Ivo Poppe: Le "diacre de la mort", tueur en série, renvoyé aux assises

Ivo Poppe: Le "diacre de la mort", tueur en série, renvoyé aux assises
©JC Guillaume
J. La.

La chambre des mises en accusation de Gand a décidé lundi de renvoyer Ivo Poppe, l'ancien diacre de Wevelgem soupçonné de plusieurs assassinats, devant les assises. Combien de morts ce diacre qui a longtemps travaillé comme infirmier, a-t-il sur la conscience ? Selon le ministère public, il a assassiné dix personnes. Agéde 60 ans, incarcéré depuis 2014, le "diacre de la mort" comme on l’a surnommé en Flandre, pourrait bien être un des pires tueurs en série qu’a connus la Belgique.

Des cauchemars à la Jérôme Bosch

L’affaire éclate en mai 2014. Sur le conseil de son épouse, Ivo Poppe consulte depuis 2011 deux psychologues et un psychiatre en raison d’insomnies récurrentes. Chacune de ses nuits est ponctuée de cauchemars angoissants, lui rappelant les images que l’on peut rencontrer dans la peinture de Jérôme Bosch.

Depuis son mariage, il se réveille plusieurs fois par nuit et quitte son lit, soit pour se promener, pour admirer la lune, pour mettre la dernière main à ses homélies ou pour ranger. Ivo Poppe, chacun le dit, est un homme d’ordre : ranger ses papiers, dit-il, le détend.

C’est aussi un homme au double visage : il y a le "brave Ivo", qui veut toujours faire le bien mais il y a aussi une face plus sombre chez cet homme qui veut toujours détenir le pouvoir, au point d’être en délicatesse avec le prêtre responsable de la paroisse où il est actif.

Ivo Poppe a expliqué au psychiatre qu’il ne pouvait plus supporter d’avoir, selon ses propres termes, abrégé "de bonne foi" les souffrances de patients. Il parle d’une centaine de victimes. Le médecin dénonce les faits à la justice, craignant que son patient n’en fasse de nouvelles.

Les petits carnets du diacre

Arrêté en mai 2014, Ivo Poppe est interrogé à de nombreuses reprises. Il subit 64 interrogatoires méthodiques. Fil conducteur : ses agendas et les carnets où, depuis des années, il consigne le moindre de ses rendez-vous, ses activités et ses horaires à l’hôpital Sint-Joris de Menin (le "Saint-Georges") .

Il y a travaillé de 1978 à 2011, d’abord comme infirmier à temps plein au service de médecine interne, puis à mi-temps de 1998 à 2002, avant de n’être plus que collaborateur pastoral. En janvier 2011, il devenait diacre à Wevelgem.

Les enquêteurs ont effectué des vérifications sur les circonstances de la mort de 261 personnes dans le service de médecine interne quand il y travaillait. Tous les noms de ces personnes se retrouvaient dans ses carnets. Les policiers se sont particulièrement intéressés à 49 noms en regard desquels Ivo Poppe avait griffonné une petite croix. Le juge d’instruction a envisagé d’exhumer des corps. Mais cela n’aurait vraisemblablement servi à rien car les décès sont anciens.

Ivo Poppe a reconnu avoir "abrégé les souffrances" de six personnes, dont quatre membres de sa famille. Le procureur du roi de Courtrai estime qu’il a assassiné non pas six, mais dix personnes.

Un premier assassinat à 22 ans

La première victime qu’Ivo Poppe a reconnu avoir tuée est un de ses oncles. Il était jeune infirmier. En 1978, l’oncle, âgé de 79 ans, a été hospitalisé après une chute qui l’a laissé inconscient. Ivo Poppe a attendu le moment où il serait seul dans la chambre avec son oncle. Il a pris un coussin et l’a étouffé. C’est la seule fois qu’il a tué de cette façon.

Ivo Poppe a avoué avoir tué en 1986 son parrain qui était alors âgé de 81 ans. Il a profité de l’absence de ses collègues qui étaient en pause-café en début d’après-midi. Les visites n’avaient pas encore débuté. Il lui a injecté une dose mortelle de valium. L’octogénaire est mort après quelques minutes.

En mars 2004, son beau-père, âgé de 80 ans, est hospitalisé. Le 3 avril, les médecins annoncent que ses jours sont comptés. L’épouse d’Ivo Poppe tient absolument à être présente pour les derniers instants de son père. Le couple se relaie à son chevet.

Ivo Poppe a expliqué qu’il a longtemps hésité une nuit. Tout était prêt : la seringue et l’aiguille étaient prêtes dans la poche de sa veste déposée sur le dossier d’une chaise.

Il a tergiversé deux heures, a-t-il expliqué aux enquêteurs : "C’était une question très difficile. Après tout, il était mon beau-père, le père de ma femme et le grand-père de mes enfants et je ne pouvais que le remercier pour l’éducation et l’affection qu’il leur avait portées."

Une épouse inconsolable

C’était, a encore dit Ivo Poppe, "un choix déchirant". Il a choisi de lui injecter de l’air dans les veines: "J’ai choisi la meilleure position afin de pouvoir dissimuler la seringue entre les coussins si quelqu’un était entré."

Il s’est senti soulagé. Mais pas son épouse. "J’étais honteux d’air pris l’initiative de tuer son père." Elle lui en a voulu car il ne l’a pas appelée lors du dernier souffle de son père alors qu’elle venait juste de quitter la chambre. Ivo Poppe a dit aux enquêteurs qu’il s’était alors promis de ne plus euthanasier personne.

Des regrets après la mort de sa mère

Mais il s’est ravisé. Sept ans plus tard, a-t-il reconnu, il a mis fin aux jours de sa propre mère, alors âgée de 90 ans. Elle a succombé après une injection d’air dans les veines. Ivo Poppe a expliqué qu’il avait profité d’un moment d’inattention d’une infirmière pour subtiliser une seringue dans un chariot immobilisé dans le couloir.

Sa mère, a-t-il expliqué aux enquêteurs, n’était alors plus que l’ombre d’elle-même. Elle n’avait plus goût à la vie. Ivo Poppe a confié qu’il avait tiré le rideau qui séparait les deux lits de la chambre pour agir en toute discrétion.

Il a dit regretter son geste : "J’aurais vraiment souhaité qu’elle ait une mort douce, avec tous les membres de la famille dans la chambre pour pouvoir la remercier pour ce qu’elle avait fait pour nous. Mais j’en ai décidé autrement et je m’en veux profondément."

Trois ans plus tard, Ivo Poppe est arrêté, à la stupéfaction des habitants de Wevelgem qui avaient l’habitude de le voir arpenter les rues de la commune en vélo. Sa femme et ses enfants continuent à lui rendre visite à la prison d’Ypres.


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