnes, pour la plupart des proches de la victime, et beaucoup de camarades de classe aux yeux embués.

Toute la matinée , c’est la personnalité d’un "petit con" qui a été mise en lumière. Les mots sont du prévenu, qui tente de prouver au tribunal qu’il a changé. "J’étais une personne qui avait du mal à gérer sa frustration. Aujourd’hui, je vois l’imbécile de 17 ans qui faisait de la merde pour rien. Je n’étais pas le meilleur fils, le meilleur petit ami. J’étais égoïste et je ne vivais que pour moi."

Le Zain L. de 2012 apparaît avec le recul comme un ado gâté, qui se droguait avec son argent de poche et trompait sa petite amie Laure. Il dit avoir eu avec elle une relation "fusionnelle et passionnelle", mais il lui est arrivé de lui mettre des baffes. "On s’étouffait l’un l’autre", résume-t-il.

Et la veille des faits, il draguait une fille, une certaine Monica.

Le 9 mai 2012, le couple est dans la chambre des parents de Zain, à Neder-over-Heembeek. Ils font une sieste, se réveillent, font l’amour. Elle se rhabille. S'ensuit une dispute. Elle démarre, selon lui, à cause d’une photo d’une fille retrouvée sur son GSM. Elle l’aurait alors insulté. "C’est là où je pose mes mains sur sa gorge. J’essayais de lui couper la parole", souffle-t-il.

Au début de l’enquête, Zain dira que tout cela n’était qu’un accident. Il en est revenu. "Ce n’est pas un accident. On m’a mis la réalité en face des yeux. J’ai voulu lui arracher la vie. J’ai voulu la tuer car j’ai cru qu’elle allait m’abandonner. En lui arrachant la vie, j’ai cru que je la garderais pour moi."

Pour autant , plusieurs éléments ont interpellé la partie civile et l’accusation. Déjà, la mémoire amputée du prévenu. Celui-ci n’a pas été en mesure d’expliquer ce qu’il a fait entre le décès de son amie, vers 16h, et l’arrivée de la police, vers 17h40. Il n’a pas pu expliquer ce que lui a dit sa mère et celle-ci, elle aussi, a dit l’avoir "oublié".

De la même manière, il s’étonne que plusieurs de ses anciens amis aient affirmé aux enquêteurs qu’il n’était avec Laure "que pour le sexe" et qu’il avait tenu un long monologue pour expliquer "comment étrangler quelqu’un" et "comment cacher un corps".

Il assure n’avoir jamais dit cela et a "l’impression qu’on (lui) met des choses sur les épaules" qu’il ne peut assumer.

Le procès va s’achever mercredi. Le tribunal rendra son verdict dans plusieurs semaines.


La vie des proches "détruite du jour au lendemain"

La famille de Laure Nobels attendait ce moment depuis plus de quatre ans. Hier, Isabelle, la mère de la victime, a pu dire devant le tribunal ce qu’elle gardait sur le cœur depuis tant d’années. Elle a commencé par lire la lettre envoyée par l’ancienne professeure de religion de l’adolescente. "Votre fille a été mon rayon de soleil, elle a bousculé quelque chose en moi", raconte cette dame qui a donné à sa propre fille le prénom de Laure, en hommage à la victime.

Isabelle a donc parlé d’elle, de sa passion pour la littérature. De sa nouvelle existence aussi. "Ma vie a été détruite du jour au lendemain. Pendant un an, je n’ai pas pu rester seule dans ma maison, ni sortir seule", raconte cette ancienne chargée de ressources humaines, aujourd’hui sans emploi. "J’ai vomi tous les jours. J’ai encore des images qui m’obsèdent, je vois Zain sur ma fille, en train de l’étrangler. Je pense aujourd’hui encore à partir, la souffrance est trop forte."

Isabelle s’est fait aussi la critique des mots du prévenu. "Il a une amnésie foudroyante. J’ai l’impression que tout ça est un discours, qu’il n’est pas impliqué. Il veut faire croire que tout cela n’est qu’un accident de parcours et pas autre chose".