Déclaration de Namur: Magnette veut des traités transparents, le MR déplore une image "frileuse" de la Wallonie

S. Ta. et Belga
Déclaration de Namur: Magnette veut des traités transparents, le MR déplore une image "frileuse" de la Wallonie
©Agences

Paul Magnette est soutenu par 40 signataires issus du monde académique international. Mais le chef de file du MR au Parlement wallon Pierre-Yves Jeholet a déploré l'image que donnait à la Wallonie la "Déclaration de Namur". Quand le ministre-Président wallon, Paul Magnette (PS), présente sa "Déclaration de Namur", il le fait à Bruxelles. Ça, c’est pour l’anecdotique. La volonté du Carolo, qui a rassemblé quarante signataires issus du monde académique international, est d’interpeller la Commission européenne, en lui proposant de nouvelles règles pour négocier, à l’avenir, les traités européens de libre-échange. Surfant sur la crise du Ceta qui l’a vu, deux semaines durant, s’opposer à la Commission européenne et au gouvernement fédéral belge (avec lequel on sent poindre une nouvelle crise importante sur ce sujet), Magnette a rédigé une liste de règles nécessaires, selon lui, à l’avenir des traités de libre-échange européens.

Un texte qu’il a envoyé à un certain nombre de collègues universitaires (Paul Magnette était auparavant professeur à l’ULB). "La déclaration sera disponible sur un site Internet (NdlR : www.declarationdenamur.eu). Tous ceux qui le souhaitent pourront la signer. Il est important de montrer à la Commission que le problème n’est pas simplement wallon. La nationalité des premiers signataires le démontre", explique Paul Magnette.

Thomas Piketty a signé

On citera dans la liste des signataires, Philippe Aghion (Collège de France), Laszlo Andor (université de Budapest), Paul Craig (Oxford), Jean-Paul Fitoussi (Sciences-po Paris), Claus Offe (Hertie School of Governance de Berlin), Jean-Michel De Waele (ULB), Jean-Pascal van Ypersele et Philippe Van Parijs (UCL) ou encore Thomas Piketty (Paris School of Economics et auteur du "Capital au XXIe siècle).

Le texte de la déclaration a été envoyé vendredi dernier à la Commission européenne. Que peut-on y trouver ? Le premier volet concerne le respect des procédures démocratiques avec des comptes-rendus réguliers de l’état d’avancement des négociations. "Il faut en finir avec cette culture de l’opacité." Il s’agira aussi de respecter les législations socio-économiques, sanitaires et environnementales (exigences chiffrées en matière fiscale et de climat par exemple). Enfin, l’intérêt public devra être garanti dans le cadre de la résolution des conflits entre entreprises et Etats. Reste à voir si cette déclaration sera signée par d’autres personnes et si la Commission européenne se décide à en faire quelque chose.

"Ce n'est certainement pas un bon signe car elle donne l'image d'une Wallonie protectionniste et frileuse sur le plan économique"

Le chef de file du MR au Parlement wallon Pierre-Yves Jeholet a déploré mardi l'image que donnait à la Wallonie la "Déclaration de Namur". "Ce n'est certainement pas un bon signe car elle donne l'image d'une Wallonie protectionniste et frileuse sur le plan économique", a ainsi réagi le libéral au micro de Matin Première (RTBF). Paul Magnette a pris l'initiative de cette déclaration, signée par une quarantaine d'universitaires européens et nord-américains, à l'issue de l'épisode du CETA (traité de libre-échange UE-Canada).

"On ne peut pas être replié comme cela. C'est un déni de l'entreprise alors que le commerce extérieur représente 50% de la richesse wallonne", a insisté le chef de file du principal parti d'opposition au sud du pays. A ses yeux, le ministre-président doit aussi être le porte-parole des entreprises et non seulement celui des "altermondialistes".

La Déclaration de Namur pose notamment que tout mandat confié à la Commission pour négocier un nouveau traité de libre-échange doit être précédé d'analyses contradictoires et publiques. Des comptes-rendus réguliers doivent en outre permettre à la société civile et aux parlements de connaître les résultats intermédiaires de la négociation et les signataires réclament que les parties soient obligées de ratifier les principales conventions de défense des droits de l'homme et du droit du travail.

Sur ce dernier point, Pierre-Yves Jeholet répond qu'il voudrait entendre Paul Magnette sur la question de l'éthique et du respect des droits de l'homme alors que la FN fournit des armes à l'Arabie saoudite.

Le ministre-président wallon a récemment reproché à Charles Michel et au gouvernement fédéral de tarder à réclamer au nom de la Belgique l'avis de la Cour de Justice de l'Union européenne sur la compatibilité du mécanisme d'arbitrage (ICS) faisant partie du CETA avec les traités européens. "C'est une mauvaise polémique. Il est trop facile de s'en prendre au Premier ministre, sans doute pour des questions d'ego", estime le libéral.